Un Ivoirien juge le rôle de la France dans son pays

Le moins qu’on puisse dire est que les Ivoiriens ressentent très mal la présence de ces troupes dans leur pays. On sait pourtant que ces gens sont extrêmement accueillants, chez eux l’étranger est toujours le bienvenu, il est si bien reçu qu’il se sent vite comme chez lui. Mais la soldatesque onusienne et, pis encore, la française en ont tant fait qu’elles sont maintenant devenues haïssables aux Ivoiriens.

La République de Côte-d’Ivoire occupée

par les troupes onusiennes et françaises (ONUCI & Licorne)

Intervenant de la façon la plus maladroite et la plus mal inspirée dans un conflit qui ne pouvait en aucune façon passer pour être de son ressort, l’ONUCI a commis quelques brutalités et tué des étudiants.

Quant aux troupes françaises, quel est le sens de leur présence ? Eh, bien ! Après l’Indochine (1947-1954), l’Algérie (1954-1962), la France n’a toujours pas compris et essaie de recommencer au petit pied en Côte-d’Ivoire la « prise illégale d’intérêt » au bénéfice de quelques planteurs et autres industriels français. L’armée du peuple français sert, une fois, de plus, à maintenir des avantages abusifs à quelques riches capitalistes français et à leurs associés. La prédation coloniale, aux yeux des responsables politiques français, Jacques Chirac en tête, doit durer alors même que les pays où s’exerce la prédation sont devenus libres et indépendants ; l’indépendance en question ne devant s’exercer, devraient comprendre les responsables politiques de ces pays, que dans les domaines où elle ne gêne pas les intérêts des anciens maîtres.

Ce qui est surprenant, c’est que ce riche patronat colonialiste et leur représentant officiel, Jacques Chirac, par ailleurs Président de la République française, ne songent pas à s’interroger sur la possibilité d’établir de meilleures relations à long terme avec des peuples avec qui ils auront malgré tout à travailler longtemps. Même si l’on met fin aux répartitions injustes du temps de la colonisation, il peut encore être profitable à l’industrie française de travailler avec les Ivoiriens. Mais voilà : on ne veut rien perdre, on veut que les choses restent comme avant, que les gens soient pliés pour toujours ; et quand, un Houphouët-Boigny mort, ils en viennent à relever la tête, on feint de ne pas comprendre, et on réinstalle une armée d’occupation.

Ces stupides capitalistes français sont de ceux qui, dans une désormais longue tradition, n’apprennent ni n’oublient jamais rien ; ils conduisent la nation à la stagnation, à la régression. La droite la plus bête du monde, comme on l’a appelée il y a longtemps déjà…

De plus, ces gens entendent ignorer qu’ils n’ont pas les moyens de leur politique. C’est bien évidemment pour avoir les mains libres de se rougir ailleurs que le géant états-unien permet à ces chiens de Chiraquiens de se livrer à leurs petites prédations ivoiriennes et autres. Le jour où le maître sifflera, ils seront obligés de lâcher leur os… Mais ils se jouent entre eux la comédie qu’ils sont les maîtres.

Et donc, sans aucune gêne, ils se font voir en train de piller, c’est-à-dire exploiter pour leur propre compte, à Bouaké les mines d’or, à Man celles de diamant. Les seules lois françaises, à défaut des ivoiriennes, devraient suffire à faire mettre en cause pour vol pur et simple, le Président de la République française et la Ministre des Armées. On attend qu’un nouveau « petit juge », s’il s’en trouve encore, en France, en Europe ou ailleurs, se saisisse de la question. Mais ce qu’on peut dire est que ces vols ne serviront pas au rapprochement politique entre la France et la Côte-d’Ivoire.

Quant au discours chiraquien tendant à invalider le Président L. Gbagbo, il est totalement hors sujet. Laurent Gbagbo incarne l’identité ivoirienne. Et plus Chirac insiste en tentant de le déclarer illégitime et plus il devient légitime dans le cœur de ses compatriotes. Les Ivoiriens ne sont aucunement nationalistes, mais bel et bien patriotes, et chaque jour davantage. Les « rebelles » commencent à se sentir mal dans leurs « baskets » d’avoir traité avec Chirac et l’Armée française : l’heure est à la négociation, au retour, et ce pays va bientôt, en dépit des efforts de la droite française, se reconstituer, se réunifier. Grand connaisseur des « Nègres », dit-on, Chirac n’a rien compris à l’âme des Ivoiriens.

Il me paraît important, pour l’avenir des relations entre notre pays et l’Afrique que, dans la campagne électorale que nous avons commencé à vivre en France, le thème ivoirien apparaisse, que la sale politique chiraquienne soit dénoncée, battue en brèche, et qu’enfin les candidats à la magistrature suprême annoncent leur intention de prendre les choses de façon radicalement autre avec la République de Côte-d’Ivoire, ses légitimes représentants, comme, aussi bien, avec l’ensemble des peuples africains et de leurs responsables politiques.

Traditionnellement en France, le mépris le plus complet s’affiche à l’égard du « Noir » ; on ne pose pas de questions politiques au sujet de l’Afrique : celle-ci, quarante ans après les indépendances, reste le domaine réservé des riches possesseurs (ex-)coloniaux. On ne suppose pas que le débat politique puisse s’étendre sérieusement à l’interlocuteur africain : celui-ci est méprisé de tous les républicains et autres hommes politiques « de gauche » dans notre pays. Ce qui montre qu’il n’y a pas de véritable républicain en France. La philosophie qui dirige le débat politique est entièrement dominée par l’esprit colonial dans lequel baigne la bourgeoisie depuis 1830. La France reste aujourd’hui, avec l’aide et la complicité de nos dérisoires « gauches », louis-philipparde et second-empire. On ne peut compter, bien entendu, ni sur Sarko, ni sur Sarkolène pour changer la donne…

Zamial-Kab

Paris, 26-10-2006