Après le Tibet, le Xinjiang devient l’objet de la propagande « humanitaire » antichinoise de Washington

Après avoir publié sur le site Tibetdoc un article concernant la décision de l’Université Libre de Bruxelles d’arrêter sa collaboration avec l’Institut Confucius, Albert Ettinger s’est attiré la réaction courroucée d’un lecteur reprenant bon nombre de poncifs des médias mainstream à l’égard de la Chine. L’auteur s’est attaché à y répondre, point par point. Nous vous livrons donc cet échange éclairant en deux parties. (IGA)


J’aimerais vous répondre en me limitant, dans un premier temps, aux mesures prises par la Chine pour faire face à l’islamisme radical et au séparatisme au Xinjiang.
Vous ne mâchez pas vos mots, et votre jugement est clair et sans appel : Ce qui se passe au Xinjiang, dites-vous, ce sont « des crimes contre l’humanité ».
J’avoue que ces mots me font frissonner.

 

De véritables crimes contre l’humanité

Car ils évoquent en moi des images que vous aussi connaissez sans doute : Des prisonniers d’Auschwitz ou de Majdanek aux yeux hagards ; des amas de corps squelettiques, nus, rassemblés après la libération des camps à la pelleteuse pour finir dans une gigantesque fosse commune ; les habitants de Nankin décapités au sabre de samouraï ; les rares survivants, irradiés, en loques, errant dans les ruines de ce qu’a été la ville d’Hiroshima ; les bébés morts, abandonnés sur le chemin poussiéreux à la sortie du village de My Laï ; le visage du prisonnier « Viêt-Cong » abattu à bout portant, d’une balle dans la tête, par le chef de police du régime de Saïgon… Ou encore des images plus récentes, plus proches de notre sujet, puisque se rapportant à des crimes perpétrés contre des musulmans ; des images comme celles-ci, l’une prise par des fiers soldats du « monde libre » à la prison d’Abou Ghraib (Irak)…

(Photo publiée et diffusée mondialement sur DW, aljaseera.com, cbsnews.com etc. etc.)
(Photo publiée et diffusée mondialement sur DW, aljaseera.com, cbsnews.com etc. etc.)

 

Et cette autre d’une victime des bombes américaines, soignée dans un hôpital à Fararh city. (Au moins 147 civils, parmi eux beaucoup de femmes et d’enfants, furent massacrés le 4 mai 2009 lors des frappes aériennes qui touchèrent les villages de Gerani et de Gangabad dans le district de Bala Baluk, Province de Farah, dans l’ouest de l’Afghanistan. Source : Wikimédia commons)

 

Avez-vous la preuve que de tels crimes ont été commis et continuent d’être commis au Xinjiang ? Permettez-moi d’en douter, puisque vous-même (comme d’ailleurs le New York Times dans l’article que vous indiquez) (1) n’en fournissez aucun exemple concret et irréfutable. (2) Je considère donc qu’il est tout à fait excessif et outrancier de parler de « crimes contre l’humanité » au Xinjiang (excepté, justement, à propos des attentats terroristes !).

D’ailleurs, vous gagneriez beaucoup en crédibilité, du moins à mes yeux, si vous aviez dans le passé fait preuve de la même sévérité de jugement à l’égard, par exemple, des exécutions extrajudiciaires américaines ou israéliennes, de l’emprisonnement arbitraire et sans jugement de centaines de mineurs palestiniens, de la pratique israélienne, lors de la seconde intifada, de briser systématiquement les membres des jeunes manifestants, ou à l’égard des guerres d’agression et crimes de guerre occidentaux en Iraq, en Afghanistan, en Serbie, et j’en passe. Mais peut-être pouvez-vous nous convaincre en montrant que vous avez été animé du même zèle humanitaire dans l’un ou l’autre de ces cas-là ?

Au vu de ce que vous écrivez sur le Xinjiang, je crains plutôt que vous n’ayez depuis bien longtemps pris l’habitude de ne pas quitter le cadre de la pensée dominante, car vous pratiquez, dans le cas du terrorisme et des mesures de déradicalisation chinoises au Xinjiang, le même « deux poids, deux mesures » que nos grands médias pratiquent systématiquement à l’égard de la Chine.

