Amérique Latine en Résistance: Victoire populaire!

Editorial / Victoire écrasante du MAS 

 

L’écrasante victoire de Luis Arce, remportée dès le premier tour, avec plus de 55% des voix, démontre que le peuple bolivien n’était pas aussi «las» du Mouvement pour le Socialisme (MAS) qu’ont bien voulu nous le faire croire, pendant près d’un an, la présidente de facto, Jeanine Añez et ses alliés avec le soutien inconditionnel d’organisations internationales, gouvernements, intellectuels et de médias qui ont tous ouvertement approuvé le coup d’État de l’année dernière contre Evo Morales.

La victoire est tellement écrasante que même Jeanine Áñez n’a osé la contester. En fait, elle a très vite admis la réalité des chiffres. Ce résultat signifie, assurément, la fin de la carrière politique pour cette politicienne d’extrême droite qui, le 12 novembre de l’an dernier, s’est auto-proclamée présidente au nom de Dieu et de la Bible.

Avant ces élections, Áñez avait fait tout ce qu’elle pouvait pour empêcher le retour du MAS. Outre le fait d’avoir repoussé la date des élections à deux reprises prétextant l’argument bien pratique de la pandémie, elle a tenu des discours haineux et organisé la répression et les persécutions contre les dirigeants, les militants et les sympathisants de la principale force politique de Bolivie. Et de fait, cette politicienne devra rendre des comptes à propos des massacres de Sacaba et Senkata au cours desquels, sous son gouvernement de fait, 22 personnes ont été assassinées.

L’autre grand vaincu c’est Carlos Mesa, l’ex-président étiqueté « centriste », qui avait calculé qu’en se positionnant « anti extrême droite » il pourrait obtenir un score suffisant pour au moins participer à un second tour contre Arce et qu’il aurait alors le soutien de tous les autres candidats de droite.

Ces résultats écrasent aussi les « arguments» de ceux qui soutenaient le coup d’État en Bolivie affirmant qu’Evo Morales était coupable de fraude électorale. On l’a même empêché d’être candidat aux élections génerales. A ce jour, on ignore quel rôle jouera l’ancien président sous la présidence d’Arce, mais une chose est sûre : il reviendra dans son pays natal après son court exil au Mexique et en Argentine.

En même temps, ce qui ressort de ces élections c’est l’intelligence politique d’Evo Morales qui avait promis que son mouvement reviendrait, « gagnant des millions d’électeurs », grâce à une stratégie politique patiente et adéquate. Le dirigeant du MAS était sûr que le peuple bolivien aurait la possibilité de s’exprimer à nouveau dans les urnes et de vaincre toutes les machinations de ses ennemis.

Le MAS a non seulement su éviter l’exacerbation du conflit après les massacres de Senkata et Sacaba, mais il a également négocié sa présence à l’Assemblée grâce à des accords pragmatiques. De son côté, le mouvement populaire a su faire la preuve de sa force dans la rue, par exemple en exigeant que les élections ne soient pas repoussées une troisième fois, et il a su maintenir vivante la confiance populaire dans la voie électorale. La tâche des organisations sociales, à présent, c’est de soutenir le nouveau gouvernement tout en l’obligeant à garder le cap à gauche.

Mais un travail acharné reste à faire, car le MAS devra remettre le pays sur les rails après un an de dictature, en pleine crise causée par la pandémie de coronavirus et avec l’héritage d’une polarisation politique très marquée. Déjà certains secteurs internes, y compris dans l’armée, doivent être en train de penser à se positionner, particulièrement ceux qui ont appuyé le coup d’État et le gouvernement de facto qui s’en est suivi.

A ce jour, le décompte des votes indique que le MAS remportera 21 sièges sur 36 au Sénat et 73 sur 130 à la Chambre des députés. Le parti dominera les deux chambres du Parlement, mais n’aura pas la majorité des deux tiers nécessaires pour gouverner avec une majorité absolue. Les leçons du passé sont également importantes. Elles ont prouvé que la conciliation avec l’oligarchie est impossible, même dans un contexte de prospérité économique.

L’autre acteur qui ne doit pas s’en tirer indemne dans cette histoire c’est l’Organisation des États Américains (l’OEA) et tout particulièrement son Secrétaire Général, Luis Almagro. Almagro et l’OEA furent les principaux artisans de la thèse de la « fraude électorale » avec des arguments qui, quelques mois plus tard, se sont révélés être faux. Mais le mal avait été fait.

Almagro, faute de disposer d’autres choix, fait mine d’applaudir l’exercice démocratique et tente de se laver les mains, mais les peuples n’oublieront pas son rôle néfaste et le sang sur ses mains. A cette heure, il est impossible de douter plus longtemps du fait que l’OEA, le dénommé «ministère des colonies » étatsunien, est un pur agent de Washington et que jamais elle ne pourra être un observateur impartial.

