Bolsonaro mène le Brésil à la catastrophe du coronavirus

Le leader d’extrême droite brésilien Jair Bolsonaro pousse la plus grande nation d’Amérique latine au bord de la catastrophe. Dans un pays de plus de 210 millions d’habitants, l’inaction de Bolsonaro et son refus catégorique de reconnaître la menace réelle que représente la pandémie de coronavirus (Covid-19) risquent de provoquer la mort prématurée et inutile de centaines de milliers de personnes. Les enjeux étant si importants, Bolsonaro doit faire face à une opposition sans précédent de la part de millions de Brésiliens, alors que la pression monte pour qu’il démissionne de son poste de président.

 

Une dangereuse minimisation de la menace

Bolsonaro n’est pas le marginal que les médias grand public lui attribuent. Son attitude extrêmement dédaigneuse à l’égard du coronavirus, qu’il ne cesse de qualifier de « petite grippe », fait écho à la minimisation répétée de la pandémie par Donald Trump.

L’approche de Bolsonaro consiste essentiellement à laisser le coronavirus se propager de manière incontrôlée dans la population, sans prendre de mesures sérieuses pour l’empêcher. Cette approche est très similaire à la stratégie d' »immunité collective » initialement préconisée par Boris Johnson et le gouvernement britannique le 12 mars, qui n’a été modifiée qu’après un tollé général. Les modifications apportées par le Royaume-Uni se sont toutefois révélées trop faibles et arrivent trop tard pour empêcher la catastrophe qui se déroule actuellement. Au moment où nous écrivons ces lignes, environ 3 000 personnes sont mortes du coronavirus au Royaume-Uni, et le nombre de nouveaux cas quotidiens ne cesse d’augmenter. Les données du Financial Times indiquent que les réactions du Royaume-Uni et des États-Unis face au coronavirus ont été les pires du monde, le nombre de décès s’accélérant sur une trajectoire plus raide que celle de l’Italie et de l’Espagne.

La réponse de la droite mondiale à la pandémie de coronavirus a un thème commun : donner la priorité au sauvetage de l’économie (c’est-à-dire aux profits privés) au détriment du sauvetage des vies humaines. Mais la position et la rhétorique de Bolsonaro représentent la version la plus extrême et la plus grossière de cette ligne. Dans les pays où une telle approche est suivie, elle a provoqué de dangereux retards dans la mise en œuvre par les gouvernements des mesures nécessaires pour sauver des vies. Et lorsque des mesures sont prises, il s’agit de demi-mesures insuffisantes – telles que des verrouillages partiels ou l’absence de tests généralisés et opportuns – plutôt que de l’approche globale définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

En fin de compte, l’approche de Trump, Johnson et Bolsonaro ne parvient pas à contenir le virus, ce qui menace la vie de centaines de milliers de personnes. Au moment de la rédaction du présent document, les États-Unis sont actuellement l’épicentre de la pandémie mondiale avec environ 240 000 cas. Avec Bolsonaro à la barre, le Brésil pourrait être sur la bonne voie pour une catastrophe similaire dans les prochaines semaines.

De la négation de la réalité aux déclarations machistes inutiles

Au cours du mois dernier, Bolsonaro a constamment minimisé la menace que représente le coronavirus. Ses commentaires du 10 mars, lorsqu’il a suggéré que le coronavirus était un « fantasme » médiatique (ou plus tard, un « truc »), n’ont pas bien vieilli. Ce jour-là, l’OMS a indiqué qu’il y avait plus de 113 000 cas confirmés de coronavirus dans le monde. Aujourd’hui, il y a plus d’un million de cas dans le monde. Le nombre de cas au Brésil a augmenté de façon spectaculaire, passant de 25 cas confirmés le 10 mars à environ 8 000 le 2 avril. Dans la semaine du 1er avril, le nombre de cas au Brésil a presque doublé. Environ 300 personnes sont aujourd’hui décédées.

Les experts brésiliens estiment cependant que les statistiques officielles du gouvernement sur le coronavirus sous-estiment grossièrement la réalité de la situation. Les scientifiques de la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz) à Rio de Janeiro – une institution de santé publique de premier plan au niveau mondial – estiment que le nombre réel de cas est dix fois supérieur aux chiffres officiels en raison du manque de tests.

