USA : les leaders du parti républicain sont-ils aussi moraux dans la vie privée que dans leurs discours ?

Titre original: Enfants gâtés, mauvais garçons: dans les coulisses du GOP.

Les leaders du parti républicain américain (GOP – Grant Old Parti) accordent une dévotion indéfectible pour la moralité et les valeurs familiales traditionnelles, s'opposant farouchement aux mariages gays, l'avortement, l'homosexualité, l'adultère, le féminisme, le crime, la recherche sur les cellules souches, le sécularisme et le libéralisme – tout ce qui, pour eux, est assimilable, de près ou de loin, aux différentes facettes d'une décadence diabolique.

Les leaders du GOP insistent sur le besoin de ramener Dieu dans la vie publique. Beaucoup d'entre eux se disent mandatés par la déité lorsqu'ils légifèrent et qu'ils gouvernent. Leurs activités privées, pourtant, entrent souvent en contradiction avec leurs dires. Considérons cet échantillon incomplet de ces “sociaux conservateurs” principaux qui prêchent les vertus conventionnelles à leurs ouailles alors qu'ils pratiquent tout à fait autre chose pendant leurs temps libres.

Le représentant républicain de l'Illinois, Henry Hyde, récemment décédé, a joué un rôle-clef dans la campagne d'opposition contre Bill Clinton, le président adultérin. Les différentes rubriques nécrologiques que j'ai lues à son propos négligent de mentionner qu'il avait une liaison de plus de six ans avec une jeune femme mariée et mère de trois enfants. L'ancien mari a rendu Hyde responsable du divorce qui s'en est suivi et des dommages émotionnels infligés à ses enfants. Hyde a écarté l'affaire en la présentant comme une “erreur de jeunesse” alors qu'il était un jeune homme inexpérimenté de 46 ans à l'époque des faits. En 1992, Hyde a divorcé de sa femme de 45 ans. Elle est décédée peu après et il s'est rapidement remarié.

Bob Levingston, représentant républicain de la Louisiane, marié avec quatre enfants, s'est retiré d'une campagne pour la maison blanche après que ses infidélités conjugales aient fait la une des journaux en 1998.

Le président de la Chambre, le républicain Newt Gingrich, a instruit les charges contre le Don Juan Clinton, alors que lui-même s'en sortait in extrémis d'une affaire gênante grâce à une aide du Congrès. Gringrich avait en effet introduit une action en divorce rapide contre sa seconde femme alors qu'elle était hospitalisée pour un cancer dans le but de ne pas devoir verser d'aide. Sa femme et les enfants ont dû demander l'assistance de l'Eglise locale, n'ayant pas reçu assez d'argent de Gingrich lui-même. En 2007, il a plaidé avoir été victime de faiblesses personnelles et il a demandé pardon à Dieu.

Le ministre républicain baptiste Bill Randall, qui a été proposé de manière musclée par le parti républicain comme un candidat pour la Chambre des Représentants en Floride, a admis avoir eu un enfant illégitime en 1980. Après avoir confirmé l'existence de l'enfant, il a changé de version le lendemain au cours d'une conférence de presse, avançant soudain que son fils était le père de l'enfant. Ressentant que personne ne goberait cette histoire, il a de nouveau changé de version et a admis sa paternité. Il a fait une faveur à tout le monde en abandonnant la course au Congrès en 1998.

Bob Barr, GOP de Georgie, a été membre du Congrès jusqu'en 2003, après quoi il est devenu un activiste conservateur. Alors qu'il était encore marié à sa première femme, il fréquentait déjà celle qui deviendrait sa seconde femme. Barr avait la réputation d'être un ardent antiavortement, mais cela ne l'a pas empêché de conduire sa deuxième femme à la clinique et de payer les frais de l'avortement. Il a très vite pris une nouvelle maîtresse qui est devenue sa troisième femme après s'être débarrassée de la deuxième. Lorsqu'au Congrès, Barr a participé à la rédaction de nouvelles lois sur la défense du statut du mariage (le “Defense of Marriage Act”), il devait probablement avoir de bonnes raisons.

Trois leaders républicains candidats pour la présidence en 2008, Rudolph Giuliani, John McCain et Newt Gingrich ont déjà totalisé cinq divorces à eux trois, tous sur base d'adultère. Du côté démocrate, les trois meneurs principaux: John Edwards, Hillary Clinton et Barack Obama, n'ont pas plus de divorces que d'infidélités à leur actif. Et ce sont ces républicains qui clament être les gardiens des valeurs familiales traditionnelles, fustigeant les libéraux pour leur manque de morale et leur trop grande prodigalité.