 

Identité, ethno-nationalisme et islamisme

Vous parlez d’« une politique de sinisation visant à oblitérer l’identité de plus de 10 millions d’hommes, femmes et enfants en l’espace d’une ou deux générations ».

L’identité ? Au singulier ? S’agirait-il de ce genre d’« identité » qui, sous nos cieux, a donné le nom aux « mouvements identitaires » qui sont, en fait, des mouvements classiques d’extrême droite ? Heureusement, jamais personne n’a qu’une seule et unique identité. Pourquoi les Ouighours ne pourraient-ils pas rester ouighours et musulmans tout en étant (ou en devenant) des citoyens chinois à part entière ? Pourquoi l’abandon d’une conception et d’une pratique radicale, fondamentaliste de l’islam leur ferait-il perdre leur « identité » culturelle aussi bien qu’individuelle ?

Parlons donc d’abord de la question de la langue, question « identitaire » par excellence : L’article du New York Times (1) que vous invoquez confirme qu’il y a toujours des Ouighours qui ne parlent pas chinois. Il cite un certain Abdurahman Tohti qui a émigré en Turquie en 2013 et dont le fils, élève d’une école au Xinjiang, a appris entre-temps à parler chinois, « a language his family did not use. »

Est-ce que l’apprentissage du chinois serait une calamité pour les enfants ouighours ? Pourtant l’article du NY Times dont vous conseillez la lecture laisse entrevoir le fait que la majorité des Ouighours ne voit pas du tout les choses comme cela (« The government argues that teaching Chinese is critical to improving the economic prospects of minority children, and many Uighurs agree. ») Comment imaginez-vous qu’un habitant du Xinjiang chinois, où coexistent plusieurs communautés linguistiques, puisse vivre normalement et, à plus forte raison, réussir dans la vie quand il ignore la langue nationale ?

« Je parle par exemple du demi-million d’enfants Ouïghours enlevés à leurs parents pour être éduqués en « bons Chinois » comme nous avons pu enlever pour éduquer en « bons chrétiens » les « mulâtres » du Congo et du Rwanda ou les bébés des « filles-mères » recueillies dans nos couvents… »

Votre comparaison de la politique chinoise et de la politique belge au Congo (qui a coûté, selon des estimations sérieuses, la vie à près de la moitié de la population congolaise de l’époque) est absurde, diffamatoire et purement démagogique. Ce qui serait plutôt comparable, c’est la politique de la Belgique dans la partie sud-est du Luxembourg belge (Arlon et environs), où la langue germanique locale a été bannie des écoles, suite à quoi elle a été bien plus qu’ « oblitérée en l’espace d’une ou deux générations ». On pourrait de même comparer la politique chinoise au Xinjiang à la politique de la République française par rapport à ses minorités, en Alsace, en Lorraine, en Franche-Comté, en Bretagne, en Occitanie, en Provence, en Corse, etc. Une telle comparaison tournerait clairement à l’avantage de la Chine ! Car le poids des langues et cultures régionales dans le système d’éducation français actuel est quasiment nul. À plus forte raison, pensez-vous qu’il existe, dans l’hexagone, des Français qui ne sont pas censés apprendre la langue nationale ?

Au fait, qu’est-ce qui vous fait affirmer que les enfants ouighours sont « enlevés à leurs parents », alors que même l’article du NYT que vous invoquez admet que «  it is true that many rural families are eager to send their children to these schools, especially when they are older » ?