La propagation rapide du coronavirus au Brésil n’a toutefois pas convaincu Bolsonaro de contenir la maladie. Le 29 mars, il a déclaré avec défi :

 » Le virus est là. Nous devons l’affronter comme un homme, putain. Nous allons tous mourir un jour. »

 

Essayer de démolir les barrages

Les gouverneurs d’un certain nombre d’États brésiliens ont pris la décision de mettre en œuvre des mesures de verrouillage dans les grandes villes en fermant des centres commerciaux, des écoles, des bâtiments publics et des manifestations sportives, notamment à Rio de Janeiro et à Sao Paulo. Mais Bolsonaro s’en est pris sauvagement à ces gouverneurs – dont un certain nombre étaient d’anciens alliés. Il les a dénoncés comme des « tueurs d’emplois », déterminés à détruire l’économie. Bolsonaro a également encouragé activement les Brésiliens à briser les quarantaines imposées dans ces villes.

Malgré les soupçons selon lesquels Bolsonaro était lui-même infecté par le coronavirus, il a tenté de mener les Brésiliens dans la rue en désobéissant  publiquement aux directives de distanciation sociale.

 

La résistance de masse laisse Bolsonaro isolé

L’approche impitoyable de Bolsonaro se heurte cependant à une résistance croissante au Brésil. 64% des Brésiliens rejettent sa gestion de la crise et 45% souhaitent sa mise en accusation. Les protestations « casseroles et poêles » ont explosé chaque nuit au Brésil ces deux dernières semaines, les personnes isolées ayant exprimé leur opposition à Bolsonaro depuis leurs balcons et leurs fenêtres dans les grandes villes du pays.

Cette crise massive a déstabilisé le gouvernement de Bolsonaro après qu’il ait publiquement affronté son propre ministre de la santé. Entre-temps, un juge de la Cour suprême brésilienne a signalé au procureur général que Bolsonaro avait commis un crime et qu’il devrait donc être démis de ses fonctions pendant 180 jours pour avoir mis en danger le peuple brésilien en essayant de mettre fin aux « lockdowns » (Ndt : confinements).

Des politiciens de tous les horizons politiques prennent également des mesures pour protéger la population en dépit de l’opposition provocatrice de Bolsonaro. Neuf gouverneurs du Nord-Est du Brésil, par exemple, ont adressé une lettre à Bolsonaro pour exprimer leur indignation face à ce qu’ils considèrent comme une « véritable attaque contre la vie » et pour demander que la réponse du Brésil au coronavirus soit guidée par la science et conforme aux conseils de l’OMS. Les dirigeants progressistes du Brésil, issus de divers partis politiques, se sont unis pour exiger la démission de Bolsonaro. Dans une déclaration commune enflammée intitulée « Le Brésil ne peut pas être détruit par Bolsonaro », ils déclarent :

 » Bolsonaro est le plus grand obstacle à la prise de décisions urgentes pour réduire la propagation de la contagion, sauver des vies et garantir les revenus des familles, des emplois et des entreprises. … 

Il commet des crimes, falsifie des informations, ment et encourage le chaos. « 

 

Une catastrophe humanitaire imminente ?

La perspective d’une propagation incontrôlée des coronavirus dans les favelas (bidonvilles) du Brésil est vraiment poignante. La combinaison d’une infrastructure médiocre, d’un manque d’eau courante propre et des conditions de surpopulation dans ces zones offre un environnement fertile pour que le coronavirus se propage rapidement et provoque potentiellement une catastrophe humanitaire. Chaque jour où Bolsonaro refuse de mettre en œuvre les mesures préventives nécessaires pour contenir le virus risque de provoquer une catastrophe et de mettre en danger la vie de centaines de milliers de personnes. Dans cette situation de vie et de mort, le peuple brésilien a un besoin urgent de solidarité internationale alors qu’il résiste à cette approche très dangereuse.

 

Source: Le blog de Bernard Tornare