Zarquaoui ? La BBC, première propagandiste de l’Empire

« Washington, DC, 8 févr. (UPI) – Si le serial killer et coupeur de têtes Abou Moussab al-Zarqawi n’existait pas, l’administration Bush, l’Otan et le reste du monde civilisé auraient pu être forcés de l’inventer. »

10 février 2005

[Voir « Walker's World : Why Rice should thank Zarqawi » (Le petit monde de W. : Pourquoi Rice devrait remercier Z.) », par Martin Walker, UPI éditeur, ]

A l’instar de plusieurs auteurs, j’ai déjà rédigé nombre d’articles sur le mythologique Abou Moussab al-Zarqawi. La question qu’il nous faut poser est celle-ci : Pourquoi l’Etat et, partant, ses serviteurs, les grands groupes de médias, ont-ils besoin d’une telle « personne » ? L’article de Walker débutait par la citation ci-dessus, une position très révélatrice, mais une position que j’ai moi-même défendue à plusieurs reprises l’an dernier, quoique pour des raisons très différentes.

Walker poursuit…

« Ce néfaste terroriste jordanien a rendu un service au monde. Presque d’un seul coup, il a démonté les griefs qui s’étaient accumulés entre Washington et Paris, entre l’Amérique et l’Europe, en traduisant la lutte en Irak en termes qui forcent même les Français à se ranger du côté du président Bush. » Walker étaie ses dires avec la citation suivante de propos du supposé Zarqawi : « Nous sommes en guerre avec la démocratie », aurait déclaré Zarqawi lors d’une allocution coïncidant avec les élections irakiennes du 30 janvier. « La démocratie est un principe néfaste. »

Comme cela tombe bien de la part de « Zarqawi » qui, à l’instar d’« Oussama bin Laden », s’arrange pour dire la chose « la plus adéquate » au moment « le plus adéquat ». Walker poursuit en disant que le timing de Zarqawi était parfait. Ses propos agressifs sont tombés à temps pour assurer à Condoleeza Rice une splendide audience à Paris. Juste à temps aussi pour aider Tony Blair à expliquer à la Chambre des Communes pourquoi la Grande-Bretagne et les Etats-Unis pouvaient dès à présent penser en termes de réduction de leurs effectifs. Juste à temps pour contribuer à édulcorer l’annonce d’un double cessez-le-feu par les dirigeants israéliens et palestiniens à Sharm el-Sheikh.

Etrange annonce de la part d’un journal d’« information » dont le propriétaire n’est autre que le fameux révérend Sun Myung Moon de l’Eglise de l’Unification. Le bon révérend, fraudeur fiscal condamné (à 18 mois dans une prison fédérale), ami de l’ancien dictateur de la Corée du Sud, Park, et copain de Richard Nixon, de Jerry Falwell, de Tim LaHaye et de George W. Bush. L’Eglise de l’Unification possède également un important réseau syndical d’information, UPI, et elle a longtemps sponsorisé la Ligue anticommuniste mondiale (LACM), laquelle a des liens avec les anciens escadrons de la mort de l’Amérique latine et les nazis de la Seconde Guerre mondiale, ces derniers étant toujours recherchés pour crimes de guerre. La LACM a également soutenu les contras nicaraguayens et l’apartheid, de même qu’elle a créé et soutenu le Renamo, l’organisation terroriste du Mozambique. (voir en.wikipedia.org/wiki/World_Anti-communist_League pour plus de détails sur la LACM).

Le document de Walker (UPI) se termine de la sorte : « Ainsi une fois de plus, grâce à Zarqawi qui, maintenant, occupe une humble place aux pieds d’Adolf Hitler et de Joseph Staline ainsi que d’autres monstres qui ont contribué à unifier l’Occident, les bouillonnants Européens et les démocrates américains se voient précisément rappeler ce qui les unit. »

Et, en fait, le « communiqué de presse de Zarqawi » constituait une base substantielle pour l’offensive propagandiste de Condoleeza Rice lors de sa visite en Europe après avoir été bombardée secrétaire d’Etat américaine et Zarqawi n’aurait pu choisir un meilleur moment pour faire cette même déclaration, c’est-à-dire juste avant les « élections » irakiennes.

