Amérique Latine en Résistance: Incertitude en Équateur

Éditorial / Avantage pour Arauz

 

L’Équateur a tenu des élections générales le dimanche 7 février dont l’enjeu était la présidence et l’Assemblée Nationale du pays.

La journée, qui s’est déroulée au milieu de la pandémie du coronavirus, a connu quelques complications: retards dans l’ouverture des bureaux de vote et lenteur du processus, raison pour laquelle de longues files d’attente et des attroupements ont pu être observés tout au long de la journée.

En outre, à 17 heures, les bureaux de vote ont été fermés, laissant les gens dans l’impossibilité de voter, ce qui a suscité la peur parmi les citoyens, car dans le pays, le vote est obligatoire pour les personnes entre 18 et 65 ans. Malgrès cela, le taux de participation était de 81%.

Le candidat de l’Unión por la Esperanza (UNES), une coalition regroupant le Corréisme, Andrés Arauz, a été le candidat qui a recueilli le plus de voix avec 32,20% mais il devra se présenter à un second tour le 11 avril. L’UNES est également le parti qui détient le plus de sièges au parlement, mais sans avoir atteint la majorité.

Arauz a célébré sa victoire «dans toutes les régions» du pays, et son résultat a été salué par différentes forces de gauche sur le continent. L’ancien président équatorien Rafael Correa, qui a fait face à une campagne qui l’a empêché d’être candidat, était optimiste pour le second tour en raison de la « grande différence » entre le candidat de l’UNES et ses rivaux.

Si l’avantage d’Arauz était clair, la définition de son adversaire pour la course électorale du 11 avril l’est beaucoup moins. Yaku Pérez, candidat du parti indigène Pachakutik, et Guillermo Lasso, du mouvement Creando Oportunidades (CREO), sont sortis quasiment à égalité suite aux premiers résultats, se situant tous deux autour de 20%.

Pérez s’est présenté comme le candidat du mouvement indigène, qui a augmenté sa belligérance ces dernières années, bien que beaucoup le désignent comme un candidat utile à la droite et aux intérêts des États-Unis, derrière la façade de la défense des peuples autochtones.

Le candidat de Pachakutik semblait avoir le dessus, mais les résultats se sont inversés en faveur de Lasso dans les jours qui ont suivi l’élection. A ce jour (12 février), tout indique que ce sera le banquier qui affrontera Arauz. Pérez et ses partisans ont accusé les autorités électorales d’avoir commis une fraude, et la question est de savoir s’ils vont faire appel des résultats ou simplement offrir leur soutien au candidat CREO.

Guillermo Lasso est le principal représentant de l’oligarchie équatorienne, un fervent néolibéral qui renforcerait encore les politiques d’ajustement promues par le FMI. Vaincu lors des deux dernières élections présidentielles, il bénéficiera du plein soutien de l’appareil médiatique et même des organisations internationales fidèles à Washington comme l’OEA.

Bien que le vainqueur ne soit pas connu, ces élections ont déjà un perdant clair: Lenín Moreno. La candidate soutenue par l’actuel président, Ximena Peña, a obtenu un résultat désastreux avec moins de 2% des voix, ce qui reflète un rejet absolu de la politique du gouvernement limogé.

Élu avec la promesse de continuer dans la direction des gouvernements de la Révolution citoyenne, Moreno a opté pour un virage à 180 degrés vers la droite, faisant de Correa son ennemi juré et mettant le pays au service de l’agenda des États-Unis. En un mot, il a réussi à pratiquement éteindre le parti Alianza País et à remettre le pays à la merci du Fonds monétaire International, sans parler du fait qu’il ait «trahi» Julian Assange.

Arauz n’aura pas une mission facile en disputant un second tour où toutes les autres forces s’uniront pour empêcher le retour du «corréisme». Le candidat UNES aura besoin du soutien de certains secteurs avec lesquels la relation était tendue sous les gouvernements Correa. Et, une éventuelle victoire supposera également de sérieux défis pour gouverner.

Le deuxième tour en Equateur représente un moment important sur le continent, alors qu’il est déjà clair que les vents ont changé. La vague progressiste s’est épuisée avec les virages à droite dans des pays comme l’Argentine, le Brésil, l’Équateur et même la Bolivie (bien que seulement pour un an). Cependant, le néolibéralisme qui est revenu au pouvoir n’a fait qu’aggraver les difficultés économiques et les inégalités, et son cycle s’épuise en un peu plus d’une demi-décennie.

Une victoire d’Arauz contribuerait à confirmer cette tendance. Le progressisme 2.0 doit tirer les leçons d’un passé assez récent, être plus audacieux et faire plus confiance à la force du peuple.

