Y a-t-il quelqu'un pour dire pourquoi nous tuons les Palestiniens ?

L'Etat de l'occupation et ses dirigeants se montrent fiers de l'importance du nombre de tués parmi les Palestiniens, quoiqu'ils sachent que cela est inutile. Il ne fait qu'envenimer la situation. Pour eux, la réussite sécuritaire est mesurée avec le nombre de Palestiniens tués.

Maintenant, comme à l'époque des anciennes guerres, les chefs de la machine de guerre se montrent fiers du nombre de personnes tuées par l'Etat d'occupation. Ces gens-là ont pour devoir d'assurer la sécurité et la protection de la population. Mais cette protection est inexistante pour la région de « la couverture de Gaza ». C'est pour cette raison qu'ils font de la tuerie un critère de leur réussite.

Le chef de la Chabak (service de sécurité israélien) informe le gouvernement d'une grande réussite de son appareil : 810 Palestiniens ont été tués dans ces deux dernières années. Son prédécesseur Avi Dikhter s'est montré une fois avec son ordinateur portable. Il exposait des courbes en couleurs correspondant au nombre de Palestiniens tués. Et le général réserviste Rone Asroub a considéré l'opération du quartier d'Az-Zaytoun comme une « grande réussite » ; pourquoi ? Tout simplement, parce qu'en un seul jour, ses forces avaient réussi à tuer 19 Palestiniens et avaient mis à feu tout le Sud. Combien il est triste, concrètement et moralement, que tout cela devient le critère d’une réussite !

A Gaza, les assassinats collectifs ont-ils contribué à l'amélioration de la sécurité ? Pas du tout. La situation ne cesse de s'envenimer. Ont-ils contribué à une baisse des missiles d'Al-Qassam ? Non ! Loin de là, ils ont augmenté en nombre. Pourquoi tuent-ils alors ? Parce qu'ils doivent, tout simplement, faire quelque chose ? Et parce qu'il doit y avoir un critère ? Ce ne sont que des paroles en l'air, vides de sens. Un regard sur les journaux donne une image claire. Par exemple, lorsque Bush était dans notre pays, Tel Aviv s'est un peu retenue dans ses opérations d'assassinat. Par conséquent, le nombre de missiles Qassama alors baissé. Et dès que Bush a été parti, nous avons repris les opérations d'assassinats et le lancement de missiles a repris. Et Sdérot a connu ses jours les plus difficiles. La question se pose d'elle-même et de façon pertinente : pourquoi nous tuons les Palestiniens ? Y a-t-il quelqu'un pour répondre à cela ?

Et pour ce qui est de l'argument donné par Diskine et ses collègues de l'appareil de sécurité, consistant à dire qu'ils font une distinction entre les hommes armés et non armés, nous leur disons que cela ne change rien du tout. Il y a 600 tués parmi les hommes armés selon le Chabak, ou 455 selon une enquête réalisée par Haaretz. Ce nombre indique qu'il n'y aura aucun intérêt derrière ces assassinats. En fait, ce n'est pas tout homme armé qui mérite d'être tué. Les assassinats des hommes armés ou non ne font que pousser vers l'escalade. Chaque fois qu'un personnage important ou un lanceur de missile Qassam est tué, il y a quelque sept personnes tuées sans raison. Ces assassinats, dont l'appareil de défense se montre fier, ne sont pratiqués que pour satisfaire l'opinion publique, pas plus.

Ehud Barak est le mieux positionné pour comprendre cela. Il a lu au moins un ou deux livres sur l'Histoire. Il doit savoir que la longue lutte assidue pour la liberté ne peut jamais être battue par la force. C'est lui-même qui m'avait une fois dit, dans une interview télévisée, courageusement et directement : « Si j'avais été moi-même un Palestinien, j'aurais rejoint une organisation palestinienne ». Mais c'est lui-même aussi qui supervise les opérations d'assassinats à Gaza.

Le coeur se brise pour les habitants de Sdérot. Mais ils doivent savoir qu'ils assument la responsabilité de la situation, au même titre que tous les Israéliens. Si nous réalisons un sondage dans cette ville blessée, nous remarquerons que la majorité est pour la continuation de l'occupation et du blocus, comme partout ailleurs dans le pays. Ils souffrent. Toutefois, leur voisin du sud souffre encore plus.

Haaretz a publié en première page l'image d'un enfant de Sdérot pleurant. Et une autre d'un enfant de Gaza. Les deux sont étendus sur les bras de leur père. Cependant, les autres journaux ont publié des images venant uniquement de Sdérot, sans prendre en compte que des dizaines d'habitants de Gaza avaient été tués ces dernières semaines… Gaza est assiégée. Vivant dans le noir. Affamée par Israël. On ne peut pas négliger toutes ces données, même si on est solidaire avec Sdérot !

En quelques mots, continuer à tuer à Gaza ne fera qu'envenimer la situation à Sdérot. Cela n'affaiblira guère la volonté des Palestiniens de lutter pour leur liberté et n’apportera pas la sécurité à Israël. Et les propos d'une « opération de grande envergure » à Gaza lancés par des généraux et analystes ne font qu' envenimer les choses. En réalité, cette opération a commencé depuis longtemps. Diskine et ses collègues avancent des données consistant à dire qu'ils ont tué plus de 800 Palestiniens en deux ans. Il est vraiment affreux et regrettable qu'il y ait des gens fiers de cela. Et si nous écoutons ces propos, qu' avons-nous résolu?

Jadoun Livi, spécialiste des droits de l'homme du journal israélien Haaretz.

Article traduit par le CPI

Source : CPI25/02/2008, Centre Palestinien d’Information (CPI)

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