Un avocat de Saddam Hussein accuse les médias occidentaux

Est-ce que, en Occident, nous avons entendu la défense ? Un de ses conseillers relate son expérience avec certains médias…

Notice nécrologique : Saddam Hussein

Al-Jazeerah, 4 janvier 2007

Rarement une seule mort violente aura caractérisé aussi clairement l’agression américaine contre les Arabes et les musulmans du monde entier. Le président irakien le comprenait très bien et, durant les derniers jours de son existence, il fit savoir clairement à ceux qui l’entouraient qu’il acceptait d’être sacrifié afin de révéler au grand jour les mauvaises intentions des Etats-Unis à l’égard de ces mêmes Arabes et musulmans du monde entier.

La presse occidentale a elle aussi compris ce message et, même avant que soit ensevelie la dépouille de l’ancien président irakien, elle s’est également mise à salir sa mémoire à coups de torrents entiers d’allégations sans fondement auxquelles l’homme ne pouvait plus réagir.

Chacune des dizaines de notices nécrologiques que j’ai lues dans la presse occidentale met l’accent sur la prétendue brutalité du président et sur les cas – non prouvés – de violations des droits de l’homme qu’il aurait commises. Aucune – absolument aucune – n’a mis l’accent sur l’homme qui avait soudé les Irakiens mieux que les Etats-Unis, leurs milliards de dollars et les Irakiens qu’ils ont pu acheter. Aucune – absolument aucune – n’a mis l’acent sur l’homme qui, contre tous ses ennemis, s’est dressé en faveur du caractère juste de la cause arabe et musulmane dans le monde entier, et particulièrement en Palestine, et même contre l’armée la plus chère du monde, la plus puissante et la plus mortelle. Et aucune – absolument aucune – n’a mis l’accent sur le fait que la capture, le procès et l’exécution du président irakiens furent illégaux et déloyaux, comme le prétend presque unanimement l’opinion de la communauté internationale et des juristes internationaux.

En tant que l’un des avocats et conseillers du président durant ses derniers jours, j’en suis venu à connaître un Saddam Hussein très différent du portrait qu’en a fait la presse occidentale. L’image que j’ai vue est une image à laquelle l’Occident a peur d’être confronté.

Cette timidité de l’Occident apparaît on ne peut plus clairement dans ses médias. Non seulement dans les notices nécrologiques diffamatoires rédigées à propos du président irakien Saddam Hussein, mais même dans la politique des médias en vue de couvrir le sujet.

Larry King, de CNN, par exemple, a refusé dans son émission de permettre aux avocats de la défense de parler de l’illégalité et de l’injustice du procès en cours mais, en lieu et place, a conditionné une invitation à paraître dans son propre show en fonction de l’exécution du président.

La CTV canadienne a émis des objections lorsqu’un avocat de la défense a déclaré à son public à quel point le procès avait été injuste. En interviewant l’avocat qui avait mené le combat pour dénoncer l’illégalité et l’injustice du procès du président, la chaîne a réitéré qu’elle ne voulait rien d’autre que des détails sur la façon dont le président devait être enterré.

Et quand, en septembre 2006, après avoir considéré les représentations des autorités américaines et irakiennes, le Groupe de travail des Nations unies sur la Détention arbitraire (un groupe de spécialistes internationaux mandaté par tous les États membres des Nations unies, comprenant même en son sein un expert iranien) a décidé que le procès du président irakien violait gravement la législation internationale sur les droits de l’homme, les médias occidentaux ont complètement ignoré cette opinion.

S’il faut en croire les médias occidentaux, il n’y a qu’une seule facette, dans cette histoire. S’il faut en croire la propagande diffusée par le gouvernement américain et ses alliés, l’ancien président irakien Saddam Hussein n’était pas un homme, mais un mythe aux proportions de Peer Gynt. Alors que la diabolisation prodigieuse du président irakien par l’Occident peut servir à renforcer la conviction intérieure de personnes trop ignorantes pour tester une fiction à l’aune d’une réalité observée, elle n’abusera certainement pas la plupart des gens.

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Traduit de l’anglais par Jean Marie Flémal.