Ces enfants ouïghours, vous plaignez-vous, sont « éduqués en bons Chinois » ? Et alors ? L’éducation est, semble-t-il, un droit de l’enfant et elle fait partie des droits humains. Ce droit est loin d’être garanti dans toutes les parties du monde, et on ne va tout de même pas mettre la Chine au pilori pour le garantir (et, le cas échéant, l’imposer) et pour avoir atteint un niveau d’alphabétisation exemplaire. Mais l’éducation est aussi un devoir, et ce n’est pas par hasard qu’elle est obligatoire dans tous les pays civilisés (même si des parents s’y opposent pour des raisons religieuses ou idéologiques). De plus, dans tous les pays du monde, l’éducation publique vise à produire de « bons citoyens » loyaux au système politique et social en place, et de bons « patriotes ». (Vous semblez d’ailleurs être une preuve vivante de ce constat.) Regardez le rôle du drapeau et de l’hymne américains, omniprésents dans les écoles et dans l’espace public des États-Unis. (Par ailleurs, l’éducation en « bons chrétiens » ne fut jusqu’à un passé récent nullement réservé, comme vous le dites, aux « bébés des filles-mères » ou aux « mulâtres », et les nonnes catholiques jouaient un rôle prépondérant dans l’éducation des jeunes filles jusque dans un passé récent.)

 

Une minorité victime du gouvernement de Pékin ?

« Le fait – prévisible – que quelques milliers de personnes d’une minorité colonisée puissent se tourner vers le séparatisme et l’action violente ne peut aucunement justifier l’internement arbitraire de plus d’un million d’innocents, y compris des vieillards. »

« Une minorité colonisée » ? La Chine compte 55 minorités ethniques, dont l’existence est reconnue et dont les droits sont protégés par la constitution. Beaucoup de minorités de par le monde ne peuvent pas en dire autant, par exemple les Kurdes de Turquie dont l’existence même a longtemps été niée (ils étaient considérés et désignés officiellement comme des « Turcs des montagnes ») et la langue mise hors la loi. Quiconque a voyagé au Tibet ou au Xinjiang ne peut que confirmer le fait que les temples, mosquées, monuments culturels etc. y sont protégés et bien entretenus, et que la pratique de la religion, de la langue régionale ainsi que de la culture et des coutumes n’est pas seulement respectée, mais encouragée par l’État. Même l’article du NYT que vous recommandez se voit forcé d’admettre que la langue ouïghoure n’a pas du tout été bannie des écoles, mais a au contraire dominé dans l’enseignement.  (« Until recently, though, the government had allowed most classes to be taught in the Uighur language ».)

De surcroît, les minorités, Ouighours et Tibétains compris, profitent d’une politique de discrimination positive de l’État chinois à leur égard. Un fait confirmé encore (sans doute accidentellement) par l’article du NYT qui nous présente une pauvre mère ouïghoure de 36 ans. On apprend qu’elle s’appelle Kalbinur Tursun et qu’elle est venue en Turquie pour accoucher après avoir confié (abandonné ?) ses cinq enfants à des proches au Xinjiang (« entrusted five of her children to relatives when she left Xinjiang to give birth in Istanbul »). Cinq enfants, dans un pays qui depuis plus de quarante ans a imposé aux Han la politique de l’enfant unique ! Ah, ces privilégiés de Han !

Kalbinur Tursun, à droite, dans sa boutique à Istanbul (Photo tirée du NYT)
Kalbinur Tursun, à droite, dans sa boutique à Istanbul (Photo tirée du NYT)

 

La mère exemplaire, en niqab wahhabite qui laisse à peine entrevoir ses yeux, ne se prive pourtant pas de se plaindre. Après avoir découvert une photo de sa fille de six ans, publiée au Xinjiang par un instituteur sur un média social, elle pousse une lamentation que le NYT rend en ces mots : « ‘Mes enfants sont si jeunes, ils ont juste besoin de leur mère et de leur père’, a dit Mme Tursun, exprimant son inquiétude sur la façon dont les autorités les élèvent. ‘Je crains qu’ils pensent que je suis l’ennemi – qu’ils ne m’accepteront pas et me haïront.’ » (3) Pauvre mère qui a quitté ses enfants pour aller vivre au pays de cocagne d’Erdogan, mais surtout pauvre fille qui n’aura ainsi pas la chance de profiter du type d’éducation que les Wahhabites et autres Boko Haram réservent aux membres de son sexe.

