USA : trop pauvres pour tomber en faillite

« Bureau d’information »–Nous, en tant que pays, semblons avoir peu de difficultés à arracher les riches des griffes de la pauvreté. Nous continuerons à nous porter garant des banques, des compagnies d’assurances et des hypothèques. Les trois géants historiques de l’industrie automobile rencontreront cette semaine des représentants de la nouvelle administration pour obtenir un crédit de plusieurs milliards de dollars.
12 Novembre 2008

Comment dire non ? Des centaines de milliers d’emplois dépendent de ces industries. J’en conclus que nous devons les aider bien que notre société soit encore loin d’être sortie de son effondrement économique. Bien que la plupart de nos problèmes semblent résulter d’une chute du niveau de vie de la classe ouvrière américaine, lorsque nous demandons de l’aide pour les travailleurs américains les plus pauvres, on nous répond que l’on ne peut rien y faire. Ici, à Atlanta, une banque alimentaire de quartier annonce que 40 % de toutes ses réserves sont utilisées.

Pas plus tard qu’hier, j’ai lu ceci : « les libéraux sont des traîtres, des défaitistes, des voyous, des criminels, des tueurs d’enfants, des homos et la racaille de notre pays. Ils sont sans-dieu et en plus ils coûtent plein de fric et on devrait les flinguer plus souvent. ». Comment en sommes nous arrivés à détester à ce point notre propre peuple ? Faut-il alors en conclure que les patrons des banques et des compagnies d’assurances sont des libéraux ? L’Etat de Géorgie a donné à Hyundai Motors un crédit d’impôts de 100 millions de dollars étendu sur dix ans afin qu’il installe son usine de pièces détachées en Géorgie. C’est une subvention de 25.000 dollars par an et par employé ; est-ce une option libérale ou conservatrice ?

Nous laissons le salaire minimum stagner depuis presque une décade et, malgré les résultats, osons encore débattre de son impact. Par contre, nous nous préoccupons du bien-être de reines menant la vie de Riley tandis que nous crapahutons chaque jour pour travailler. Ici, en Géorgie, l’aide sociale est plafonnée à 574 dollars par mois maximum. Le programme connu sous le nom familier de timbres alimentaires n’est accessible aux familles sans enfant que pendant trois mois et seulement si elles ont un revenu inférieur à 130 % du seuil de pauvreté. Pourquoi d’ailleurs appelons nous cela le seuil de pauvreté s’il faut gagner moins encore pour avoir accès à ce programme ?

Si vous avez gagné 15.000 dollars pendant les six premiers mois de l’année et perdez ensuite votre emploi, vous n’y avez plus droit, point à la ligne. Si vous êtes indépendant, travailleur sous contrat ou journalier, vous n’avez même pas droit au chômage. Si vous êtes récemment démobilisé, diplômé de l’enseignement secondaire ou d’une école technique, vous n’êtes même pas considéré sans emploi. Comme les chiffres des seuils de pauvreté, les statistiques de chômage sont du n’importe quoi calculé à partir de chiffres imprécis. De toute façon, après seize semaines, vous devenez un travailleur découragé sans plus aucun emploi. Un non travailleur, une non personne n’ayant plus droit à aucune forme d’assistance quelle qu’elle soit.

Nous nous inquiétons pour la ruche et oublions les abeilles mais pour que la ruche prospère, il faut des travailleurs en bonne santé. Nous avons injecté 750 milliards de dollars pour sauver les banques et maintenant leurs CEO réfléchissent aux bonus qu’ils devraient s’attribuer !

Vous plaisantez ou quoi ? Notre économie s’effondre sous nos yeux et presque un quart de million de jobs ont été perdus au cours des trente derniers jours alors que l’économie crée habituellement des emplois à l’approche des fêtes. Nous vivons un cataclysme pire encore que la faillite des banques, celle de leurs clients.