(*) Le 13ème février, Lasso et Pérez ont convenue de recompter partiellement les voix.

 

Brèves

 

Brésil / Nouveau président du Sénat

 

Diego Pacheco est le nouveau président du Senat (Reuters)

Rodrigo Pacheco, un ami du président Jair Bolsonaro, a été élu nouveau président du Sénat brésilien pour les deux années à venir.

Il a été élu avec 57 voix, et il a eu le soutien de son prédécesseur, Davi Alcolumbre, autre homme proche de Bolsonaro, mais qui entretient de bons rapports avec l’opposition.

Et c’est ainsi que le chef de l’Etat brésilien, largement contesté dans le pays à cause de sa mauvaise gestion de la pandémie, gagne un allié politique important pour affronter les menaces d’un procès politique à son encontre.

 

Pérou / Le Congrès élimine l’immunité parlementaire

 

Le Congrès du Pérou a approuvé, par 103 voix pour, 14 contre et 1 abstention , une réforme constitutionnelle qui supprime l’immunité parlementaire.

Selon les députés « il s’agit là d’un message clair et ferme adressé à ces hommes politiques qui ont des dettes avec la justice ». Au Pérou, la classe politique a trempé dans de fréquentes affaires de corruption.

Parmi les élus qui ont voté contre cette réforme, on compte onze élus de Fuerza Popular, le parti de droite créé en 2010 par Keiko Fujimori, fille du dictateur Alberto Fujimori soupçonné de blanchiment d’argent.

 

Colombie / Iván Duque nomme un nouveau Ministre de la Défense

 

Diego Molano est Ministre de la Défense en Colombie (Portafolio)

Le président de la Colombie, Iván Duque, a nommé Diego Molano au poste de Ministre de la Défense, après le décès de Carlos Holmes Trujillo, victime de la Covid-19.

Lors de sa prise de fonction, Molano, membre du Centre Démocratique, le parti créé par Álvaro Uribe Vélez, a promis de « combattre sans trêve les narco trafiquants criminels qui mettent en péril la vie et l’avenir du pays ».

Depuis le début de cette année, en Colombie, on comptabilise, neuf répressions par les armes contre la population civile, 21 défenseurs des Droits de l’Homme assassinés et 7 membres des anciennes FARC tués.

 

Venezuela / Gobierno de EEUU reconoce impacto de las sanciones

 

Venezuela / Le gouvernement des États-Unis reconnaît l’impact des sanctions
Un rapport du Government Accountability Office (GAO) (Bureau de la Responsabilité du Gouvernement des États-Unis) reconnaît que les sanctions unilatérales imposées par Washington ont exacerbé la crise économique au Venezuela.
Le rapport relève que les mesures à l’encontre de l’industrie pétrolière ont détruit les revenus de cette nation des Caraïbes et que le blocus financier porte atteinte même aux programmes d’aide humanitaire.
L’administration Biden a déclaré qu’elle poursuivrait la politique de Trump pour essayer de provoquer un «changement de régime». Le nouveau Secrétaire d’État, Antony Blinken, a annoncé que Washington chercherait à faire en sorte que les sanctions soient encore «plus efficaces».

 

Honduras / Le Président fait l’objet d’une instruction judiciaire aux États-Unis

 

Juan Orlando Hernández a été accusé de liens avec le trafic de drogue (Twitter)

Le président hondurien Juan Orlando Hernández ferait l’objet d’une enquête de la part des fonctionnaires du Ministère de la Justice des États-Unis pour présomption de liens avec le trafic de drogue dans ce pays d’Amérique centrale.

En effet, des documents présentés devant un tribunal accusent Hernández, ainsi que d’autres personnalités haut placées, d’avoir utilisé l’appareil judiciaire et policier pour protéger les narco-trafiquants et par là-même accroître leur pouvoir.

Le président en exercice a été réélu en 2017 à la suite d’une élection entachée de fraudes manifestes et prouvées et il a violemment fait réprimer les manifestations qui le contestaient, mais il a eu l’appui indéfectible de Washington qui veut conserver un bastion allié et un relai de son influence en Amérique Centrale.

 

Interview

 

Haïti/Chalmers : “Moise veut rester et livrer le pays aux multinationales ‘yankees’”

 

Camille Chalmers est économiste, professeur, représentant de la Plateforme pour le Développement Alternatif d’Haïti (PAPDA), membre du réseau CADTM-AYNA (Comité pour l’annulation des dettes illégitimes- Abya Yala/Notre Amérique ); il nous parle de la nouvelle explosion politico-sociale qui secoue Haïti.

