Vous n'avez pas trouvé une bombe nucléaire ?

En ces temps de paranoïa antiterroriste, perdre un détonateur de bombes nucléaires est quelque chose d´inacceptable pour n´importe quel pays membre du Club Atomique. Mais, en perdre quatre en même temps est, dans le camp politico-militaire, l'équivalent d' un enregistrement sismique du type Krakatoa.

6 juin 2008

Titre original:

Détonateurs nucléaires à Taïwan, explosions à Washington

Déjà, en 2007, les aiguilles du sismographe politique de Washington D.C. avaient sauté quand on avait appris qu´un bombardier stratégique B-52 avait traversé les Etats-Unis avec six missiles ACM de type « croisière avancée », armés chacun de leurs têtes nucléaires et en condition de combat.

Il avait décollé le 30 août de la Base Minot au Dakota du Nord et, durant presque quatre heures, vola vers le sud jusqu´à la Base Barksdale en Louisiane près de la frontière du Texas. Le B-52 fut armé « par erreur » mais dans le plus pur style de la Guerre Froide. Comme dans les songes apocalyptiques du disparu Général Curtis LeMay, quand il tentait de rayer de la carte l´URSS et de plus de survivre à la tentative.

La différence est qu’aujourd’hui, le détonateur possède le pouvoir destructif de beaucoup plus de kilotonnes. Et qu’aux commandes du B-52, il n’y avait pas le Commandant Kong, comme dans le film « Dr. Stangelove ».

Les vétérans du Commandement Aérien Stratégique (SAC) qui vivent encore, se rappellent sûrement le frisson qui parcourut le monde le 17 janvier 1966. Il était 10h22 du matin. A 10.000 mètres au-dessus de la Méditerranée, un B-52 chargé de quatre bombes B28 thermonucléaires (certains parlent de cinq) revenait de sa patrouille vers l´URSS et se ravitaillait pour revenir aux Etats-Unis, connecté à un ravitailleur KC-135 avec 110.000 litres de carburant.

Soudain, lors d´une manœuvre presque routinière, les deux avions se percutent, s´incendient et s´écrasent sur la côte espagnole. Sept membres d´équipage meurent et quatre sont sauvés par leur parachute.

Pour le commun des mortels il est difficile d´évaluer ce que veut dire 1,5 mégatonne pour chaque bombe. Quand on dit “75 fois plus puissantes que celles lancées sur Hiroshima et Nagasaki” la perception du problème change radicalement.

Et à l´époque, cet évènement eut un impact journalistique mondial du style de celui des Tours Jumelles.

Ce fut cependant moins le cas pour les Espagnols, dont les médias étaient soumis à un contrôle de fer de la part du Généralissime Francisco Franco. Pour eux, cela fut perçu presque comme l´arrivée de l'homme sur la lune par les Chinois, bien que le KC-135 eût décollé de la Base de Moron de la Frontière à Séville.

C´était le temps de l´insipide télévision espagnole et des informations de ciné NO-DO. Le tourisme ne s´était pas encore développé à grande échelle. La responsabilité de ce développement, comme celle du Ministère de l´information, était aux mains du jeune ministre Manuel Fraga Irribarme qui n’aurait pas permis que son brillant programme touristique soit affecté par quatre ou cinq bombes thermonucléaires tombées du ciel sans son autorisation. Nous étions à l’époque où les émigrés faisaient des transferts en monnaie forte dans une Espagne qui sortait littéralement de la faim et où les touristes sud-américains, qui apportaient leurs dollars, n’étaient pas traités avec dédain de « sudacas* ».

Francisco Franco, connaissant la valeur stratégique de son territoire, se faisait pardonner ses escarmouches avec l´Axe (du mal) et soignait sa réinsertion atlantiste en offrant ses bases à Washington.

Et les bombes ? Elles tombèrent avec leurs parachutes de secours. Deux furent récupérées pratiquement intactes. Une à terre et l´autre en mer. Les parachutes des deux autres ayant brûlé pendant l´accident et l’incendie aérien, elles s ‘écrasèrent près de quelques maisons, ce qui entraîna la mise à feu de leurs détonateurs et la dispersion sur une grande zone de quelque vingt kilos de plutonium.

L´épisode fut connu sous le nom d’« Incident de Palomares ».

Les membres survivants de l´équipage s´attendaient à descendre en parachute dans un enfer nucléaire parce que les détonateurs avaient effectivement été amorcés. Personne ne comprit pourquoi le désastre ne se produisit pas. Beaucoup le considèrent comme un fait de Dieu. Certaines sources d´informations parlent d´une ultime ressource ultrasecrète dans ces cas.

Ce qui est sûr, c’est que le Ministre Fraga Iribarne compromit, immédiatement et de façon spectaculaire, l´ambassadeur nord-américain Angier Biddle Duke, un élégant et très stylé personnage, influent, coureur de jupons et multimillionnaire, qui apparut en « slip de bain » comme Fraga Iribarne sur la très froide plage de Palomares.

Une chose vraiment inhabituelle pour un ministre franquiste mais une réponse efficace face à la rumeur justifiée de contamination radioactive.

