Dans le Pas-de-Calais ce samedi 27 octobre : L’hommage au résistant communiste Julien Hapiot

Ce samedi 27 octobre 2018 à Gauchin-le-Gal (Pas-de-Calais), un hommage sera rendu à Julien Hapiot dans la commune où cette grande figure de la Résistance vit le jour le 30 septembre 1913. Sur le mur d’un restaurant, en dépit des réticences du maire de ce village de 300 habitants situés au cœur des collines de l’Artois, une plaque rappellera l’engagement du jeune militant communiste. Julien Hapiot a combattu le fascisme en Espagne puis l’occupant nazi dans l’Hexagone…

 

 

Le mérite de cette commémoration revient à Pierre-Henri Deleau. Producteur de films, longtemps à la tête de la « Quinzaine des réalisateurs » du festival de Cannes, délégué général du festival international du film d’histoire de Pessac, ce Parisien découvre l’existence de Julien Hapiot au hasard d’un témoignage d’une autre résistante Madeleine Vincent (1).

Chargée par la direction clandestine du Parti communiste d’organiser la lutte contre les nazis dans le nord de la France dans une « zone interdite » directement rattachée au commandement militaire allemand de Bruxelles, Madeleine Vincent « en parlait comme d’un type formidable. A 23 ans, Julien Hapiot s’est engagé au sein des Brigades internationales en Espagne, faisant preuve d’une maturité politique étonnante », souligne Pierre-Henri Deleau. Blessé par balle au poumon sur le front de l’Èbre, il échappe à la débâcle républicaine. Rapatrié dans le Pas-de-Calais, ce mineur de charbon habitant la cité du Maroc à Grenay (Pas-de-Calais) milite alors à la Jeunesse communiste dans le Liévinois.

Sa blessure lui permet d’être réformé, à la déclaration de guerre, en 1939. Julien Hapiot « aurait pu rester chez lui à jouer à la belote pendant quatre ans, il a préféré s’engager contre l’occupant nazi au sein de l’Organisation spéciale (OS) puis des Francs-Tireurs et partisans (FTP) », poursuit Pierre-Henri Deleau. « A la fin de l’année 1940, il était l’un des responsables du PCF clandestin pour le Pas-de-Calais, chargé plus particulièrement de l’organisation militaire », précise l’historien Yves Le Maner.

Julien Hapiot est l’un des principaux organisateurs de la grève patriotique des mineurs de Mai-Juin 1941. A l’époque, 100 000 mineurs défient l’occupant allemand et les Houillères qui tentent de prendre leur revanche sur le Front populaire. Activement recherché par la Gestapo et la police française, Julien Hapiot quitte le Pas-de-Calais pour finalement se faire arrêter à Blois (Loir-et-Cher).

Torturé à la prison de la Santé à Paris, il est fusillé le 13 septembre 1943 à Arras, suite à la condamnation à mort prononcée par un tribunal militaire allemand. Il avait 29 ans. «  Il me paraissait important de mettre en lumière ce destin exceptionnel », commente Pierre-Henri Deleau qui a « jusqu’à 23 ans vécu à Gauchin-le-Gal où est né Julien Hapiot ».

 

Refus de la municipalité

 

Notre homme entreprend alors des démarches auprès de la municipalité de la commune natale de Julien Hapiot. Son idée ? « Attribuer son nom à la place du village ou y apposer une plaque pour que les gens se souviennent de son itinéraire. »

Fin juin 2018, saisi par Claude Lemaître, le maire, le conseil municipal émet un avis défavorable à l’érection d’une stèle sous prétexte qu’il « n’y avait pas lieu de faire des différences avec les autres combattants morts pour la France » ; Julien Hapiot ayant déjà son nom gravé sur le monument aux morts.

En juillet, Pierre-Henri Deleau fait alors le choix de se rendre à Gauchin-le-Gal pour rappeler au premier magistrat « que si les poilus de la Grande Guerre qui figurent aussi sur le monument, tout comme ce militaire de la Seconde Guerre mondiale tué par un obus lors de l’offensive allemande, avaient fait leur devoir, Julien Hapiot, lui, a forgé son destin. Il a choisi. C’est sa grandeur. C’est en ce sens qu’il est un héros ».

Lors de cet entretien en mairie, Claude Lemaître lui aurait laissé entendre que « tout ça était orienté politiquement » . « Mais pourtant moi, je ne suis pas communiste, je suis gaulliste », sourit Pierre-Henri Deleau que cette fin de non-recevoir ne décourage pas pour autant.