Durant ces dernières semaines, Haïti a connu d’intenses manifestations. Le président Jovenel Moise a dénoncé une tentative de coup d’Etat contre lui. Quelle est la situation actuelle?

Cette affaire de coup d’état est une invention, une fabrication de Jovenel Moise. Après des journées qui se sont caractérisées par des actes de répression systématique, actuellement ce qu’il y a, c’est une situation de très forte tension, avec peu de gens dans les rues, les écoles fermées et les transports publics presque paralysés. Plusieurs leaders de la résistance dans les quartiers populaires ont été tués. Des dizaines de personnes ont également été arrêtées et torturées après avoir été accusées de conspirer contre le gouvernement, y compris un juge de la Cours de Cassation, la plus haute instance judiciaire du pays. Parmi les détenus figure également l’inspectrice de police qui est accusée de semer la terreur par Moise.

Parallèlement, la situation économique est catastrophique; voici deux ans que nous sommes en récession, et avec ce gouvernement, la quantité de personnes qui souffre de la faim a doublé. De plus, le gouvernement a profité de la crise du Covid-19 pour déclencher une vague de violence contre la population en utilisant des groupuscules totalement contrôlés qui réalisent des assassinats, des enlèvements et des massacres. Il s’agit d’un véritable climat de terreur pour nous paralyser. Nous lançons un appel à la solidarité internationale, nous voulons dénoncer ce massacre que nous vivons.

La président Moise gouverne désormais par décret et actuellement il envisage de réaliser un referendum constitutionnel. Quelles sont ses prétentions?

Moise gouverne actuellement par décret, car il a dissout la majorité du Parlement en janvier 2020, après avoir renoncé à réaliser les élections législatives. De plus, il prévoit un référendum constitutionnel en avril. Lui et ses alliés cherchent à concentrer tous les pouvoirs en la personne du président. Aujourd’hui, le peuple lutte pour défendre des principes fondamentaux de la démocratie et demande le départ de Jovenel Moise. Son mandat constitutionnel s’est achevé hier ( 7 février) et la résolution du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire d’Haïti (CSPJ) le confirme.

Mais Moise veut rester un année de plus au pouvoir pour changer la Constitution de façon régressive et en faveur de l’extrême droite, avec l’appui de l’impérialisme nord-américain et celui de la OEA; ceci permettrait à ces forces de droite de contrôler totalement le terrain électoral. Cette Constitution constitue un pas en arrière et, par ailleurs, son processus de rédaction est inacceptable.

Quel est le rôle des Etats-Unis et quels sont les autres intérêts étrangers dans ce qui se passe à Haïti?

Précisément, Moise veut rester pour livrer plus encore le pays aux multinationales « yankees » et assurer le contrôle total du pouvoir par l’extrême droite en détruisant toutes les conquêtes populaires. Nous sommes en train de parler d’un gouvernement totalement soumis aux Etats-Unis, qui a appliqué tous les ordres donnés par Donald trump contre le peuple haïtien et les pays du continent y compris Venezuela et Cuba. Moise compte déjà sur l’appui du nouveau président des Etats-Unis, Joe Biden. C’est pour cette raison que le porte-parole du Département d’Etat, Ned Price, a dit qu’un nouveau président devait être élu pour succéder à Moise lorsque son mandat prendra fin en février 2022, appuyant ainsi ses projets de demeurer au pouvoir.

 

Seconde déclaration de la Havane, 4 février 1962

 

Veines ouvertes / Seconde déclaration de la Havane

 

Le 4 février 1962, le Commandant de la Révolution cubaine Fidel Castro s’adressa à une immense foule sur la place de la capitale; événement connu comme la Seconde déclaration de la Havane.

Cuba venait d’être expulsée de l’OEA, quelques mois après la victoire historique de Playa Giron (Baie des Cochons), et, en réponse à l’expulsion des attaquants, Fidel réaffirma le caractère socialiste de la Révolution cubaine.

Ce discours, dans lequel le leader révolutionnaire parle d’une “masse anonyme” qui commence “à entrer définitivement dans sa propre histoire”, resterait comme l’un des moments marquants et immortels des premières années de la révolution. Fidel castro termina avec ces mots prophétiques “ A présent, oui, l’histoire devra compter avec les pauvres d’Amérique!”

 

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Les opinions exprimées sont celles des auteurs et ne correspondent pas forcément à celle des membres de l’équipe de rédaction d’Investig’Action.

Traduit par Manuel Colinas Balbona, Ines Mahjoubi et Sylvie Carrasco. Relecture par Sylvie Carrasco.

 

Source : Investig’Action