Le coup d’État de l’année dernière fut célébré aux États-Unis, et on y a vu des responsables et des analystes politiques se réjouir de compter un gouvernement de droite de plus dans la zone et un allié supplémentaire pour les aider à imposer leur hégémonie. Un an plus tard, le MAS revient de façon éclatante et, en même temps, des gouvernements pro-impérialistes, au Brésil, au Chili, en Colombie, sont de plus en plus contestés dans la rue. Les vents sont favorables à l’anti-impérialisme et à la libération des peuples.

 

Brèves

 

Colombie /  La ‘Minga’ Indigène soutient la grève nationale

 

Marche de la Minga à Bogotá (EFE)

Le «Comité national du chômage», mouvement de protestation sans précédent né en novembre 2019 en Colombie, a organisé de grandes marches dans les principales villes du pays.

Ces foules ont été rejointes par la Minga Indigène, composée de quelque 8 000 membres de peuples indigènes, qui sont arrivés récemment à Bogotá avec des drapeaux, des chants et des tambours exigeant de rencontrer Iván Duque.

Cependant, le président a rejeté « une négociation accompagnée d’un ultimatum » et a critiqué les marches de protestation en temps de pandémie. En ce sens, ses responsables ont proposé des tables de négociation mais «loin de la capitale».

 

Venezuela / Trump a demandé un changement de régime lors d’une réunion secrète

 

Un envoyé de l’administration Trump a demandé une réunion secrète avec le gouvernement de Nicolás Maduro pour tenter de convaincre le président vénézuélien de quitter le pouvoir.

Richard Grenell, qui a été ambassadeur des États-Unis en Allemagne, a rencontré le vice-président de la communication du Venezuela, Jorge Rodríguez, au Mexique. L’objectif serait d’assurer une victoire en politique étrangère avant les élections présidentielles.

Selon les médias américains, la mission n’a pas abouti et a semé la confusion à Washington, le département d’État n’ayant pas été mis au courant de cette initiative.

 

Argentine / Alberto Fernández demande à «reconstituer» Unasur

 

Logo de la UNASUR

Le président argentin, Alberto Fernández, a souligné la nécessité de «reconstituer» l’Union des nations sud-américaines (Unasur) afin que «chaque peuple d’Amérique latine soit représenté au-delà de l’aspect idéologique».

« Le projet correct est celui d’Unasur et non celui du Groupe de Lima, qui a été créé pour des raisons idéologiques et qui est obsédé par le Venezuela. Ce qui obsède Unasur, en revanche, c’est la croissance de l’Amérique latine », a déclaré Fernández.

Sur les 12 pays qui composaient Unasur, il n’en reste que cinq, après que l’Équateur, le Brésil, la Colombie, le Chili, le Pérou, le Paraguay et l’Argentine sous la direction de Mauricio Macri se soient retirés de l’organisation.

 

Pérou / Vizcarra accusé de corruption

 

Un nouveau témoin a accusé le président péruvien, Martín Vizcarra, d’avoir reçu des pots-de-vin pendant son mandat de gouverneur de la région de Moquegua, poste qu’il a occupé entre 2011 et 2014.

Suite à cela, le procureur Germán Suárez a révélé que le président, après avoir reçu ces pots-de-vin, aurait favorisé les entreprises privées pour participer à la construction de l’hôpital régional de Moquegua.

Pour sa part, Vizcarra a déclaré qu’il y avait « un effort politique et économique » pour le retirer du gouvernement. Cependant, il a déclaré qu’il était prêt à « faire face à toute plainte » et à « continuer à lutter contre la corruption ».

 

Ecuador / Les médecins exigent la stabilité de l’emploi

 

Manifestation de médecins Quito (El Universal)

Les agents de santé de l’Equateur exigent du gouvernement de Lénine Moreno qu’il abroge les articles 10 et 40 des règlements de la loi de soutien humanitaire et réclament l’embauche directe de ceux qui ont travaillé pendant l’urgence déclenchée par le COVID-19.

Lors d’une deuxième manifestation pacifique, les participants voulaient rejoindre le palais Carondelet dans le but d’engager un dialogue avec l’exécutif, mais n’ont pas pu y entrer en raison des clôtures métalliques placées autour du bâtiment présidentiel.

A cet égard, les professionnels ont annoncé qu’ils entreprendront une grève de la faim dans les différents centres de santé jusqu’à ce qu’ils soient entendus.

 

 

Interview 

 

Venezuela / Larissa Costas:  “Il est nécessaire de retrouver un pouvoir législatif”

 

A seulement un mois des élections législatives, le Venezuela avance avec une nouvelle loi anti-blocus qui, selon l’exécutif, aidera le pays à faire face aux sanctions imposées par le gouvernement des Etats-Unis et à renforcer l’économie nationale. La correspondante digitale vénézuélienne, Larissa Costas, nous offre sa vision du panorama politique actuel.

L’Assemblée Nationale Constituante a approuvé récemment une “loi anti-blocus”. Selon vous, en ce moment, quelles sont les conséquences les plus néfastes du blocus nord-américain, et comme ce nouvel instrument pourra-t-il les combattre?

