Venezuela: analyse sans tabou des résultats électoraux du 23 novembre 2008

Les élections municipales et régionales du 23 novembre ont réussi à mobiliser 65% des 16,8 millions d´électeurs inscrits, ce qui constitue ainsi un record national. Il est bon de rappeler que les dernières régionales de 2004 n´avaient pu enregistrer une participation supérieure à 45%. Ceci dénote une nette amélioration quant au niveau d´acceptation du système électoral, qui contraste avec les stratégies employées par l´opposition jusqu´à peu. En effet, celle-ci n´avait pas hésité à appeler au boycott des élections législatives de 2005, entraînant les conséquences que nous connaissons.
10 décembre 2008

Au niveau des mairies, le PSUV (1) obtient la victoire dans 80,67% (2) des “municipes” ainsi que la majorité des capitales régionales. L´opposition, quant à elle, obtient 14,72% des mairies, et contrôle désormais des capitales comme San Cristóbal, Mérida, San Juan de los Morros, la Asunción, Ciudad Bolívar et Maracaibo (3) .

En ce qui concerne les régions, les partisans du président Chávez s´imposent dans 17 des 22 Etats concernés par le scrutin (4) . En incorporant le Distrito Metropolitano, remporté par l´opposition, le rapport de forces est largement favorable aux bolivariens (74% contre 26%).

Si l´on comptabilise les votes à l´échelle nationale, nous observons que 53% des électeurs ont voté pour les candidats du processus révolutionnaire, contre 42% en faveur des forces de l´opposition (5) .

L´abstention est un acteur décisif dans les élections vénézuéliennes dans la mesure où elle sert fréquemment d´arbitre entre les deux principaux camps. Le taux de participation le plus élevé a été celui des élections présidentielles de 2006. Cependant, près de 3 millions de “chavistes” ne se rendirent pas aux urnes l´année suivante, ce qui permit à l´opposition de remporter le scrutin sans avoir pour autant augmenté son score de manière significative (6) : le référendum du 2 décembre 2007 sur la réforme partielle de la Constitution Bolivarienne du Venezuela avait signifié la première défaite électorale des bolivariens en onze scrutins nationaux consécutifs.

Les élections du 23 novembre 2008 enregistrent un taux de participation supérieur au référendum de 2007, mais nous restons en retrait par rapport à la mobilisation populaire des élections présidentielles.

Nous observons également que le camp révolutionnaire récupère près de 700.000 voix par rapport à 2007, alors que l´opposition en perd plus de 550.000. En outre, l´ex-candidat de l´opposition aux présidentielles, Manuel Rosales, a reçu un appui moins important en 2008 qu’en 2006, ce qui semble traduire un manque de crédibilité quant à sa prétention de représenter une alternative sérieuse pour le pays.

Une lecture incomplète de ces résultats pourrait nous conduire à conclure que les bolivariens ont appris de la défaite de 2007 et ont su rectifier de manière adéquate, reprenant leur marche triomphale vers le socialisme. Malheureusement, la réalité est bien plus complexe, car le vote du 23 novembre peut s´interpréter autant comme une victoire du “chavisme” que comme un victoire de l´opposition.

Une “double victoire”…

Pour ses premières élections (7) , le PSUV remporte une victoire indiscutable, et devient la première force politique du pays. Les “dissidents” qui se réclament de la Révolution perdent leur pari, n´obtenant que 4,3% des mairies. De plus, en ce qui concerne les régions où a triomphé le PSUV, l´écart avec l´opposition est très souvent spectaculaire (8) .

L´”Unité”, constituée par les partis “anti-Chávez”, a également de sérieux motifs de satisfaction. Ils réussissent à maintenir leurs deux bastions obtenus en 2004 – Zulia et Nueva Esparta – et s´adjugent trois autres régions, comme le Distrito Metropolitano (la Grande Caracas ), qui sont hautement stratégiques.

D´un point de vue démographique, l´opposition contrôle désormais les trois régions les plus peuplées (Zulia, Miranda et Carabobo), auxquelles nous devons ajouter la “Grande Caracas”. En incorporant Nueva Esparta et Táchira, nous arrivons à un total de 45% de la population vénézuélienne sous l´autorité de l´opposition (12,6 millions de citoyens).

Au niveau économique, les opposants au projet bolivarien contrôlent désormais les territoires qui produisent 70% du PIB national. Le Zulia est la région la plus prospère du pays car elle possède les principales ressources pétrolières; Carabobo est le coeur industriel vénézuélien (9); Miranda combine une importante zone agricole avec l´industrie textile (10) et les services financiers et commerciaux ; et Nueva Esparta est la destination touristique préférée des classes économiquement favorisées, nationales et étrangères.