L’acceptation complète, sans remise en question, de l’existence de Zarqawi par les médias occidentaux est tout de même étonnante quand on considère qu’avant l’embarrassant discours de Colin Powell à l’ONU censé justifier l’invasion de l’Irak via une litanie flagrante de mensonges et de détails forgés de toutes pièces, personne n’avait encore entendu parler de l’homme qui, aujourd’hui, nous dit-on, est « le bras droit d’Oussama » ou, en d’autres occasions, son « disciple ». Un homme dont il a été largement rapporté qu’il avait été tué quand les Etats-Unis avaient bombardé son « usine à poison » dans le nord de l’Irak, en 2003. Cette fameuse « usine », encore une invention de la propagande occidentale, et plus vraisemblablement de la CIA, figurait en très bonne place dans le discours de Powell à l’ONU.

La BBC, première propagandiste de l’Empire

On aurait pu penser qu’avec une aussi évidente coïncidence de « communiqués de presse » qui, par un exceptionnel hasard, tombent en même temps que des événements comme les élections, des sourcils allaient se froncer ou, à tout le moins, des questions allaient se poser à propos du timing et du contenu de la chose. Une recherche sur le site web de la BBC a révélé 299 articles mentionnant Abou Moussab al-Zarqawi. En les examinant de plus près, nous n’avons trouvé aucun article posant des questions à propos de son existence ou du timing des déclarations qu’il aurait prétendument faites. Chaque article accepte sans question les exagérations du gouvernement américain.

Un article daté du 24 janvier 2005 nous dit que Zarqawi – qui se trouve en tête de la liste des personnes les plus recherchées en Irak – a apparemment déclaré la guerre aux élections irakiennes.

Dans un autre article d’« information » daté du 23 janvier 2005, la BBC nous dit que Zarqawi a revendiqué la responsabilité de nombreux attentats à la bombe et décapitations en Irak.

Des correspondants disent que la voix des derniers enregistrements ressemblait à celle des autres messages attribués au fugitif, dont le groupe est lié à al-Qaeda.

Mais cela ne nous dit pas qui a défini cette attribution ni qui, exactement, a associé le groupe de « Zarqawi » à « al-Qaeda ». La seule source, et ce n’est pas une surprise, est la CIA mais la BBC néglige de mentionner ce fait et elle se garde bien également de faire état du riche matériel de contexte concernant le rôle de la CIA dans la fabrication de preuves de l’existence de Zarqawi. On nous demande de considérer ces déclarations comme des faits bien établis.

Chaque article publié par la BBC sur « Zarqawi » n’a en fait qu’une seule source, les Etats-Unis (ou leur marionnette, le régime d’Allawi). Il est typique que la BBC, en même temps que ses médias dérivés, gérés tant par le privé que par l’Etat, met toujours en scène ses histoires de la même manière, dont nous allons vous parler.

Pourtant, malgré le fait d’avoir offert 25 millions de dollars pour toute information susceptible de conduire à sa capture ou à sa mort, l’homme reste en liberté et on pense qu’il a hâté certains attentats en fonction des élections, alors qu’ils étaient prévus pour dans trois semaines seulement. « Les Etats-Unis se réjouissent de l’arrestation d’un militant irakien », annonce la BBC le 8 janvier 2005 [c’est l’auteur qui insiste, WB] Qui pense ? Personne ne nous le dit. Dans sa couverture de la destruction de Fallujah, la BBC se fait l’écho, sans la moindre critique, de la propagande américaine via le journaliste « incorporé ? » Nick Childs, qui nous parle des pertes des insurgés qu’il [le général américain Metz] a décrites comme étant importantes, tout en faisant remarquer que de nombreux chefs – y compris Abou Moussab al-Zarqawi – se sont probablement enfuis.

A qui Metz fait-il remarquer cela ? A Childs, suite à une question ? Le reportage de la BBC s’obstine en permanence à reprendre la méthode de propagande confirmée consistant à ressasser jusqu’à la nausée une information jusqu’à ce qu’elle soit admise comme un fait bien établi. Et nous lisons donc dans une histoire datée du 8 novembre 2004, qu’un message intitulé « Al-Qaeda en Irak » a été posté sur un site web connu pour publier des messages émanant de groupes militants islamiques.

Aucune tentative n’a été faite pour confirmer si ce site était une source véritable et, une fois de plus, on nous demande de le croire sur parole. Et, en fait, dans un autre article, la BBC admet qu’il n’y a pas moyen de vérifier avec certitude qui, en réalité, fait ces déclarations. Mais dans le schéma général des choses, c’est un détail considéré comme insignifiant. Ce qui compte, c’est de créer l’impression d’une conspiration mondiale dirigée par un ancien escroc à la petite semaine, originaire de Jordanie, et qui, dans les années 80, s’est mué en agent payé par la CIA et opérant en Afghanistan.