Les dommages que ce blocus des Etats-Unis a causé au Venezuela ont été très nocifs en ce qui concerne l’accès à l’alimentation et aux médicaments pour les vénézuéliens, pour les patients qui souffrent de certaines pathologies chroniques puisque les sanctions empêchent le Venezuela d’acheter les médicaments nécessaires aux laboratoires pharmaceutiques sur le marché international. Le blocus a également empêché l’achat d’équipements pour la production industrielle, y compris évidemment dans l’industrie pétrolière, ce qui a rendu difficile la production nationale. De plus, la production d’aliments a été rendue difficile parce que l’on ne peut plus importer d’intrants; cela a mis en danger la sécurité alimentaire du pays. Ceci, pour ce qui est des effets les plus nuisibles, mais ce ne sont pas les seuls. Essentiellement, le blocus imposé par les Etats-Unis utilise les sanctions comme arme de guerre, en assiégeant le pays pour lui rendre impossible l’accès à l’approvisionnement et le faire plier par la force.

Il y a eu des discussions et des désaccords à l’intérieur du chavisme sur le contenu de cette loi et également sur la façon dont elle a été approuvée, avec très peu de débat. Qu’en pensez-vous?

A propos du débat qui a eu lieu autour de cette loi anti-blocus, je ne considère pas que ceci doive constituer un espace de discussion exceptionnel. Au contraire, je crois que ces débats sont importants au sein de la construction du socialisme et au sein d’une révolution, surtout lorsqu’il s’agit, ou que l’on parle, de l’identité du chavisme. C’est à dire, il est certain que l’identité chaviste est vue comme une rencontre multi-idéologique, à laquelle sont venus s’ajouter différents secteurs du fait de leur sensibilité sociale. Mais, dans notre essence, nous sommes prolétaires et le chavisme est un mouvement populaire. En conséquence, face aux questions qui ont trait à l’économie, à la contradiction entre capitalisme et socialisme, il y aura toujours un débat. Et ceci n’est pas nouveau. Je me rappelle avoir eu des débats très sains depuis 1998. Je crois plutôt que le débat, la discussion sur les idées pour construire le pays dont nous rêvons, où l’on aurait “le plus de bonheur” possible, ce qui continue d’être notre objectif en tant que bolivariens et bolivariennes, ceci redonne de la vitalité au chavisme.

Des élections parlementaires approchent, avec un boycott déjà annoncé de la part des secteurs d’opposition dirigés par Guaido, avec l’appui inconditionnel des Etats-Unis et un peu plus réservé d’acteurs telle que l’Union européenne. Quelle importance ont ces élections? Comment va se dessiner l’échiquier politique?

La première chose que je dirais sur l’importance de ces élections du 6 décembre, c’est le besoin que nous avons en tant que pays de retrouver un pouvoir législatif. Rappelons-nous que le pouvoir législatif a été suspendu et que pratiquement, il n’a eu d’autre et unique effet que de remplir les poches des députés qui allaient à l’étranger demander l’invasion du Venezuela, en ayant accès à une quantité de dollars indéterminée qui a été attribuée par le biais de différents mécanismes par les Etats-Unis et par l’Union européenne pour renverser le gouvernement national au Venezuela.

Alors, cela me semble important, car le pays a besoin, en accord avec notre système républicain, de l’existence d’un Parlement qui reflète politiquement et idéologiquement le débat qui a cours dans le pays. Quant à la (non) participation de la droite dans ce processus électoral, ce n’est pas la première fois qu’elle s’abstient de participer et elle devra en assumer les conséquences. Mais la Constitution stipule que le parlement termine son mandat en janvier 2021 , et les propres documents de l’Assemblée Nationale d’opposition après la victoire de 2015 le confirment. Pour nous, il reste à construire une Assemblée Nationale qui ait comme but de construire un pays, qui considère la patrie avec affection et amour et qui ne cherche pas à s’enrichir avec la promesse de provoquer une invasion ou une agression étrangère.

 

Monument dédié à Camilo Cienfuegos à Yaguajay, Cuba

 

Veines ouvertes / Camilo Cienfuegos

 

Le mouvement révolutionnaire cubain tenait en la personne de Camilo Cienfuegos l’un de ses leaders les plus importants. Jeune, barbu et charismatique, Camilo a été l’un des principaux commandants de la guérilla qui a triomphé dans la lutte contre la dictature de Batista le 1er janvier 1959.

Une fois le triomphe assuré, Camilo a immédiatement assumé des responsabilités importantes. Il faisait partie du haut commandement de l’Armée Révolutionnaire et il a participé à la Réforme Agraire, l’une des premières et des plus importantes mesures du gouvernement de Fidel castro.

Mais Camilo n’a pas eu l’opportunité de continuer à apporter sa contribution à la révolution. Il disparut dans un accident d’avion à, à peine 27 ans, en octobre 1959.

 

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Les opinions exprimées sont celles des auteurs et ne correspondent pas forcément à celle des membres de l’équipe de rédaction d’Investig’Action.

Traduit par Manuel Colinas Balbona, Ines Mahjoubi et Sylvie Carrasco. Relecture par Ines Mahjoubi.

 

Source : Investig’Action