 

En quête d’un espace privé

 

Armé de sa seule bonne volonté, il se lance alors dans un porte-à-porte dans le village en quête d’un espace privé pour mener à bien son projet de plaque commémorative. Il compte bien retrouver la maison natale de Julien Hapiot. Espoir déçu ! « Sur son acte de naissance, il est noté qu’il est né chaussée Brunehaut, l’artère principale, mais sans autre précision. On ignore le lieu de naissance d’un enfant qui sera abandonné par ses parents », se désole-t-il.

Finalement, ce sont Virginie Renard et Fabrice Houard, les propriétaires du restaurant La Renardière, idéalement situé sur cette passante chaussée Brunehaut qui mène de Bruay-la-Buissière à Arras, qui ont accepté de relever le défi. « Si ces résistants n’avaient pas été là à l’époque, nous parlerions tous allemand aujourd’hui. C’est énorme ce qu’ils ont fait pour nous », fait remarquer Fabrice Houard.

Et Virginie Renard de mettre en avant « un devoir de mémoire. Il est important que les gens du village, les écoliers comme les adultes, sachent qu’ est né ici un personnage de la trempe de Julien Hapiot, que la Résistance, ce n’était pas seulement à Paris, mais aussi chez nous… Sans ces résistants, on ne sait pas trop ce que nous serions devenus ».

 

Inauguration ce samedi 27 octobre

 

Une plaque commémorative sera donc inaugurée ce samedi 27 octobre (2) en présence notamment de l’Harmonie de Grenay, la ville où repose Julien Hapiot, celle de ses parents adoptifs. Pour l’historien Pascal Ory, « Julien Hapiot aurait pu n’être qu’un chiffre, parmi beaucoup d’autres chiffres – ceux des victimes, de toutes sortes, de la Seconde Guerre mondiale en général et du nazisme en particulier. La plaque… le fait sortir de l’anonymat, de l’indistinction. Il devient un nom, un prénom, un état-civil, une biographie. Aux yeux des historiens, cette biographie est celle d’un mineur, représentatif d’une classe sociale aujourd’hui volatilisée mais qui aura marqué en profondeur les paysages, les traditions, les rêves et les cauchemars de toute une région. Elle est aussi celle d’un militant, l’enfant de l’Assistance publique resté attaché, indéfectible, à cette grande famille d’accueil qui s’appelait à l’époque un « parti ouvrier » ».

 

Une persévérance récompensée

 

Le maire de Gauchin-le-Gal ne participera pas à la cérémonie. Il n’a d’ailleurs guère relayer l’information auprès des élus locaux. « A quoi bon ? La presse en parle suffisamment », clame-t-il visiblement agacé par la tournure médiatique prise par cette affaire.

Il n’en demeure pas moins que la posture municipale a du mal à passer. « Je ne comprends pas son entêtement », précise Pierre-Henri Deleau d’autant « que j’étais prêt à prendre tous les frais à ma charge ». « Je mets ça sur le compte de l’incompréhension », complète Virginie Renard.

Et d’autres de se demander si le refus de la municipalité d’honorer un résistant communiste n’était pas lié à la présence d’un fort électorat d’extrême droite dans le village ? Marine Le Pen, la candidate du Front national, n’est-elle pas arrivée en tête du 1er tour de la Présidentielle d’avril 2017, avec 31 % des suffrages exprimés ?

Aujourd’hui, Claude Lemaître s’offusque de cette manière de voir. « Cela n’a rien à voir avec l’extrême droite. Après m’être entretenu avec l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance (ANACR), j’étais prêt à rendre hommage à Julien Hapiot, le 27 mai 2019 lors de la Journée nationale de la Résistance. Mais on a sabordé cette initiative  », se défend l’élu. « Au départ, nous souhaitions honorer la mémoire de Julien Hapiot en 2018, le 30 septembre, qui correspond à la date de sa naissance. Il était hors de question de reporter encore cet hommage. Et puis un 27 mai, cet évènement n’aurait pas eu le même écho, il aurait été noyé dans la masse des hommages », fait remarquer Pierre-Henri Deleau dont la persévérance aura finalement été récompensée.

 

Notes :

(1) Figure nationale de la Résistance, Madeleine Vincent (1920 – 2005) a été membre du Bureau politique du PCF de 1970 à 1990.

(2) Rendez-vous à 11h devant le restaurant La Renardière au 662, chaussée Brunehaut à Gauchin-le-Gal. L’Association nationale des anciens combattants de la Résistance, les Amis des combattants en Espagne républicaine, le Cercle historique de Grenay, la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes, la Ligue des droits de l’homme et le Souvenir français soutiennent cette initiative.

 

Source : Investig’Action