En conséquence, ces régions sont celles qui vont se voir attribuer la plus grande partie des ressources du gouvernement national, car comme le souligne Romain Migus, la Constitution oblige l´Etat central à financer les Etats régionaux et les “Municipes” à hauteur de 20% de ses rentrées fiscales (11) .

…et une “double défaite”

Dans le domaine géopolitique, la perte de l´état Táchira est vraiment préoccupante. En effet, avec la région du Zulia, c’est un immense territoire frontalier de la Colombie qui est désormais aux mains de l´opposition. Le trafic de drogues et la contrebande, mais surtout les connexions avec les paramilitaires Colombiens peuvent déboucher sur une menace directe et réelle pour la souveraineté et la sécurité de l´Etat Vénézuélien. Comme l´explique Eva Golinger (12) , des groupes paramilitaires opèrent déjà dans des zones stratégiques de la frontière et dans certains quartiers de Caracas, prenant peu à peu le contrôle de ces espaces. Ils disposent dorénavant d´une connexion directe entre la frontière et la capitale.

D´autre part, s´il est vrai que les révolutionnaires ont réussi à récupérer près de 700.000 citoyens en un an, il n´en reste pas moins qu´il en manque toujours plus de 2 millions pour retrouver le niveau de confiance exprimé lors des élections présidentielles de 2006.

En ce qui concerne l´opposition, il nous paraît important de signaler que l´objectif annoncé par ses dirigeants tout au long de 2008 a été de conquérir entre 15 et 18 régions (13). Ils n´en contrôlent en définitive que 5, plus la “Grande Caracas”.

La bataille électorale du 23 novembre souligne une fois de plus un mal chronique de l´opposition vénézuélienne: aucun parti ne sort vainqueur. Il n´existe toujours pas de parti meneur, capable de menacer directement les bolivariens sans avoir recours à des stratégies d´alliance. En effet, “COPEI” s´impose à Táchira; “Action Démocratique” à Nueva Esparta; “Projet Venezuela” à Carabobo et à “Une Nouvelle Époque” dans le Zulia. “Justice D´abord” –financé directement par l´IRI (14), dont le président est John Mc Cain – remporte la victoire pour sa part à Miranda et dans la “Grande Caracas”, où le parti du nouveau maire Ledezma (Alianza Bravo Pueblo) arrive en septième position, recueillant à peine 1,61% des voix (15) .

Selon les déclarations des dirigeants du parti de Manuel Rosales “Une Nouvelle Epoque ”(16), ils représenteraient désormais la première force politique d´opposition du Venezuela grâce au million deux cent mille votes obtenus. Cela représente moins de 11% de l´ensemble des votes exprimés.

Tentative d´explication du vote

Les élections, en tant que mécanisme servant à “prendre la température” du niveau d´acceptation et de rejet relatif à l´action du gouvernement, tout comme celle de la crédibilité des propositions alternatives, nous permettent d´évaluer l´impact des stratégies développées par chaque camp.

De notre point de vue, trois variables peuvent fournir des explications de façon relativement pertinente, à l´heure de l´analyse des résultats. Nous nous référons explicitement à la zone de résidence (zone rurale / zone urbaine), la classe sociale et l´abstention.

En simplifiant, nous pouvons affirmer que les bolivariens tendent à convaincre les classes populaires, tout comme une partie des classes moyennes vivant en zones rurales, alors que l´opposition tend à obtenir l´appui des classes moyennes et supérieures vivant en milieu urbain.

L´analyse des conduites abstentionnistes nous permet d´affiner cette tendance. En effet, en observant les “gobernaciones” remportées par l´opposition, nous nous rendons compte que les zones populaires ont voté clairement pour le PSUV. Cependant, alors que les zones favorables à l´opposition révèlent un niveau d´abstention inférieur ou égal à la moyenne nationale, les zones populaires reflètent une abstention égale ou supérieure à la moyenne nationale.

À quoi doit-on cela?

Les nombreux processus électoraux de la République Bolivarienne du Venezuela nous ont enseigné qu´il existe quatre groupes de votants inscrits: les” abstentionnistes de toujours ” (17) ; les “Chavistes de toujours”, les “Opposants de toujours” et les “Ni-Ni ” (18). Ce sont ces derniers qui décident fréquemment du résultat final, car selon leur stratégie conjoncturelle – voter pour les bolivariens, voter pour l´opposition ou simplement ne pas voter – va se dessiner la relation de force globale.

Au moment de voter, au moins deux facteurs influent sur la décision du citoyen “indécis”: la gestion de l´équipe au pouvoir, mais aussi la perception individuelle de celle-ci, tout comme de celle des propositions alternatives. En dépit du fait que ce soit le citoyen qui, en dernier lieu, dresse son bilan, sa réflexion se nourrit d´une quantité d´éléments, parmi lesquels l´influence des médias n´est pas à minimiser(19).