En 2007, le sénateur David Vitter, un républicain de Louisiane défenseur des valeurs familiales, a défrayé la chronique pour avoir dirigé un réseau de prostitution à Washington D.C. pendant plusieurs années, et un peu plus tôt, pour avoir utilisé les services d'un bordel de la Nouvelle-Orléans pendant une période de cinq mois. Vitter a refusé de démissionner, assurant tout le monde qu'il “ a demandé et reçu le pardon du Seigneur et de sa femme.”

Parmi d'autres libertins hypocrites, on trouve des fines lames homosexuelles souterraines. En 2007, Bob Allen, législateur d'état républicain de Floride, marié et père d'un enfant, a été arrêté dans des toilettes publiques pour avoir offert de pratiquer un acte de sexualité orale à un agent d'infiltration pour 20 dollars.

Un autre aventurier des toilettes était le sénateur Larry Craig, républicain de l'Idaho, un fervent opposant aux gays dans l'armée et au mariage homosexuel. Craig a été arrêté d'une manière très remarquée pour avoir fait des avances a un policier infiltré dans les toilettes pour hommes de l'aéroport international de Saint-Paul à Minneapolis. La police avait été prévenue d'activités sexuelles à cet endroit. Craig a plaidé coupable pour trouble de l'ordre public. D'autres hommes, dont un compagnon de classe de l'époque du collège ont témoigné avoir eu des propositions pour des activités sexuelles, y inclus une rencontre dans les toilettes du centre commercial de l'union station de Washington D.C.

Quelques semaines plus tard, un autre politicien du GOP, qui votait constamment contre les droits des homosexuels, le représentant d'Etat Richard Curtis, a été pris la main dans le sac. Habillé en femme, il a rencontré un homme dans un magasin local de vidéos érotiques, et l'a accompagné dans un hôtel du bas de la ville pour une nuit de copulations orales et annales. Quand l'affaire a éclaté, Curtis a démissionné. La situation est telle actuellement, que sur le net, il est courant que GOP soit interprété comme “Gay Old Party” (Parti des vieux homos) ou encore “Greedy Old Perverts”, (Vieux pervers avides) et il est dit aussi que Richard Curtis a quitté la vie publique pour consacrer plus de temps à se masturber en famille.

Ne négligeons pas trois grands classiques d'ultraconservateurs homosexuels antigays du milieu du 20e siècle: le directeur du FBI; J.Edgar Hoover, l'investigateur McCarthyste et lobbyiste Roy Cohn de Washington et le cardinal Francis Spellman de l'archidiocèse de l'Eglise Catholique Romaine de New York. Ces trois figures proéminentes de l'aile droite, gardiens de la vigilance américaine homophobe, étaient elles-mêmes secrètement des homosexuels pleinement assumés qui de temps à autre organisaient des partouzes avec des mâles judicieusement sélectionnés à une époque où la presse n'osait pas encore trop toucher à ce genre de sujets.

Dans les cas qui précèdent, ce qui est déplorable, ce n'est pas seulement la bien visible contradiction hypocrite entre la profession de foi et le comportement privé, mais le contenu des convictions elles-mêmes qui entrainent la discrimination contre les gays, classent les prostitués comme des criminels, assimilent l'avortement au meurtre, dénoncent le divorce comme une menace mortelle pour la famille et la nation, et ramènent le sexe entre deux adultes consentants non mariés (même dans sa variété hétérosexuelle) à de la fornication immorale.

Par conséquent, un nombre important de politiciens conservateurs tachent d'essayer de cacher leurs désirs lascifs dans le but de coller à leurs préceptes puritains, coincés qu'ils sont dans un cercle vicieux de péchés furtifs et de furieuses dénonciations publiques, chez les autres, de ces mêmes péchés.

Ces dernières années, les rangs républicains sont apparus être apparentés aux pires hypocrites sexuels, mais pire encore, à de vrais prédateurs. Ainsi, par exemple, l'ancien Maire de Waterbury dans le Connecticut, Philip Giordano, qui purge actuellement une peine de 37 ans pour abus sexuel en 2001 sur deux filles âgées de 8 et dix ans.

Jim West, maire républicain conservateur de Spokane à Washington, a pris des mesures pour interdire l'enseignement dans les écoles publiques aux homosexuels des deux sexes selon la présomption qu'ils seraient trop proches de leurs élèves. Toutefois, il utilisait l'ordinateur pour échanger du sexe avec les élèves des classes supérieures. Deux hommes ont accusé West de les avoir molestés alors qu'ils étaient Boys Scouts et qu'il en était le chef. Il a été éjecté des élections de 2005.

