Crise financière : « Reynders fait exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire »

Marco Van Hees (1964), est licencié en sciences politiques (ULB), fonctionnaire au SPF Finances et délégué syndical CGSP.

Il est nominé pour le « Prix Gros Sel 2008 », un prix littéraire soutenu par la Ministre F. Laanan, qui en disait ceci : « Le Prix Gros Sel offre, à côté des prix plus anciens, plus sérieux, l’alternative d’une nouvelle génération de prix littéraires plus cocasses, plus espiègles… » (Infos sur ce prix en fin d’article)

Comment trouvez-vous que le gouvernement belge, et plus particulièrement le ministre des Finances Didier Reynders, – « l’homme qui parle à l’oreille des riches », selon le titre de votre livre – gère la crise financière ?

Il ne faut pas être docteur en économétrie pour constater qu’une des causes de cette crise, c’est qu’on a laissé faire aux banques tout ce qu’elles voulaient dans leur quête immodérée du profit. Par rapport à ce constat, Reynders fait exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire : il renforce encore le pouvoir des banques, en particulier celui de la BNP Paribas.

Les autorités belges ont mis en tout 20,4 milliards € dans le capital de Fortis, Dexia, Ethias et KBC (en plus de l’intervention de la France, des Pays-Bas et du Luxembourg). Puis, elles ont revendu une partie importante de Fortis à BNP Paribas. Cette partenaire d’Albert Frère est la grande gagnante de l’opération Fortis. Elle bénéficie des plus beaux morceaux du groupe : 100 % de Fortis Assurance Belgique et 75 % de Fortis Banque (elle ne prend, par contre, que 10 % des actifs « toxiques »). Pour ce rachat, BNP Paribas débourse à peine 14,5 milliards €. Ce n’est même pas le bénéfice réalisé par Fortis ces quatre dernières années.

Reynders dit que l’intervention de l’Etat a permis de sauvegarder les intérêts des clients des banques, de la population donc…

Parlons-en, de la population. Les 20,4 milliards €, l’Etat les a empruntés. Le remboursement est évidemment à charge de la population. Pour établir son budget 2009, le gouvernement a ainsi prévu 240 millions € d’intérêts à payer. Mais si on prend un remboursement en 20 ans de 20,4 milliards € à un taux d’intérêt de 3 %, cela représente, capital + intérêts : 1,37 milliard par an. Soit, par ménage : 342 € par an, 6 850 € sur les vingt ans.

Les banques n’ont-elles pas été contrôlées d’assez près ?

Comme ministre des Finances, Didier Reynders a la responsabilité du secteur bancaire au sein de gouvernement. De plus, ses anciens chefs de cabinets quadrillent le monde financier belge : Bruno Colmant à la Bourse de Bruxelles, Peter Praet à la Banque nationale, Jean-Paul Servais à la CBFA, Koen Van Loo à la SFPI (holding de l’Etat). Ces trois derniers, ainsi que son actuel chef cab’ Olivier Henin, étaient d’ailleurs tous autour de la table durant les négociations pour sauver Dexia.

Remarquons que Colmant, Praet et Reynders lui-même ont été dirigeants de banque. Et le ministre a toujours défendu bec et ongle le secteur bancaire face aux (nombreuses) critiques qui lui étaient adressées. Le 21 septembre, à Mise au point (RTBF), Jean-Paul Servais déclarait que les banques belges n’avaient « aucun problème de solvabilité ni de liquidité ». Et Reynders lui-même comparait le risque de faillite d’une banque belge à « celui que le ciel nous tombe sur la tête ». Sept jours plus tard, il injectait des (nos) milliards pour sauver Fortis de la faillite et la céder peu après à BNP Paribas.

Incompétence ?

Non, tous ces gens sont bardés de diplômes et ont une grande maîtrise technique des dossiers. Mais il y a au minimum un aveuglement idéologique. Voire plus…

Plus ?

Maurice Lippens, président du conseil d’administration de Fortis jusqu’à sa démission forcée le 28 septembre, a toujours entretenu de bonnes relations avec Reynders. Le comte Lippens est l’auteur du code de bonne gouvernance des entreprises, plus connu sous l’appellation « code Lippens ». Dont un des principes est : « Tous les administrateurs font preuve d’intégrité. »

Intégrité ? La justice enquête aujourd’hui sur les dirigeants de Fortis qui ont délibérément menti en 2007 quant à l’exposition du groupe aux subprimes. On comprend que, pour continuer à faire croire aux capacités d’autorégulation du monde des affaires, certains songent à rebaptiser le code Lippens…

De plus, selon certaines sources, Reynders, Leterme et le ministre néerlandais des Finances Wouter Bos auraient été au courant de la situation réelle de Fortis dès le mois d’août. Si cela se confirme, il faudrait voir dans quelle mesure il n’y a pas lieu de lever leur immunité pour pouvoir les poursuivre en justice.