 

Le Xinjiang tel qu’il est vécu par des visiteurs étrangers

Heureusement, on peut trouver des vidéos sur YouTube qui fournissent une image bien différente du Xinjiang. De la propagande ? Le mieux serait que vous jugiez par vous-mêmes en regardant :

https://www.youtube.com/watch?v=GefdlXsjOOQ

https://www.youtube.com/watch?v=fOs88jb-WZ8

https://www.youtube.com/watch?v=JZGv78iN6Bk

https://www.youtube.com/watch?v=c9EH62b-VkA

https://www.youtube.com/watch?v=AfZWlMbY0oQ

En guise de contraste, si vous le voulez, voici à quoi ressemble le quotidien d’un peuple qui souffre effectivement sous la botte d’un colonisateur inexorable :

https://www.youtube.com/watch?v=7AcgwezHQOA

https://www.youtube.com/watch?v=YveK3ddowP4


Face au terrorisme ouïghour, le « deux poids, deux mesures » habituel de l’Occident à l’égard de la Chine

Un « bon » terrorisme qu’on évite d’appeler « terrorisme »

Au moins, Monsieur M., perdez-vous quelques mots pour parler de « séparatisme » et d’« action violente » au Xinjiang, mais vous les justifiez aussitôt en affirmant que les Ouighours sont les victimes du « colonialisme » chinois. Et vous refusez d’appeler un chat un chat, en évitant soigneusement les mots de terrorisme ou de djihadisme.

« Aucun journaliste sérieux ne nie que des attaques se sont produites ».

Tant mieux. Mais aucun journaliste occidental qui tient à sa carrière n’ose insister sur leur grand nombre et leur extrême brutalité, et on évite manifestement aux pires assassins le qualificatif de « terroriste ». Dans cette vidéo, un journaliste chinois explique admirablement bien, preuves à l’appui, la manière de voir et de rapporter les faits des grands médias occidentaux : https://www.youtube.com/watch?v=U3YBomwuB10

Elle est d’autant plus intéressante qu’elle parle du fait, pratiquement jamais mentionné dans nos médias, qu’une majorité de pays, parmi lesquels un grand nombre de pays musulmans, a refusé de se joindre à l’actuelle campagne de dénigrement de la Chine et de sa politique au Xinjiang orchestrée depuis Washington.

Dans les pays occidentaux touchés par le terrorisme islamiste, des mesures exceptionnelles ont été prises pour lutter (ou faire semblant de lutter) contre ce fléau. Après le 9/11, les É.-U. ont adopté le Patriot Act que beaucoup considèrent comme liberticide. La France a déclaré temporairement l’état d’urgence et permis des raids et des perquisitions nocturnes, etc. Si les mesures prises par la Chine vont plus loin, c’est que le djihadisme a fait beaucoup plus de ravages au Xinjiang qu’en France, en Belgique ou en Grande-Bretagne.

 

Bref historique des attentats terroristes et de la violence ouïghoure au Xinjiang

Le terrorisme ouïghour que vous refusez d’appeler par son nom a ses origines dans les années 1980. Un journaliste allemand (Jörg Kronauer dans le quotidien Junge Welt)) vient d’en rappeler, il y a quelques semaines, la genèse et les points culminants, dans un article d’où je tire quelques passages traduits en français :

« Il y a près de deux ans, un général afghan à la retraite a déclaré à l’agence de presse Fergana que, jusqu’au temps du régime taliban, on pouvait voir de nombreux Ouïghours parmi les miliciens étrangers qui étaient accueillis en Afghanistan ; ils avaient reçu un entraînement au combat dans les camps d’Al-Qaïda. Les liens avec l’Afghanistan montrent clairement pourquoi l’ ‘incident de Baren’, survenu début avril 1990, a alarmé les autorités chinoises. » Ce jour-là, des centaines d’Ouïghours sont descendus dans les rues de cette ville au sud de Kashgar, non loin de la frontière afghane. « Selon des sources chinoises, ils étaient armés et encouragés par les islamistes revenant d’Afghanistan qui, dans l’allégresse de la victoire sur l’armée soviétique, appelaient maintenant au djihad contre la République populaire. Plus de 20 personnes sont mortes lors des affrontements. »

Le quotidien allemand continue en relatant la « chaîne de la violence » qui suit ces premiers méfaits :

