Daesh perd du terrain au Liban et à l’est de la Syrie

La guerre en Syrie a connu plusieurs tournants majeurs au cours des dernières semaines. Acteur incontournable du conflit, le Hezbollah a remporté une bataille décisive aux côtés des troupes syriennes et libanaises. Pour son Secrétaire Général, Hassan Nasrallah, cette victoire doit être célébrée comme celle du 25 mai 2000, lorsque les troupes israéliennes s’étaient retirées du Sud-Liban. Comment le Hezbollah a-t-il modifié le cours des événements de la guerre en Syrie?


« Le Liban a finalement été libéré de la menace djihadiste de Daesh ». Le 31 août, dans un discours transmis par Al Manar, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a félicité l’armée libanaise et les forces de la Résistance pour la victoire contre les milices djihadistes de l’État Islamique. « La victoire du 28 août 2017 » (la deuxième après la défaite du Front  Al Nousra  dans la région de Arsal dans le mois de juillet, ndlr) – a ajouté Nasrallah – ” doit être célébrée comme une fête nationale pour tous les Libanais parce qu’elle est similaire à celle du 25 mai 2000 avec la défaite de l’armée israélienne du Liban ».

L’opération « Fajr al Jourd », qui a commencé le 19 août, a vu l’armée libanaise, les troupes syriennes et le Hezbollah s’engager contre les derniers militants de Daesh au Liban.

Les troupes de Beyrouth ont attaqué en venant de l’Ouest, dans la région de Ras Baalbek et Qaa, tandis que les Syriens, avec le Hezbollah, ont avancé vers l’Est dans le territoire syrien du Qalamoun. En 2013, dans cette région de Syrie située près de la frontière libanaise, le Hezbollah avait remporté sa première victoire (bataille de Qusayr) contre les militants djihadistes de Daesh et d’Al-Nousra qui, à l’époque, étaient alliés. L’intervention du parti libanais, principalement en défense des frontières libanaises, a été décisive pour le sort de celui qui était considéré comme le plus faible à l’époque, le régime de Bachar Al Assad.

La victoire du Hezbollah, chèrement payée en pertes humaines, a ensuite poussé l’Iran et après la Russie, à intervenir militairement en Syrie pour contrer la montée djihadiste dans toute la région et pour s’opposer aux plans américains, saoudiens et israéliens dans le Moyen-Orient. Selon de nombreux analystes, en effet, juste après la bataille de Qusayr, la guerre en Syrie a connu un tournant. Le Hezbollah est alors devenu une véritable « puissance régionale ». À partir de ce moment-là, les troupes chiites ont toujours été présentes dans toutes les principales zones de guerre, acquérant une expérience militaire considérable et redoutable, grâce notamment à l’équipement iranien et russe. Le Hezbollah est ainsi devenu l’un des principaux acteurs des victoires en Syrie (Palmyre, Alep, Badya) et au Liban (Arsal et Ras Baalbek).

« Les États-Unis et Israël sont furieux à cause des nombreux échecs de leurs plans militaires et stratégiques dans la région », a déclaré Nasrallah en évoquant les bombardements américains des convois qui transportent les militants de Daesh vers la région de Deir Ez Zor. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, les États-Unis auraient essayé de toutes les façons de décourager l’opération militaire de l’armée libanaise, menaçant même « les troupes de Beyrouth d’une réduction du financement et de l’approvisionnement en armes ». Pour cette raison, Nasrallah a remercié la « détermination et l’indépendance démontrées par le Président de la République, Michel Aoun », le chef des forces armées, qui a résisté tant aux pressions continues américaines qu’aux accusations de Tel-Aviv sur les troupes de la FINUL, considérées comme « une présence inutile ».

Le numéro un du Hezbollah a été également clair au sujet de la controverse du Premier ministre irakien Haidar Abadi sur le transfert de 310 militants de Daesh, à travers des corridors sécurisés, dans la ville syrienne d’Abou Kamal près de la frontière irakienne. « Nous l’avons fait parce que les Libanais voulaient la restitution des corps de nos martyrs (9 soldats qui avaient été capturés et tués par l’Etat islamique). Et pour obtenir leur transfert, je suis personnellement allé à Damas chez le président Assad ».

L’agence de presse iranienne Press TV a publié une lettre ouverte du Secrétaire Général du Hezbollah adressée aux « frères irakiens » pour les féliciter de la prise de contrôle définitive de Tel-Afar.  Dans la lettre, Nasrallah a réaffirmé l’alliance avec Bagdad contre l’ennemi commun (Daesh), précisant que les troupes chiites sont engagées dans une bataille contre les djihadistes de l’État islamique dans la même région de Deir Ez Zor. Selon certains journaux du Moyen-Orient, les affirmations d’Abadi seraient purement instrumentales et propagandistes après le rapprochement de certains représentants politiques de Bagdad avec Riyad et Washington dans la  faction anti-Iran et anti-Hezbollah.

Mardi 5 septembre, selon l’agence de presse SANA, « l’armée syrienne a brisé, pour la première fois en trois ans »,  le siège que l’Etat Islamique  avait imposé près de Deir Ez Zor dans l’est du pays.

« Les unités de l’armée arabe syrienne, avec le Hezbollah, se sont ressemblées avec les soldats de la brigade 137 » a déclaré à Sputnik le gouverneur de la province syrienne, Muhammed Ibrahim Samra, en commentant les opérations militaires antiterroristes en cours dans cette région. « Compte tenu du nombre et de la disposition de l’armée syrienne appuyée par l’aviation russe, on peut affirmer que la ville sera complètement  libérée dans les jours à venir », a-t-il affirmé.

En termes politiques, cela ressemble à une victoire pour la Syrie et le dénommé Axe de la Résistance (Hezbollah, Iran, Russie), plus que la conquête de Raqqa par les FDS (Forces Démocratique Syrienne à majorité Kurdes et alliées des USA, ndlr) vu que, en prenant Deir Ez Zor, les forces loyalistes ont fermé toute possibilité d’expansion aux milices rebelles. « C’est encore une autre défaite aux plans américains, saoudiens et israéliens dans la région pour fragmenter le pays et nous affaiblir », a déclaré Bachar el-Assad pour se féliciter avec l’armée de cette victoire sur les extrémistes de Daesh.

 

Traduit de l’italien par Stefano Mauro pour Investig’Action

Source: Investig’Action