Au fil de tous ces articles, l’existence de « Zarqawi » n’est jamais mise en doute, pas plus que son rôle supposé en Irak. Au lieu de cela, la BBC, en marionnette fidèle de la machine de propagande américano-britannique, régurgite la même histoire à propos d’un complice de Zarqawi « tué au cours d’une frappe aérienne ». Un proche associé du militant jordanien Abou Moussab al-Zarqawi a été tué au cours d’un bombardement de l’aviation américaine sur la ville irakienne de Fallujah, ont déclaré les militaires américains.

Mardi, à 0300 heures (minuit GMT), au cours d’une « frappe chirurgicale », des avions ont attaqué ce qu’on croyait être un repaire sûr utilisé par Zarqawi, affirme l’article de la BBC, le 26 octobre 2004. L’usage répété des mots « croyait » et l’emploi inconditionnel de l’intox américaine comme seule source dans presque 300 articles mentionnant Zarqawi, devrait à coup sûr jeter le discrédit sur la BBC et, à tout le moins, le lecteur devrait exiger de savoir pourquoi pas un seul compte rendu ne soulève la question de savoir pourquoi ces histoires devraient être présentées comme des informations et pourquoi on ne propose pas d’alternative puisque chaque nouvelle histoire de la BBC s’appuie sur des ouï-dire ou sur des sources gouvernementales américaines.

Un récit daté du 18 octobre 2004 et, de façon révélatrice, intitulé « Zarqawi et bin Laden, frères d’armes ? » est ce qui se rapproche le plus d’une éventuelle remise en question à propos de Zarqawi et de sa supposée relation avec al-Qaeda et Oussama bin Laden.

Faisant référence à une autre prétendue déclaration de Zarqawi sur le net, l’histoire commence par un serment personnel de fidélité émanant de Zarqawi et de ses combattants à l’égard d’Oussama bin Laden. Mais quelle est la preuve de cette relation avec al-Qaeda et de son statut d’instance supérieure derrière l’insurrection irakienne ?

Cette affirmation n’a pas été authentifiée et il est quasiment impossible de vérifier quel est l’auteur de ces envois sur le net.

Comme je l’ai déjà dit plus tôt, s’assurer de la personne qui possède le site ne prendrait que quelques minutes, de sorte qu’en toute dernière extrémité, la BBC pourrait dire d’où provient l’histoire, sinon qui en est l’auteur réel.

Le même article poursuit…

« Mais même la suggestion d’une espèce d’alliance fait ressortir une autre source de contestation dans l’histoire très discutée de la relation entre Zarqawi et bin Laden. » Quelle relation ? Et qui affirme que les deux, en fait, entretiennent des relations ? On aimerait en lire plus à ce sujet.

« Peu de personnes ont douté qu’ils aient eu des contacts, mais le point de vue généralement admis jusqu’à présent est que Zarqawi a bâti son propre réseau parallèle lequel, d’une certaine façon, aurait pu rivaliser avec l’al-Qaeda de bin Laden. » « Peu de personnes ont douté » ? « Le point de vue généralement admis » ? Par qui ? On ne nous le dit pas. Tout cela, c’est de la farine pour le moulin à propagande de la BBC et même si le même article doit bien reconnaître qu’il n’y a pas une seule ombre de preuve d’une relation entre Zarqawi et al-Qaeda, ni même de l’existence d’un « mouvement jihadiste mondial », cela n’empêche nullement la BBC de nous dire que « certains ont même commencé à suggérer qu’actuellement, du fait qu’Oussama bin Laden est bizarrement absent de la scène depuis une longue période, Zarqawi pourrait devenir la nouvelle figure de proue du mouvement jihadiste mondial ».

Ou que…

« … depuis le début de l’insurrection irakienne, Zarqawi est de plus en plus passé à l’avant-plan comme symbole de l’insurrection irakienne de la même façon qu’Oussama bin laden a été le symbole de l’insurrection islamique mondiale ». L’article oublie d’ajouter « avec la double aide de la BBC » et de ses satellites médiatiques privés ou d’Etat. Remarquez également l’usage de l’expression « insurrection islamique mondiale », une autre fausse assertion, car il n’y a pas le moindre soupçon de preuve qui étaie l’existence d’une telle « insurrection islamique mondiale ».