« Tout au long des années 1990, le Xinjiang a été le théâtre de violents troubles et d’attaques répétées. (… ) Le 5 février 1992, par exemple, deux bombes ont explosé dans des autobus à Ürümqi ; trois personnes sont mortes et plus de 20 ont été blessées. D’autres attentats à la bombe ont suivi jusqu’à l’automne 1993. Ils ont frappé des entreprises chinoises Han, des centres commerciaux, des marchés et des hôtels de diverses villes de la région. La vague d’attentats suivante a eu lieu en 1996 et 1997. En février 1997, de violents affrontements se sont intensifiés à Yining, une grande ville du nord-ouest du Xinjiang ; les Ouïghours ont mis le feu à des voitures, détruit des infrastructures, attaqué non seulement la police mais aussi des civils chinois Han – et il y a eu encore des morts. Le 27 février 1997, trois bombes ont explosé dans des autobus à Ürümqi, tuant neuf personnes et en blessant environ 70, dont certaines gravement. En 1998, des Ouïghours ont mené des attaques à la bombe contre des usines et un pipeline à l’extrême sud-ouest du Xinjiang ; ils ont également fait exploser des bureaux et des maisons de fonctionnaires chinois. Selon une étude publiée par les autorités chinoises en janvier 2002, au moins 162 personnes ont été tuées et 440 blessées par des terroristes ouïghours au cours de la seule période de 1990 à 2001. »

« Bien que la terreur ouïghoure n’ait pas disparu dans les années 2000, elle s’est d’abord quelque peu atténuée grâce aux contre-mesures chinoises, jusqu’à ce qu’elle reprenne vers la fin de la première décennie du nouveau millénaire, peut-être même plus violemment qu’auparavant. Le 5 juillet 2009, dans Ürümqi, la capitale du Xinjiang et une métropole de plus de trois millions d’habitants, a eu lieu le pire pogrom de la région depuis la fondation de la République populaire en 1949. Au moins un millier, peut-être même plusieurs milliers d’Ouïghours ont attaqué d’abord des policiers, puis sans discernement des civils chinois Han, les ont battus à coups de bâton, se sont bientôt mis à poignarder des gens pris de court avec de longs couteaux, leur ont tranché la gorge et ont marché dans la ville en pillant et en assassinant. Quand ils ont mis fin à l’orgie de sang, 134 Chinois Han gisaient morts sur le sol, 63 autres personnes étaient mortes. Les fauteurs de trouble ouïghours avaient mis le feu à plus de 250 véhicules, détruit plus de 200 magasins appartenant à des Chinois Han et attaqué au moins 14 immeubles résidentiels. Certains rapports ont fait état de dommages matériels beaucoup plus graves. Sans la protection des citoyens chinois Han par de nombreux Ouïgours non nationalistes, il y aurait probablement eu beaucoup plus de victimes. »

L’article ajoute qu’il « est probable que les forces de la diaspora ouïghoure ont également joué un rôle dans le pogrom d’Ürümqi » et donne un aperçu des principaux groupes et personnages de l’exil ouïghoure avant de continuer le récit de la violence terroriste au Xinjiang :

 

Cet attentat à la bombe sur un marché d’Ürümqi en mai 2014 a causé la mort de 34 personnes. Voir aussi la vidéo sur https://www.wsj.com/articles/explosion-hits-capital-of-chinas-xinjiang-region-state-news-agency-says-1400722279
Cet attentat à la bombe sur un marché d’Ürümqi en mai 2014 a causé la mort de 34 personnes. Voir aussi la vidéo sur https://www.wsj.com/articles/explosion-hits-capital-of-chinas-xinjiang-region-state-news-agency-says-1400722279

 

