Comment Washington utilise la pandémie de covid-19 pour déstabiliser Cuba

Des manifestants à Cuba protestent contre le niveau de vie et la gestion de la crise sanitaire, alors que les cas de covid augmentent. Washington soutient les manifestants, mais orchestre aussi une campagne médiatique internationale autour du mouvement pour mettre le gouvernement cubain sous pression. Bel exemple d’hypocrisie: les difficultés rencontrées à Cuba sont principalement liées au blocus illégal imposé par les États-Unis. Stephen Gowans analyse les problèmes que rencontre Cuba et les manœuvres du gouvernement US. (IGA)


Le texte qui suit est inspiré de l’analyse du président de Cuba, Miguel Diaz-Canel Bermudez, à propos des causes des récentes manifestations à Cuba, mais aussi de l’étude de la base de données « Our World Data », qui montre une nette augmentation des cas de Covid-19 sur l’île depuis le 22 juin.

Les Cubains subissent des pénuries de biens de première nécessité, conjointement à l’augmentation des cas de Covid-19.

La pandémie a sévèrement réduit l’accès de Cuba à ses sources principales de devises étrangères, le tourisme et la visite de Cubains expatriés, ce qui a réduit la capacité de Cuba à acheter des biens à l’étranger : nourriture, médicaments, matériaux bruts, pièces de rechange. Et parallèlement, les imports de pétrole ont diminué.

Environ 20 % de la population a été vaccinée. Le bas niveau de vaccination est le résultat de deux facteurs :

  • Cuba a dû développer son propre vaccin car l’île ne pouvait pas se permettre de les acheter à des vendeurs étrangers – la plupart leur ayant de toute façon refusé la vente ;
  • Cuba n’a pas la capacité de produire des doses en quantité suffisantes pour vacciner l’entièreté de sa population en une fois. Vacciner tout le monde prendra du temps.

Aux difficultés économiques de Cuba, produites par les tentatives de Washington d’étrangler économiquement le pays, il faut ajouter ces nouveaux problèmes liés à la pandémie. En conséquence, les insatisfactions augmentent.

Washington exploite ces nouvelles difficultés en lançant une grande campagne médiatique afin de dénigrer Cuba de deux manières : en accusant le gouvernement d’être à l’origine de la misère et en proposant de sauver les Cubains de l’incompétence de leur gouvernement.

Washington, qui affirme s’inquiéter de la santé des Cubains, ne s’alarme guère pour son propre système privé de santé qui privilégie les riches aux dépens des pauvres. Son intérêt pour le bien-être des Cubains (alors qu’il se désintéresse de celui de ses propres citoyens) n’est pas sincère. Par ailleurs, Washington a montré son incompétence totale à protéger la santé de ses propres citoyens contre les dangers de la Covid-19, qui a coûté la vie de plusieurs millions de personnes, avec un taux de mortalité 13 fois supérieur à celui de Cuba.

Certains Cubains, qui soutiennent leur révolution mais sont affectés par la pénurie de biens de première nécessité, ont participé aux manifestations. Le gouvernement désire discuter des différentes solutions avec son peuple, à condition que l’on reconnaisse et que l’on comprenne les causes réelles des problèmes que doit affronter Cuba.

J’ajouterai les points suivant à l’analyse du président de Cuba. L’Afrique du Sud a également connu des dissensions politiques liés à des pressions qui se sont aggravées avec la pandémie.

La pandémie a deux effets principaux dans les deux pays :

  • augmentation de la misère existante, à savoir, une augmentation du chômage et des inégalités en Afrique du Sud et, à Cuba, des privations liées aux sanctions économiques ;
  • et augmentation du danger sanitaire.

Il y a cependant d’importantes différences entre les deux pays :

  • les dissensions politiques en Afrique du Sud sont beaucoup plus sévères, caractérisées par des émeutes et des pillages ;
  • l’Afrique du Sud n’a pas connu de blocus économique de soixante ans, bien que le pays soit affecté depuis longtemps par des mesures néolibérales qui ont probablement des effets comparables pour tous les citoyens excepté les plus privilégiés ;
  • Washington n’essaye pas de profiter de la misère produite par la pandémie afin de déstabiliser Prétoria.

 

Malgré ces différences, les manifestations à Cuba et en Afrique du Sud, les révoltes en Colombie, au Brésil, au Pérou sont liées à l’effet déstabilisateur de la pandémie.

L’échec des gouvernements de droite à gérer les pressions économiques et les dangers pour la santé publique ouvre des opportunités pour la gauche qui peut mobiliser celles et ceux dont la situation s’est aggravée, à condition qu’ils offrent des solutions crédibles aux problèmes induits par la pandémie.

Parallèlement, la capacité de déstabilisation de la pandémie vient se surajouter aux efforts des États-Unis pour perturber et affaiblir les gouvernements qui refusent de se soumettre à leur contrôle et à leur influence. Cette opportunité est néanmoins absente en Chine et au Vietnam, qui ont fait preuve de compétences sans égale dans la gestion de la santé publique et des effets économiques de la pandémie.

 

Stephen Gowans est l’auteur des ouvrages suivants : Israel, A Beachhead in the Middle East: From European Colony to US Power Projection Platform (2019); Patriots, Traitors and Empires: The Story of Korea’s Struggle for Freedom (2018); and Washington’s Long War on Syria (2017).

 

Source originale: Le blog de Stephen Gowans

Traduit de l’anlais par Ermelinde