La première réunion économique, trois jours après les élections, doit être portée au crédit de la nouvelle administration. L’administration Clinton avait tenu sa première réunion en décembre, l’administration Bush en janvier. La gravité de la situation ne saurait être surestimée alors que l’économie est à l’arrêt. La courbe du chômage ferait la joie d’un alpiniste mais elle traduit surtout l’indice de misère de travailleurs sous-payés qui, bien qu’employés, sont restés à la traîne et se trouvent maintenant exclus de toute forme d’aide hormis la charité privée comme dans un remake de 1932.

Dieu, qu’il est bon d’être un Américain libre ! Aucune entrave socialiste ! Aucun service National de Santé pour grignoter ma feuille de paie ; je paierai les plus fortes primes d’assurance santé au monde mais une fois au chômage ou, excusez moi, sans aucun espoir de travailler, je devrai m’en passer. Travailler vingt six ans sans répit pour s’entendre dire quand on demande de l’aide : « Vous n’y avez pas droit ! Vous devez être sous les 130 % du seuil de pauvreté pour pouvoir y prétendre ! ».

En outre, votre épouse a toujours un boulot et vous êtes encore propriétaire de votre maison ; quand vous aurez perdu tout cela, revenez et nous pourrons peut-être reconsidérer la situation !

Pourquoi détestons-nous à ce point notre peuple ? Nous versons des milliards de dollars en aide aux pays du tiers monde, aux victimes des catastrophes naturelles et même pour nourrir les chiens et les chats abandonnés. Mais lorsqu’il s’agit de notre peuple, de nos voisins, de nos compatriotes, des anciens combattants, des femmes et des enfants, il semble qu’il nous vienne un accès de rage vindicative. Quand l’ouragan Ike a frappé Houston une dame a envoyé un blog sur le website de l’ouragan disant : « Comment pouvons-nous être certains que ces gens ont bien droit à de la glace et de la nourriture gratuites ? Sommes nous au moins certains qu’ils sont originaires du Texas ? »

Elle était trop inconsciente pour comprendre que personne n’allait venir d’un autre état pour faire la queue pendant des heures dans l’attente d’un peu de nourriture et de deux boîtes de glace gratuits. Si l’opinion de cette dame avait été un cas isolé, on aurait pu ne pas en tenir compte mais c’était là l’opinion d’une minorité significative. Beaucoup de ceux qui avaient pris leurs précautions ou avaient pu s’enfuir sans dégâts dénonçaient l’aide apportée à ceux qui n’avaient pas eu autant de chance qu’eux. A un homme qui restait à l’arrière avec sa mère impotente, l’interviewer de la TV a demandé s’ils avaient fait des provisions et il répondit :

« Oui, mais nous les avons perdues quand le niveau d’eau s’est mis à monter dans la maison. »

Sommes-nous une nation ? Ou sommes-nous juste une juxtaposition de groupes d’intérêts ?

Pouvons-nous voler au secours de Wall Street et ignorer Main Street ? Ils sont déjà des millions à souffrir et la neige commence à tomber. En 1932, l’Amérique n’avait aucun filet de sécurité sociale et à cause de cela des millions de personnes ont inutilement souffert. Aujourd’hui nous avons un filet de sécurité sociale qui n’en porte que le nom, bureaucratique, sous-financé, n’offrant de l’espoir qu’à bien peu et de l’aide à moins encore. Quelle sorte de nation sommes-nous avec des avions de guerre pour des milliards de dollars mais des enfants qui ont faim ? Pour n’avoir quand les temps sont durs que si peu à offrir ? Dur !

Remplir le formulaire de déclaration de faillite 7 coûte 1500 dollars, plus les frais de justice et les honoraires d’un conseil – et 100 dollars en plus ajoutés par l’industrie des cartes de crédit à la législation de 2005 sur les faillites. Si vous n’avez pas de cash, vous n’êtes qu’un clochard dans la rue ; Dieu bénisse l’Amérique ! Le nouveau président a promis le changement, je lui souhaite bonne chance et j’espère qu’il réussira. Mais je ne retiendrai pas mon souffle parce que personne ne hait les Américains autant que ne peuvent le faire d’autres Américains.

Traduit par Oscar Grosjean pour Investigaction.