Brèves covid #1: Afrique, Biden, concurrence vaccinale, Inde, colère des jeunes…

L’Afrique négligée. À peine 3 pays africains sur 54 ont réussi à vacciner 1 % de leur population. Les pays occidentaux qui représentent 20 % de la population mondiale ont reçu 428 millions de doses. Les autres pays, soit 80 %, ont reçu 427 millions. (chiffres du 19 avril). Pourquoi ? Pfizer, Moderna et Astra Zeneca refusent de faire produire leurs vaccins par d’autres compagnies. Sur base de ces chiffres, Corporate Europe Observatory et Médecins sans Frontières font remarquer que le discours officiel « humaniste » des producteurs de vaccins est contredit par les faits. Comment protéger l’Europe en laissant le virus proliférer à ses portes ?

 

Biden crypto-communiste ? Le président Biden s’est rallié à l’idée de lever les brevets des vaccins afin de permettre aux pays du Sud de vacciner beaucoup plus vite. Comment analyser cette volte-face ? Je crois que deux facteurs ont joué : 1. L’indignation populaire face aux profits indécents du Big Pharma dont la cupidité empêche le tiers monde de protéger sa population. Marge bénéficiaire de Pfizer : 20 % sur un vaccin qui représente 25 % de son chiffre d’affaires ! La pétition https://noprofitonpandemic.eu/fr approche du million de signatures… 2. Les contradictions au sein du capitalisme US : les secteurs impactés par la crise économique s’opposent au secteur pharmaceutique pour qui ses profits immédiats l’emportent sur l’intérêt général. Dans le passé, de tels conflits intra-capitalistes avaient déjà mené à briser le monopole de Standard Oil sur le pétrole ou à affaiblir la position dominante de Microsoft (et aujourd’hui des GAFAM en général).

 

Vaccins publics : stratégie cachée ? Une troisième hypothèse placerait la déclaration de Biden sous un autre éclairage : Pfizer et Moderna disposent d’un monopole (dont ils profitent scandaleusement) mais leurs capacités de production ne suffisent pas à arrêter la pandémie ce qui affaiblit toute l’économie. Biden a compris qui si on ne suspend pas les brevets, Pfizer, Moderna et Johnson auront certes raflé tout le marché des pays riches mais seront évincés de l’immense marché du Sud par les vaccins russes et chinois. Il veut donc leur permettre, en s’alliant à d’autres firmes pharmaceutiques occidentales de produire aussi pour ce marché. Un coup de pouce donc au Big Pharma ?

 

Inde : pourquoi ? 379 257 contaminations en un jour. 18 millions jusqu’à présent. Manque de lits, hôpitaux refusant des patients, médicaments et oxygène vendus au marché noir. La célèbre auteure indienne Roy décrit l’oxygène comme la nouvelle monnaie de la « nouvelle Bourse macabre de l’Inde ».

Son analyse : « Le gouvernement Modi comme le précédent gouvernement (parti du Congrès) ont démantelé les infrastructures médicales déjà très limitées en ne consacrant aux soins de santé qu’à peine 1,25 % du PIB ». « Le système ne s’est pas effondré. Le ‘système’ existait à peine. Voilà ce qui arrive lorsqu’une pandémie frappe un pays dont le système de santé public est presque inexistant. » Bref, la grande démocratie indienne tue sa population pendant que la dictature chinoise a réussi à la protéger. Cherchez l’erreur…

 

L’Inde intrigue les scientifiques. La recrudescence de la pandémie en Inde pose de nombreuses questions, indique la revue Nature (« La poussée massive de Covid en Inde intrigue les scientifiques », n° 592, 29 avril 21). 1. L’immunité collective attendue après la première vague n’a pas eu lieu. Cela confirme les données de Manaos au Brésil. 2. L’effet psychologique de libération par la vaccination est un des facteurs responsables de la deuxième vague plus dévastatrice. Et surtout : la vaccination chaotique et lente favorise-t-elle l’apparition de nouveaux variants plus agressifs ?

 

La colère des jeunes. Dans  COVID-19 : pourquoi la colère des jeunes est plus que justifiée sur Investig’Action, Marc Vandepitte explique : « Bien qu’ils soient les moins à risque, ce sont eux qui ont dû renoncer le plus et qui ont été le plus durement touchés. Leur groupe d’âge n’est absolument pas une priorité pour le gouvernement. » On ne peut considérer l’attitude face au covid sans prendre en compte la globalité des problèmes : pauvreté, hausse du coût de la vie et du taux de chômage des jeunes. Surtout que le gouvernement ne s’attaque pas aux problèmes clés du covid…

 

POUR SE DOCUMENTER :

Inde : « Il faut être près des gens et les assister au quotidien » Entretien avec Rajan Khobragade, responsable Santé de l’État du Kerala) dans mon livre Planète malade tome 2 page 10. Aux élections régionales du 4 mai en Inde, le BJP, le parti fascisant de Modi, a reculé partout (sauf en Assam), il n’est même plus représenté au Kerala où la majorité communiste a progressé grâce à sa bonne gestion de la crise sanitaire. Cette dernière année, le Kerala, lui, a augmenté sa capacité en oxygène de 58 %. Et il s’en est beaucop mieux sorti que le rest e de l’Inde, mon entretien permet de comprendre pourquoi.

 

Photo: Flickr