« Dans les années qui ont suivi le pogrom d’Ürümqi, le nombre d’attentats commis par des terroristes ouïghours a continué d’augmenter. Selon la Global Terrorism Database, qui est tenue par l’Université du Maryland près de Washington, le nombre d’attentats a considérablement augmenté, surtout à partir de 2011. Fin juillet 2011, par exemple, deux djihadistes ouïghours ont détourné un camion à Kashgar, assassiné le conducteur, percuté le véhicule dans une foule de personnes, sauté hors de la voiture et poignardé les spectateurs choqués avec des couteaux. Le lendemain, des Ouïghours armés, également à Kashgar, ont attaqué avec des explosifs et d’autres armes un restaurant principalement fréquenté par des Chinois Han. Au total, 22 personnes sont mortes dans les attaques. Le 28 février 2012, plusieurs Ouïghours ont attaqué des personnes au moyen de couteaux et de hachettes sur un marché près de la petite ville de Yecheng, non loin de la frontière avec l’Afghanistan ; 13 civils – presque tous des Chinois Han – ont perdu la vie. Le 28 octobre 2013, trois Ouïghours ont conduit un SUV dans une foule sur la place Tiananmen au centre de Pékin ; la voiture a explosé, tuant deux passants et en blessant 38 autres en plus des assassins. Puis, le 1er mars 2014, huit djihadistes ouïghours ont massacré 31 personnes à la gare de Kunming. L’expert en terrorisme Rohan Gunaratna de l’Université technologique de Nanyang à Singapour, au vu des développements au Xinjiang, a déclaré : ‘ J’estime qu’il y a eu au moins 200 attaques au cours des 12 derniers mois, peut-être même plus. ‘ »

Le massacre de Kunming a marqué un tournant dans la lutte du gouvernement chinois contre le terrorisme ouïghour. Mais les terroristes ont continué de « commettre une série de meurtres terribles dans les mois et les années qui ont suivi – le 28 juillet 2014, par exemple, des Ouïghours armés de couteaux et de haches ont tué 37 civils lors d’un raid sur les bâtiments du gouvernement et de la police dans le comté de Yarkant, au sud-ouest de Kashgar », et « 50 travailleurs chinois Han sont morts dans une attaque ouïghoure contre une mine de charbon près d’Aksu le 18 septembre. »

Voilà ce qui a provoqué les réactions gouvernementales, en particulier les mesures d’éducation, de rééducation et de « déradicalisation » – donc ce que le monde politique et médiatique occidental appelle des « camps de rééducation » au Xinjiang.

 

L’Occident vilipende la Chine, alors qu’il reste lui-même complètement désemparé face au fléau de l’islamisme radical et du djihadisme

Vous avez raison de constater qu’il « y a aujourd’hui quelques milliers de membres des minorités turciques » qui « ont rejoint des groupes islamistes en Syrie ou en Irak avec le risque d’importer ces conflits au Xinjiang. » Je ne doute pas que le gouvernement chinois soit conscient du danger qu’ils constituent. C’est justement pour cette raison qu’il a pris des mesures drastiques et sur grande échelle qui visent à éradiquer l’islamisme, le fondamentalisme et le séparatisme ethnico-religieux au Xinjiang. Ces mesures, expliquent les autorités chinoises, ne se limitent nullement à la répression policière, mais comportent surtout d’importantes mesures dans les domaines de l’éducation et de la formation professionnelle. Est-ce qu’il a pu y avoir des abus, des exagérations et des dysfonctionnements dans le cadre de ce vaste programme de lutte contre le terrorisme ? Ce n’est pas exclu, c’est même probable. Mais quel est le modèle que proposent les Américains et les Européens ? Est-ce qu’ils disposent d’une meilleure méthode, infaillible, efficace et en même temps respectueuse des droits de l’homme (cf. Guantánamo) qui permet d’éradiquer durablement le terrorisme islamiste ? Poser la question, c’est y répondre.

 

Des familles de combattants de l’État Islamique (Daech) faits prisonniers par les Forces Démocratiques Syriennes en Syrie de l’est (8 mars 2019). Source : https://www.voanews.com/a/more-is-wives-flee-syria-s-baghuz/4821141.html ; Wikimedia commons)
Des familles de combattants de l’État Islamique (Daech) faits prisonniers par les Forces Démocratiques Syriennes en Syrie de l’est (8 mars 2019). Source : https://www.voanews.com/a/more-is-wives-flee-syria-s-baghuz/4821141.html ; Wikimedia commons)