Le changement de majorité dans certains espaces, au cours de ces élections, est généralement le résultat d´un vote sanction. Selon nous, les meilleurs atouts des candidatures de Capriles Radonski, Ocariz et Ledezma (20) – tous de l´opposition – ont justement été Diosdado Cabello, Rangel Avalo et Barreto – du PSUV –, tout comme George W. Bush le fut pour Obama aux États-Unis.

On ne peut pas prétendre recevoir l´appui de la majorité lorsque des nécessités de base, comme l´accès à l´eau, la collecte des déchets, l´éclairage des voies, ou bien la sécurité et la qualité du service de transport, ne sont pas garanties.

L´idéologie revêt une importance fondamentale dans la construction du socialisme bolivarien, mais elle devient contre-productive lorsque les discours ne se traduisent pas en actions concrètes et efficaces.

Il est également intéressant de souligner la défaite qu´ont subie certains cadres politiques proches du président, à forte valeur symbolique (21), et qui semble refléter un rejet de ce que les militants ont pu interpréter comme une “imposition” de candidats au détriment des bases sociales.

Enfin, et non de moindre importance, nous nous devons de mentionner l´influence de l´ingérence des Etats-Unis – ou toile d´araignée impériale – et des millions de dollars qu’ils ont octroyés de manière systématique et exponentielle : dans cette campagne électorale, plus de 4,7 millions de dollars ont été répartis entre les partis politiques d´opposition, les “étudiants” bourgeois, les ONG comme Súmate, sans oublier les médias ouvertement hostiles au processus révolutionnaire (22). Si nous calculons la somme que représentent ces dollars “offerts” aux groupes anti-chávez depuis maintenant dix ans, nous dépassons les 50 millions.

Qu’apprendre de ces élections ?

Comme nous avons tenté de le montrer dans ce texte, il existe deux façons de lire les résultats électoraux du 23 novembre. Il nous semble qu´il serait extrêmement inopportun pour les bolivariens de se limiter á mentionner les succès obtenus. Et si l´objectif est l´approfondissement du processus révolutionnaire, nous ne devons pas seulement reconnaître nos failles, mais nous devons aussi nous employer à les faire disparaître de manière sérieuse et systématique. Cela implique l´instauration d´une gestion efficace et innovatrice. La loyauté ne suffit pas, il faut l´accompagner d´un savoir-faire et d´une éthique irréprochable. Nous ne pouvons plus tolérer que des fonctionnaires publics qui administrent mal soient transférés vers des postes à responsabilité dans d´autres institutions. Halte aux récompenses à l´inefficacité !!

Dans le même esprit, nous devons assurer un suivi constant des politiques-clés définies dans le Plan National Simón Bolívar, et ne pas tomber dans le piège de l´urgence permanente, car lorsque “tout est urgent, rien n´est important”.

En ce qui concerne les territoires perdus, nous sommes dans l´obligation de nous maintenir en alerte face aux politiques établies par l´opposition car dorénavant, nous sommes l´opposition. Et précisément pour cela, nous ne pouvons reproduire le schéma stérile qui consiste à tout critiquer par réflexe, mais au contraire nous devons identifier et dénoncer les erreurs, munis de propositions alternatives réalisables.

C´est en reconnaissant, dans son discours, certains des succès obtenus par le gouvernement du président Chávez, que l´opposition a réussi à gagner des espaces (23) . Maintenant il reste à voir si la volonté de travailler en équipe, si souvent manifestée durant la campagne, se matérialisera au moment de prendre des décisions. Et cela sera extrêmement difficile, car les “nouveaux” dirigeants sont les mêmes qui ont toujours essayé de renverser Chávez, “coûte que coûte”.

Manuel Rosales signa le décret Carmona qui reconnaissait la légitimité du coup d´état de 2002 ainsi que l´autorité du dictateur éphémère Pedro Carmona. En outre, il maintient d´excellentes relations avec l´ex-ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela, actuellement en poste en Colombie (24).

Antonio Ledezma – nouveau maire de la “Grande Caracas”- a la particularité de reconnaître la validité des résultats électoraux uniquement lorsqu´il les gagne. Il faut signaler que, en plus de sa participation au coup d´Etat de 2002, il dénonça la prétendue “fraude électorale” lors du référendum révocatoire de 2004 et des élections présidentielles de 2006, malgré les rapports officiels de l´ensemble des observateurs internationaux spécialisés sur ce thème qui soulignèrent toujours la qualité et la transparence du système électoral vénézuélien. Ledezma appela à l´abstention durant la campagne pour les législatives de 2005 pour les mêmes motifs.

