Uribe, un des cent plus grands narcotraficants de la planète

Colombie · Réélection du président Alvaro UribeAu pays de la violence et de la drogue, les Colombiens étaient appelés à élire leur président, ce 28 mai. Regard critique d'un membre de la Commission internationale de la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie).

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Vous vous êtes opposés à la réélection du président sortant Alvaro Uribe. Pourquoi ?

Parce que Uribe représente la guerre, la corruption, l'abandon de la souveraineté nationale, le sabotage des processus d'intégration de l'Amérique latine. Les FARC veulent la paix, la démocratie, l'indépendance, l'unité des peuples latino-américains.

Avez-vous soutenus d'autres candidats ?

Tous les candidats, à l'exception d'Uribe, se sont déclarés en faveur de la paix, pour une solution négociée au conflit armé. Le secrétariat des FARC a appelé les Colombiens à voter en conscience pour celui qu'ils croient capable de répondre au mieux à cette attente. Les FARC ne sont pas opposées à la lutte électorale, nous analysons quand elle est possible et quand elle ne l'est pas, ce qui est différent.

Quel jugement portez-vous sur la politique d'Uribe ?

Álvaro Uribe fait de la guerre contre la population colombienne l'axe central de sa politique de gouvernement. Uribe incarne un projet politique, qui ne profite qu'aux secteurs qu'il représente au sein de la Colombie et qui répond aux intérêts des États-Unis dans la région. À la fin des années 1990, 40 % de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté. Aujourd'hui, 65 % des Colombiens connaissent ce drame. Les dépenses militaires ont augmenté de manière exponentielle au détriment des investissements sociaux. Dans le même temps, les bénéfices du secteur bancaire sont exorbitants.

Vous dites qu'Uribe représente certains secteurs de la société. Quels sont-ils ?

Il représente les intérêts de l'extrême droite, de la mafia et évidemment des États-Unis. Il appartient à la classe des grands propriétaires terriens et des grands éleveurs. Mais sa politique de privatisation des entreprises les plus rentables du pays montre qu'il représente également les intérêts des grandes multinationales. Bien sûr le processus de privatisation avait commencé avant, comme dans toute l'Amérique latine. Mais la résistance qu'il avait rencontrée auprès des travailleurs l'avait rendu difficile. Uribe a été porté à la présidence avec, entre autre, pour mission de poursuivre ce processus de néolibéralisation de l'économie par la violence. Mais Uribe représente surtout le capital mafieux des grands narcotrafiquants et des bandes paramilitaires d'extrême droite.

La mafia ?

Oui, depuis le milieu des années 1980, Uribe est soupçonné d'entretenir des liens avec le trafic de drogue. A la tête du contrôle du trafic aérien, il a facilité les activités illicites des trafiquants en délivrant des licences de vol à leurs transporteurs aériens. Plus tard, Maire de Medellín, il a dirigé un programme de logements, «Medellín sans taudis », financé par le trafiquant bien connu Pablo Escobar. Plus tard, Gouverneur, il a créé les Coopératives Convivir, première tentative d'institutionnaliser les bandes paramilitaires d'extrême droite. Récemment, la DEA (Drug Enforcement Administration Agence US de répression de la drogue) a rendu public un document qui catalogue Uribe comme l'un des 100 narcotrafiquants les plus importants de la planète. En tant que président, il a légalisé les groupes paramilitaires ou escadrons de la mort et leur a garanti l'impunité pour tous leurs crimes. Cela revient à légaliser les capitaux des plus grands narcotrafiquants.

Vous dites qu'Uribe représente les intérêts des États-Unis dans la région.

En effet. En particulier contre le gouvernement progressiste du Venezuela. Fin 2004, plusieurs membres de groupes paramilitaires ainsi que des soldats de l'armée colombienne, ont été capturés au Venezuela. Ils préparaient l'assassinat du président Chávez et d'autres dirigeants de la révolution vénézuélienne.

La signature récente d'un traité de libre échange avec les États-Unis, a brisé la Communauté andine des Nations, un processus d'unification latino-américain entamé depuis 1969. Uribe et l'État qu'il représente sont le fer de lance des États-Unis contre les processus de démocratisation, d'indépendance et de développement que connaît l'Amérique latine.

Que proposent les FARC pour la Colombie ?

Dans l'immédiat, une solution politique au conflit armé qui, depuis plus de 40 ans, oppose le pouvoir au peuple. La mise en place d'un gouvernement pluraliste qui représente les différents courants de la pensée politique nationale et qui se donne comme mission, la réconciliation et la reconstruction du pays. Il faut mener à bien une réforme politique qui rétablisse des espaces de participation démocratique. Il faut démanteler l'appareil répressif et criminel de l'État. Il est nécessaire de réaliser, avec la plus grande participation possible, des réformes de type social et économique qui enlève toute raison d'être au soulèvement armé.

Record mondial d'assassinats de syndicalistes

La Colombie, 38 fois plus grand que la Belgique, compte 40 millions d'habitants. La population ne tire aucun profit de ses immenses richesses naturelles.

Surtout connu pour ses plantations de coca dont on tire la cocaïne, le pays est miné par la violence quotidienne des trafiquants et des paramilitaires.

La Colombie, dont le gouvernement est lié aux forces d'extrême droite, détient le record mondial d'assassinats de syndicalistes. Le pays connaît également un fort mouvement d'opposition politique et militaire. Les FARC, Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, marxistes, qui mènent depuis plus de 40 ans une résistance armée au gouvernement.

Ce 28 mai 2006, trois candidats s'affrontaient aux élections présidentielles:

Le président sortant Álvaro Uribe, pro-américain, a récolté 62 % des suffrages.

Horacio Serpa (Parti libéral), représentant de la bourgeoisie colombienne, a récolté 12 % des voix

Carlos Gaviria (Pôle Démocratique Alternatif), qui veut une Colombie indépendante des Etats-Unis et qui représente l'espoir d'un changement en faveur du peuple, est crédité de 22 % des votes.

Les élections ont été entachées de violence et d'irrégularités: des millions d'électeurs dans les régions et quartiers contrôlés par l'armée ou par les paramilitaires n'ont soit pu voter, soit ont été forcés de voter pour Uribe. Moins de 45% des électeurs ont participé aux élections.