Il y a (aussi) des centaines, sinon des milliers de djihadistes européens dans des camps de prisonniers en Syrie et en Iraq. Les gouvernements français, allemand, belge, anglais etc., invités à prendre leurs responsabilités et à faire ramener leurs djihadistes nationaux dans leur pays respectif pour les juger, rechignent depuis des mois à le faire. Ils semblent complètement désemparés et refusent de laisser retourner même les enfants en bas âge et leurs mères. C’est tellement plus simple de les laisser pourrir, femmes et enfants compris, dans des camps sous responsabilité kurde, irakienne ou syrienne, tout en continuant néanmoins de feindre un engagement « humanitaire » irréprochable.

Non seulement l’Occident n’a-t-il pas d’alternative crédible à proposer pour faire face à l’islam politique et au djihadisme ; en maintes occasions, il s’est rendu complice des agissements d’islamistes radicaux, en Afghanistan avec Osama Bin Laden, en Libye avec le djihadiste Abu Sufian bin Qumu libéré de Guantánamo pour aider à renverser Mouammar Kadhafi (4), en Syrie avec les coupeurs de têtes du Front Al-Nosra/ Fatah al-Cham, la branche syrienne d’Al-Qaïda. (5) La connivence des « démocraties occidentales » avec les islamistes radicaux du Xinjiang ne surprend donc plus personne.

 

Source: Tibetdoc

 

Notes:

1) https://www.nytimes.com/2019/12/28/world/asia/china-xinjiang-children-boarding-schools.html

2) Sur quelles sources s’appuient les « reportages » des médias occidentaux et les chiffres d’un à trois millions d’« internés ouïghours » au Xinjiang ?

En général, celui qui est cité, c’est l’Allemand Adrian Zenz, présenté comme « le grand expert du Xinjiang » et « un chercheur indépendant ». Zenz travaille à la European School of Culture and Theology qui fait partie de l’Akademie für Weltmission, une institution d’enseignement évangélique plutôt marginale, et à la Columbia International University, une école biblique évangélique douteuse sise à Columbia, en Caroline du Sud. Ses « doctorats », que l’on peut obtenir en ligne, sont plutôt des bizarreries. Mais Zenz est surtout Senior Fellow pour les études sur la Chine au sein d’un groupe de réflexion douteux appelé la Victims of Communism Memorial Foundation. VOC a été fondée en 1993 par les combattants de la guerre froide Lev Dobriansky, Lee Ewards, Grover Norquist et Zbignew Brzezinski. Son président Lee Edwards était membre du « Comité pour une Chine libre » de Chiang Kai-shek et fondateur de la section américaine de la « Ligue anticommuniste mondiale », une organisation internationale d’extrême droite – également initiée par Chiang Kai-shek – qui comprenait des personnalités « illustres » comme Otto Skorzeny (Waffen-SS, organisation des anciens membres SS), Ante Pavelić (Ustasha de Croatie) et plusieurs chefs des escadrons latino-américains de la mort. Le conseiller du VOC est John K. Singlaub, 98 ans, qui, après avoir dirigé les opérations de la CIA pendant la guerre civile chinoise, a fondé la Western Goals Foundation, une organisation décrite par un ancien membre comme un « ramassis de nazis, de fascistes, d’antisémites, d’ignobles racistes et d’égoïstes corrompus ».

3) Traduction française par nos soins des propos cités dans https://www.nytimes.com/2019/12/28/world/asia/china-xinjiang-children-boarding-schools.html

4) https://www.recordedfuture.com/abu-sufian-bin-qumu-a-familiar-fighter/

« In April 2011, the New York Times reported that bin Qumu had been fighting to overthrow Qaddafi, ostensibly with American support. A little over a year later, in a June 2012 profile, the paper describes his leadership of a militia in eastern Libya as an alternative vision for the country. »

5) Voir, p. ex. : « Un commandant du Front Al-Nosra : “Les USA sont de notre côté et nous arment via des pays tiers”, article du 27 septembre 2016 sur https://arretsurinfo.ch/un-commandant-du-front-al-nosra-les-usa-sont-de-notre-cote-et-nous-arment-via-des-pays-tiers/