En tant que maire de Caracas dans les années 1990, il peut s´enorgueillir d´avoir réprimé systématiquement les manifestations à son encontre. Il s´est aussi personnellement impliqué dans la planification des rapatriements d´immigrés dominicains sans papiers résidant à Caracas, dans la plus belle tradition des politiques xénophobes expérimentées en Europe par Sarkozy. Sur le thème de l´insécurité – priorité qu’il a annoncée, il s´est déclaré partisan de la création d´une corporation de sécurité, ce qui reviendrait à privatiser la sécurité à Caracas, avec les conséquences que cela implique généralement pour le peuple (25) .

Conclusion

L´étape de transition qui caractérise la Révolution Bolivarienne est un processus extrêmement difficile car il s´agit de la “destruction / construction” de la société. Et le principal obstacle, bien qu´inévitable, est que les acteurs historiques de ce changement ont tous été formés par les institutions mêmes qu´ils sont amenés à détruire. Pour pouvoir mener à bien cette mission, il est indispensable de mettre en place les conditions objectives et subjectives qui puissent garantir la viabilité et l’efficacité du nouveau Venezuela.

Comme l´affirme Michael Lebowitz, “le socialisme ne tombe pas du ciel”. Pour autant, il est plus que nécessaire d´appliquer l´autocritique permanente et sans tabou, en n´occultant rien sous le faux prétexte que cela revient à faire le jeu de l´opposition.

Nous ne pouvons accepter conduites et pensées triomphalistes alors qu´en réalité la lutte ne fait que commencer!

Si j´avance suivez-moi, si je m´arrête poussez-moi, si je fais marche arrière tuez-moi!

Ernesto “Che” Guevara

Notes:

1) Parti Socialiste Uni du Venezuela, dont le président est Hugo Chávez.

2) Le Psuv sort vainqueur dans 263 des 326 mairies, laissant l´opposition au pouvoir dans 48 municipes. Pour ce qui est du reste, les “dissidents révolutionnaires” s´adjugent 14 mairies alors que la dernière est remportée par une candidature “indépendante”.

3) Les 4,61% restants se divisent entre “révolutionaires dissidents” et indépendants.

4) L´état Amazonas se prononcera en 2009.

5) Le PSUV obtient 5.073.774 votes, contre les 3.948.912 de l´opposition .

6) Les 211.888 votes gagnés par l´opposition représentent à peine 1,3% de l´ensemble du corps électoral de 2007.

7) En effet, le PSUV existait déjà le 2 décembre 2007, mais il s´agissait d´un référendum et non d´élections.

8) Le PSUV gagne 8 régions par plus 10 points d´écart, 4 régions avec 20 à 30 points de différence, 2 régions avec plus de 30 points et 2 avec plus de 50 points d´écart.

9) C´est à Carabobo que se trouve la principale industrie pétrochimique du Venezuela, tout comme une raffinerie de pétrole de premiére ordre. Carabobo possède également d´importantes usines d´assemblage de véhicules; d´industrie alimentaire, de mécanique, de fer et cables électriques, de céramique industrielle, d´asphalte, de textile, de plastique, etc.

10) L´industrie manufacturière conforme avec le Distrito Federal le premier ensemble urbain manufacturier du pays.

11) Romain Migus, Une victoire au gout très amer.

12) Eva Golinger, “La Injerencia ganó las elecciones venezolanas”, YVKE Mundial, http://www.radiomundial.com.ve/yvke/noticia.php?15264.

13) Cela est dû au fait que le “Non” au référendum de 2007 s’est imposé dans 8 régions, immédiatement considérées par l´opposition comme des territoires gagnés de fait.

14) Pour plus d´informartions sur l´International Republican Institute (IRI), consultez La Telaraña Imperial de E. Golinger et R. Migus.

15) Le parti “Alianza Bravo Pueblo” obtient 22.209 voixs sur les 722.822 en faveur de la candidature de Ledezma.

16) “Un Nuevo Tiempo” en espagnol.

17) Approximativement 25% de la population électorale.

18) Ni pour l´un, Ni pour l´autre.

19) Ceci est d´autant plus vrai que le Venezuela est en pleine guerre médiatique depuis maintenant 10 ans.

20) Respectivement candidats à la “gobernación” de Miranda, la mairie de Sucre et la mairie de la Grande Caracas.

21) Nous nous référons ici à Aristóbulo Izturiz, Diosdado Cabello, Jesse Chacón et dans une moindre mesure à Mario Silva.

22) Principalement au travers de la N.E.D. et de la U.S.A.I.D. Pour plus d´informations, consultez Telaraña Imperial de E. Golinger y R. Migus.

23) Particulièrement les Missions Sociales et les Conseils Communaux.

24) Nous avons tous encore en mémoire les déclarations de Brownfield lors d´une cérémonie célébrée dans le Zulia en compagnie de Rosales où il déclara avoir toujours adoré la “République independante du Zulia”.

25) Des agences de sécurité comme Blackwater en Irak nous donne une idée de ce qu´implique la privatisation de celle-ci.

Arnaud Rubí

Radio Venezuela en Vivo

Pour Investig’Action