USA : plus de cent mille opposants à Bush sont interdits de voyage

L'administration Bush se sert de la liste noire des "interdits de vol" pour harceler et punir ses opposants.

[IES News Service – 04/08/2007]

Plus de 100 000 citoyens états-uniens sont de facto interdits de voyage car

ils figurent sur la liste des personnes "watch" (à surveiller) et "no fly"

(interdit de vol). Cette liste, qui incluait au départ des personnes

soupçonnées d'être en contact avec des organisations terroristes ou bien

posant un risque de sécurité pour les autres passagers aériens (par exemple

parce qu'ils ont été ivres et violents à bord), a été détournée par l'équipe

de la Maison Blanche pour harceler des opposants politiques.

Des citoyens innocents, dont le seul crime est d'avoir émis une critique

envers le président des Etats-unis sont interdits de vol, harcelés dans les

aéroports, fouillés intégralement, bousculés, intimidés voire jetés en

prison. C'est du moins ce qu'affirme la célèbre auteure et militante Naomi

Wolf dans son nouveau livre, "The End of America."

"C'est une méthode classique des régimes totalitaires", explique Wolf. "Les

dissidents et opposants sont bloqués dans leurs déplacements et interdits de

sortie du pays." Wolf a commencé à enquêter sur la "liste noire" en 2002.

"Je m'étais rendu compte que chaque fois que je prenais l'avion, même pour

des petits vols intérieurs, j'étais identifiée et ciblée par les agents de

TSA (Transportation Security Administration) et à chaque fois on me

demandait de les suivre dans un local pour y être fouillée intégralement.

Les autres passagers n'avaient pas droit à de telles attentions."

C'est au cours d'une ces fouilles qu'un agent TSA lui a dit "C'est pas de

notre faute, vous êtes sur la liste. Pas celle des terroristes, l'autre

liste." L'autre liste, c'est celle qui recense les journalistes,

enseignants, militants, et politiques "qui ont critiqué la Maison Blanche."

Parfois ce ciblage politique fait scandale, comme quand le Sénateur

démocrate Edward Kennedy a été arrêté et fouillé cinq fois de suite dans

différents aéroports de la Côte Est, en Mars 2004. Mais le scandale a vite

été étouffé et le message envoyé par TSA était clair : peu importe ton

statut social, si tu te mets en travers de notre route, tu vas souffrir.

C'est ce qu'à appris à ses dépens le député John Lewis de Géorgie. Quand il

a voulu protester, un agent TSA l'a violemment bousculé et il s'est retrouvé

plaqué au sol et menotté par plusieurs policiers hargneux – qui affirmèrent

ensuite avoir été agressés par Lewis.

Même quand les interpellations ne sont pas violentes, le "facteur humiliant"

est suffisant pour intimider des dissidents éventuels. Robert Johnson, un

simple citoyen, membre d'un groupe religieux contre la guerre, le décrit

ainsi : "On m'a ordonné d'enlever mes chaussures. Puis on m'a ordonné

d'enlever mon pantalon, puis mes chaussettes. L'agent m'a menacé de me

fouiller l'anus. On m'a traité comme si j'étais un criminel.". . .

Il semblerait que les opposants à la guerre soient des cibles favorites du

régime Bush-Cheney… et si en plus ils sont féministes, alors le blocage

est quasiment certain. Ainsi Jan Adams et Rebecca Gordon ont été interpellés

plus de 18 fois à l'aéroport de San Francisco. "Maintenant nous nous

présentons au guichet près de 6 heures avant le vol, sinon nous sommes sûres

de le rater". Même les leaders politiques ne sont pas épargnés. Nancy Oden,

du parti Vert n'a pas pu prendre l'avion entre Maine et Chicago. King

Downing et David Fathi, dirigieants de l'influente American Civil Liberties

Union ont été détenus et interrogés pendant quatre heures à Newark. Le

professeur Walter F. Murphy, de l'université de Princeton, juriste

constitutionaliste qui avait osé mettre en question la légalité de certaines

décisions de la Maison Blanche a été bloqué plusieurs fois dans des

aéroports. En 2004, après un interrogatoire de deux heures, on lui a rendu

sa valise fouillée et saccagée "Elle contenait un certain nombre de notes

personnelles qui avaient disparues. Quand j'ai voulu m'en plaindre auprès de

TSA, on m'a dit d'aller me faire voir ("piss off") ou alors on me jetterait

en prison pour de bon. J'ai préféré ne pas insister, j'étais trop choqué que

cela arrive dans mon pays".

Pour Naomi Wolf la liste "des personnes à surveiller" a été compilée et

étendue à partir de 2003 suite à une directive du Président Bush adressée

aux agences de renseignement. Cette directive ordonne aux agences

d'identifier et surveiller "les personnes dont on peut craindre qu'elles

aient des intentions ou des contacts terroristes". La CIA/NSA et le FBI

compilèrent une liste de noms qui fut remise à toutes les agences aériennes.

La chaîne de télévision CBS avait réussi, en 2004, à se procurer un

exemplaire de cette liste. Elle faisait 540 pages et contenait les noms de

75 000 personnes à fouiller avec beaucoup d'attention et éventuellement à ne

pas laisser monter à bord d'un avion.