Vous critiquez ce qui a été fait, mais quelle serait l’alternative ?

Avec tout l’argent que dégage l’Etat pour le secteur bancaire, créons une véritable banque publique. Une banque aux services des gens, pas au service du profit. En s’inspirant par exemple de la Kiwibank de Nouvelle-Zélande.

Ce pays était un pionnier en matière de privatisations tous azimuts. Il avait totalement supprimé les services financiers publics, y compris ceux de la poste. Il en est revenu…

En 2002, la poste et l’Etat ont créé cette Kiwibank. Les grandes banques étrangères (surtout australiennes) dominent le marché, mais elles délaissent les communautés rurales et les banlieues, pas assez rentables. La Kiwibank, par contre, s’y est implantée. Fin 2003, elle occupait déjà la première place en nombre d’agences.

Quels seraient les avantages d’une telle banque ?

Premier avantage, développer le réseau d’agences. A l’heure où, chez nous, toutes les banques ferment les leurs, ce serait aller positivement à contre-courant. D’autant que La Poste ferme aussi ses bureaux…

Deuxième avantage : redéfinir le rapport à la clientèle. Aujourd’hui, les banques méprisent les petits clients. Là où subsiste une agence, les guichets sont des forteresses imprenables, sauf s’il s’agit de vous fourguer des placements (à risque) ou des assurances. La Kiwibank, elle, a construit son image sur le thème « Nous ne traitons pas les gens comme des numéros, mais comme des personnes, avec lesquelles il faut négocier… ».

Troisième avantage : la politique tarifaire. Les tarifs de la Kiwibank sont de 50 % inférieurs à ceux des autres banques. Chez nous, on sait à quel point les banques ont de l’imagination pour monnayer le moindre service. Logique : lorsqu’une banque vise le profit maximum, tous les moyens sont bons. Sam Knowles, chef exécutif de la Kiwibank, constate que les quatre banques australiennes qui dominent le marché néo-zélandais ont des rendements sur fonds propres atteignant les 30 %. « Il n’y a aucune raison qu’un quelconque business affiche de tels rendements », estime-t-il. Il nous faut donc une Fritibank qui fasse passer les gens avant le profit.

Quatrième avantage : des placements sûrs. Du fait de ses modestes aspirations en matière de profits, la Kiwibank ne s’est pas aventurée sur les marchés internationaux des capitaux et n’a donc pas été touchée par la crise des subprimes, comme l’ont été la plupart des banques privées dans le monde.

Cinquième et dernier avantage – mais on pourrait en mentionner de nombreux autres – cette banque publique pourrait devenir le créancier privilégié de l’Etat et des communes. L’Etat emprunterait ainsi l’épargne de la population. Et sa dette ne servirait plus à enrichir les banques privées.

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Votez pour que le livre de Marco Van Hees obtienne le « Prix Gros Sel 2008 »

Marco Van Hees est nominé pour le « Prix Gros Sel 2008 », un prix littéraire soutenu par la Ministre F. Laanan, qui en disait ceci : « Le Prix Gros Sel offre, à côté des prix plus anciens, plus sérieux, l’alternative d’une nouvelle génération de prix littéraires plus cocasses, plus espiègles…Ce qui était un clin d’œil en 2005, un peu de sel dans la vie littéraire, s’impose aujourd’hui comme un nouveau prix littéraire dans le paysage de la Communauté française. »

Marco Van Hees (1964), est licencié en sciences politiques (ULB), fonctionnaire au SPF Finances, délégué syndical CGSP, journaliste pour l’hebdomadaire Solidaire et auteur de plusieurs ouvrages. C’est celui-ci qui aujourd’hui est en compétition :

Didier Reynders – L’homme qui parle à l’oreille des riches

Editions Aden, Bruxelles, 2007

Marco Van Hees est nominé pour le « Prix Gros Sel 2008 », un prix littéraire soutenu par la Ministre F. Laanan, qui en disait ceci : « Le Prix Gros Sel offre, à côté des prix plus anciens, plus sérieux, l’alternative d’une nouvelle génération de prix littéraires plus cocasses, plus espiègles…Ce qui était un clin d’œil en 2005, un peu de sel dans la vie littéraire, s’impose aujourd’hui comme un nouveau prix littéraire dans le paysage de la Communauté française. Je lui souhaite de continuer longtemps à relever le goût de nos mets littéraires. »

Marco Van Hees (1964), est licencié en sciences politiques (ULB), fonctionnaire au SPF Finances, délégué syndical CGSP, journaliste pour l’hebdomadaire Solidaire et auteur de plusieurs ouvrages. C’est celui-ci qui aujourd’hui est en compétition :

Didier Reynders – L’homme qui parle à l’oreille des riches , Editions Aden, Bruxelles.

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