Immédiatement, des forces nord-américaines, avec combinaisons spéciales, ratissèrent 25.000 mètres carrés de la zone et emportèrent sous scellés 1.400 tonnes de terre de cultures, tomates inclues « pour nettoyer la radioactivité ». On dit que tout cela a échoué au Centre Nucléaire de Savannah River en Caroline du Sud.

Mais la Sixième Flotte, avec toute sa technologie de pointe, à laquelle se joignit le mini sous-marin Alvin, eu des sueurs froides d’angoisse durant 80 jours en cherchant l´autre bombe en Méditerranée.

C’est un simple pêcheur, devenu populaire sous le nom de « Paco celui de la Bombe » qui indiqua aux amiraux, quand ils voulurent bien faire cas de lui, à quel endroit chercher. Et finalement, la bombe fut récupérée.

En pleine Guerre Froide, ils n'auraient pas été les seuls à vouloir faire main basse sur un engin nucléaire nord-américain.

Aujourd´hui, plus de quarante ans plus tard, alors qu’ont été réalisés avec succès les programmes touristiques de Fraga Iribarne, il ne manque pas de gens pour critiquer dans la presse espagnole l´extravagance de l’urbanisation du paysage de cette zone de la Méditerranée.

Quelques milliers de maisons de vacances, quelques hôtels par-ci par-là, et l´immanquable terrain de golf. Naturellement, tout cela avec une grande économie d´énergie !

Et brillant dans la nuit de sa propre lumière verte car le plutonium, hautement radioactif, sera là pour toujours. On sait que plusieurs kilos de ce dangereux élément sont dispersés et irrécupérables.

Comme l´uranium appauvri, qui aujourd´hui est utilisé en Irak et Afghanistan.

Mais, en juin 2008, les aiguilles du sismographe politico-militaire de Washington D.C recommencent à sauter.

Le Secrétaire de la Défense Robert Gates, celui-là même qui limogea un général de deux étoiles pour mauvais service aux vétérans de guerre à l´hôpital Walter Reed, a remercié, en un seul geste, le Secrétaire de la Force Aérienne Michael Wynne et le Général USAF de quatre étoiles T. Michael Moseley, pourtant titulaire d´une enviable feuille de services. Et sont également sur la sellette «un substantiel nombre de généraux et colonels » du même niveau.

Motif ? Quatre détonateurs nucléaires de dernière génération ont échoué à Taiwan sous les narines de la République Populaire de Chine.

Comme l´on sait, c’est un sujet hypersensible car cela signifie armement pour la « province toujours pas réintégrée » que Beijing, tôt ou tard, récupèrera, comme Hong Kong et si nécessaire par la force.

Pour compléter le doute par le ridicule, les détonateurs sont arrivés, après un vol sur la moitié de la planète, sous l’appellation de « batteries d´hélicoptères ».

Le fait, cependant a eu lieu en août 2006 mais personne ne s´en était aperçu jusqu´en mars 2007, date à laquelle les cônes du nez qui contiennent les fusibles allumeurs des bombes nucléaires modernes, furent finalement récupérés.

Les répliques de ce tremblement de terre se font encore sentir actuellement, au moment où le résultat des enquêtes a été rendu public.

Mais il y a plus. Une « force de travail », avec à sa tête l´ex-Secrétaire de la Défense James Schlesinger, recommanda des changements profonds au sein de la Force Aérienne. Naturellement, il fut nécessaire, et cela était désagréable, de devoir donner à Beijing une explication crédible.

La Chine a déjà démontré comment elle est capable de réagir. Comme ce fut le cas lors de l’affaire du quadrimoteur espion électronique EP-3 de l´aéronavale US qui, avec 24 spécialistes à bord, s´est vu obligé de faire un atterrissage forcé d´atterrir sur l´île de Hainan.

C´était le premier avril 2001, lorsqu´un avion d’interception chinois chargé de défendre son espace aérien, escorta comme un chewing-gum le EP-3, le percuta et s´écrasa. A la suite d´énormes efforts diplomatiques, l´équipage fut libéré. L´avion fut démonté, mis en pièces détachées, et révisé de fond en comble avec tout « l´engineering à l´envers » dont sont capables les Chinois, qui sont allés jusqu´à copier des avions de combat russes. Et cela bien que les membres de l´équipage aient assuré avoir détruit toute l´information « sensible » accumulée.

Comme dit un vieux tango : « L´histoire ne cesse de se répéter… ».

Ordinateurs détruits …. qui sont néanmoins sauvés. Bombes qui tombent là où elles ne devraient pas ….mais pourtant tuent des guérilleros. Gouvernements qui offrent des bases et des souverainetés…..

En attendant, Palomares continue d´être la contrée la plus radioactive d´Espagne.

Et personne ne se rappelle un certain Francisco. Francisco Simo Orts, c´est à dire « Paco celui de la Bombe ».

Celui qui donna une leçon historique à la Sixième Flotte.

* « sudacas » est en Espagne une abréviation péjorative pour sud-américains.

Source: Walter Martínez – Caracas,Venezuela

Traduit par Jean Araud pour Investig'Action