Un congressiste du GOP de Floride, Mark Foley, a été attrapé alors qu'il envoyait des emails sexuellement explicites a des jeunes garçons qui avaient servi au congrès en tant que stagiaires. Il aurait ordonné à l'un d'eux d'avoir une relation sexuelle orale avec lui, une offre que le garçon a déclinée. Foley a siégé au HCMEC (NDT: Commission en charge de coordonner la législation sur l'exploitation des enfants et notamment la législation punissant la sollicitation du mineur par internet, commission qui a aussi introduit une législation très stricte pour traquer les prédateurs sexuels). Les leaders républicains du Congrès avaient reçu des plaintes de la part des jeunes stagiaires à son propos, mais n'en avaient jamais tenu compte. Foley a fini par démissionner en 2006.

A la même époque, des allégations pour “interactions inappropriées ” avec des stagiaires du Congrès avaient été révélées pour un autre membre républicain: Jim Kolbe de l'Arizona, qui a décidé de ne pas se représenter aux élections.

En 2007, un procureur fédéral de Floride travaillant pour l'administration Bush, opérant pour l'un des bureaux les plus conservateurs de l'Etat, placé là pour une approche dure et sans concession de la loi et de l'ordre, a été accusé d'avoir eu des relations sexuelles avec une gamine de cinq ans lors de l'un de ses déplacements. J.D. Roy Atchison avait communiqué par ordinateur avec un officier qui s'était présenté comme une mère offrant aux hommes d'avoir des relations sexuelles avec sa jeune soeur. Arrêté sur le trajet du rendez-vous, Atchinson avait une poupée et de la vaseline dans sa voiture. Il s'est suicidé à la prison fédérale du Michigan.

Dans ces cas, l'élément le plus répréhensible n'est pas l'hypocrisie ni les convictions avancées, mais le comportement lui-même, entrainant molestation et agression sexuelle d'enfants et d'adolescents non disposés à ce genre de pratiques. Les auteurs sont non seulement des hypocrites, mais des criminels. Et dans ces cas bien précis, ce sont bien réellement des grands pécheurs devant l'Eternel.

Ainsi, les hypocrites sacrés, prédateurs érotomanes, homosexuels homophobes et pédophiles, consacrent leur dévotion à la moralité traditionnelle tout en causant des dégâts émotionnels et poursuivant le pillage matériel avec encore plus de rapacité que n'importe lequel des libertins et infidèles que nous serions, d'après eux. En regardant les cas qui précèdent, et la multitude d'autres que nous pourrions ajouter si nous avions l'espace et la patience, nous pouvons déjà conclure que les professions religieuses ne sont pas nécessairement des garanties d'un réel comportement moral. Si, dans tous les cas, les hypocrites utilisent la religion comme un gourdin à brandir contre les opposants libéraux dans le but de mieux atteindre pour eux-mêmes leurs buts et l'accomplissement de leurs désirs, nous ne devons avoir aucun doute sur le repli sur soi-même égoïste que cela entraine pour eux et sur les destructions que cela peut entrainer pour les autres. Si c'est cela la moralité…mais alors…c'est quoi la dégénérescence?

Titre original: Enfants gâtés, mauvais garçons: dans les coulisses du GOP.

Washington Post, 5-10 October 2006; ABC News, 5 October 2006.

* L’ auteur et enseignant américain Michael Parenti est internationalement connu en tant qu’analyste politique progressiste .

Michael Parenti : « Ici, chez nous, et dans le monde entier, il y a des gens qui se battent contre les forces de la richesse, des privilèges et du militarisme- certains parce qu’ils n’ont pas le choix, d’autres parce qu’ils ne veulent pas emprunter d’autres voie que celle qui mène vers la paix et la justice ».

Parmi ses œuvres récentes ;

« Contrary Notions » : une anthologie de textes sur l’Histoire, la politique, le pouvoir de classe, l’idéologie, les medias, l’ethnicité…

« Democracy for the few » : une analyse pénétrante de la vie politique américaine- comment le système politique est utilisé et contrôlé, au bénéfice -et au détriment- de qui.

« The Culture Struggle » : des réflexions sur l’impérialisme culturel, le racisme, l’oppression sexiste…La culture considérée comme une composante du pouvoir politique, aux Etats Unis et ailleurs.

Parmi ses articles, disponibles sur son site : « The stolen presidential election », « Good things happening in Venezuela », “Friendly feudalism : the Tibetan myth », « « The demonization of Slobodan Milosevic » etc.