Et, dans un bizarre renversement des rôles, le même article de la BBC dit : « Il ne s’agit pas seulement du fait que d’autres exagèrent peut-être son rôle. Zarqawi lui-même a prouvé qu’il aimait jouer avec les médias. » Présumant une nouvelle fois que l’homme existe, qui joue avec qui, ici ? Zarqawi ne « joue avec les médias » que parce que les médias jouent le rôle de propagandistes pour le compte des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Prenons les mots suivants, tirés également du même article. « Des preuves récentes montrent bien qu’il est possible que les loyalistes de l’ancien régime baathiste peuvent toujours jouer un rôle plus actif qu’on ne l’a présumé récemment, même si c’est en coopération avec Zarqawi ».

Quelle preuve ? Vous retourneriez la BBC inutilement pour trouver un seul article confirmant la moindre preuve d’une connexion entre Zarqawi et d’anciens baathistes, voire que d’anciens baathistes du tout soient impliqués. Une fois de plus, nous sommes obligés d’accepter sur parole les exagérations de la BBC.

La réelle mission de la BBC ressort de ce qui suit…

« Les Etats-Unis et le gouvernement intérimaire irakien aiment à espérer que les récents signes à Fallujah de ce que les résidents sont de plus en plus en colère à propos de la façon dont la présence de combattants étrangers en a fait des cibles, pourrait très bien constituer le début de la fin du soutien à Zarqawi et aux autres. »

Cette déclaration contient deux éléments importants de propagande : un, que Fallujah a été occupé par des « combattants étrangers » et, deux, que leur supposée présence a attisé la « colère » des résidents. Et quelle est la preuve des « signes récents » auxquels la BBC fait allusion ? Elle ne figure en tout cas pas dans l’article ni ailleurs sur quelque endroit du site de la BBC. C’est pourtant une autre ligne digne d’un « tract » qui constitue la mosaïque de la propagande.

Le morceau le plus flagrant de propagande de la BBC se situe peut-être dans un article intitulé « Qui est qui, au sein d’al-Qaeda » et qui nous livre un « profil » de Zarqawi nous informant en partie de ce qu’Abou Moussab al-Zarqawi, un Jordanien également connu sous le nom d’Ahmed al-Khalayleh, a été accusé d’être le fer de lance de la campagne d’al-Qaeda contre l’occupation de l’Irak.

En février 2004, les militaires américains ont révélé l’existence d’une lettre qu’ils prétendaient avoir interceptée et dans laquelle Zarqawi demandait apparemment à al-Qaeda d’aider à déclencher un conflit entre sectes en Irak.

Son nom a été associé aux attentats suicides à la bombe contre des chiites irakiens et contre les services de sécurité. Il est également soupçonné d’implication directe dans les kidnappings et dans les exécutions de travailleurs étrangers en Irak.

Une récompense de 25 millions de dollars a été mise sur sa tête – bien que certains experts croient qu’une bonne partie de l’activité terroriste en Irak, tout en étant inspirée par lui, pourrait actuellement avoir lieu indépendant de lui. Sa capture, prétendent-ils par conséquent, n’est guère susceptible de mettre un terme à la violence.

Le chef de l’unité allemande contre le terrorisme international, Hans-Josef Beth, a mis en garde contre le fait que Zarqawi a été entraîné dans l’emploi des toxines et qu’il pourrait bien préparer une attaque contre l’Europe.

On croit qu’il a vraiment beaucoup voyagé depuis les attentats du 11 septembre, y compris en Iran, en Irak, au Pakistan, en Syrie, au Liban et en Turquie.

En février 2003, durant un discours adressé au Conseil de sécurité des Nations unies, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell a déclaré que monsieur Zarqawi s’était vu accorder le droit d’asile en Irak, bien que monsieur Powell ait dit par la suite qu’une partie de ce témoignage reposait sur des informations qui ne s’étaient guère révélées « solides ».

Aussi solides que l’air, même. Ainsi, alors que l’intégralité des 299 récits de la BBC (soit plus de 300.000 mots au total) qui mentionnent Zarqawi ne présentent pas un seul embryon de preuve quand à son rôle réel, en opposition à son rôle présumé, en Irak (ou n’importe où ailleurs, sur ce plan), l’impression générale créée par la couverture de la BBC constitue une partie intégrante d’une propagande intensive, dirigée par l’Etat, qui occulte les véritables raisons de la résistance à l’occupation de l’Irak, ainsi que d’une campagne de propagande plus importante encore qui justifie la guerre absolument bidon « contre le terrorisme ».