Confiscation du débat sur la crise en Belgique

Lors de la conférence de presse du Conseil national de Sécurité de la mi-avril, Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal anti-productiviste Kairos[1], a posé deux questions à la Première ministre Sophie Wilmès… Deux questions auxquelles la presse mainstream ne nous a pas habitués. Son intervention a fait le buzz. Beaucoup s’en sont réjouis sur les réseaux sociaux. Mais d’autres ont cherché à discréditer le journaliste.

 

Ouverture d’un débat

La courageuse interrogation d’Alexandre Penasse était : « Quelle légitimité démocratique y a-t-il à prendre ces décisions quand la plupart des membres qui décident et qui réfléchissent font partie des multinationales et de la finance ? » Mais aussi : « Pourquoi ces questions ne sont pas débattues démocratiquement ? Pourquoi cette question n’a-t-elle pas été posée plus tôt par d’autres journalistes ? » L’échange mettait en lumière le rôle des journalistes mainstream qui, habituellement, se contentent de jouer un rôle de communicateurs politiques sans même fournir un réel travail d’enquête.

La réponse de Sophie Wilmès était creuse : les informations sur les «experts» du conseil de sécurité sont privées, ce n’est pas la société pour laquelle vous travaillez qui définit l’homme ou la femme que vous êtes et, au final, c’est le politique qui prend ces décisions ! Comme si les membres du gouvernement ne devaient pas rendre des comptes aux citoyens, comme si la transparence et l’information n’étaient pas démocratiques. Une arrogance certaine de la part de la Première ministre !

La question avait pour but d’ouvrir un débat. Pourquoi faire appel à des experts liés à des intérêts financiers alors que les représentants de la société civile et les acteurs de terrain ne sont pas vraiment associés aux prises de décisions? Ce qui d’ailleurs aurait évité à madame Wilmès de subir une vague de protestations sur l’organisation des visites aux personnes âgées, les acteurs de terrain n’ayant même pas été consultés. La gestion chaotique de la crise qui nous occupe était, avec raison, mise en cause.

 

Confiscation du débat

La question d’ Alexandre Penasse était importante et légitime. Elle a été largement diffusée et appréciée sur les réseaux sociaux. Il a pourtant aussi été traité de complotiste, auteur de textes soi-disant sexistes, homophobes ou complaisants avec Bachar el-Assad dans le conflit syrien.

Les médias mainstream ont relayé l’échange en utilisant les termes de «malaise», de «question déplacée» ou «échange tendu». D’autres ont trouvé que ce n’était pas le moment de poser ce genre de problème, qu’on verra après…

Autant de tentatives de confisquer le débat, de discréditer l’auteur, de calomnier, de brouiller les pistes, de diviser et de reporter à plus tard… Quand? Trop tard, quand le mal est fait ? Le piège de l’urgence, de la nécessité d’une union sacrée est de glisser les manquements sous le tapis et de gagner du temps pour installer des politiques autoritaires. Maggie de Block[2] ne s’en cache pas. Lorsqu’une qu’une critique lui est adressée, elle répond invariablement : « Moi, je travaille, on verra après ! »

Et que viennent faire ici des opinions liées au genre ? Pourquoi parler d’homophobie alors qu’on ne trouvera aucun appel à la haine ou à la discrimination, bien au contraire, dans les articles d’Alexandre Penasse ? En quoi les questionnements sur la Syrie, plus nuancés que ce qu’il se dit dans les médias dominants, sont-ils critiquables?

Le phénomène est hélas bien connu : sortez un peu de la pensée «politiquement correcte», posez une question qui dérange et on vous traitera de complotiste, d’antisémite ou de farfelu… Quand les arguments font défaut, un peu de médisance fera l’affaire.

Mais le débat soulevé par le journaliste reste.

 

Source: Investig’Action

 

Notes:

[1] https://www.kairospresse.be

[2] Ministre fédérale des Affaires sociales, de la Santé publique, de l’Asile et de la Migration