USA: les élections se sont muées en un référendum sur l’Irak

Ce que le monde entier espérait en 2004 s’est quand même produit le 7 novembre 2006. Les électeurs américains ont sanctionné le président Bush.

Pour la première fois en douze ans, les Démocrates ont reconquis la majorité à la Chambre des représentants du Congrès américain. Au Sénat aussi, ils ont obtenu de justesse la majorité. Pourtant, le Parti démocrate ne doit pas crier trop fort victoire. Bill Scheider, analyste politique de CNN, a déclaré que les électeurs ne connaissaient même pas les noms des Démocrates pour qui ils ont voté. « Je vais voter Démocrate car je suis contre Bush, je suis contre cette guerre. Je veux le faire voir clairement1 », ont déclaré certains électeurs.

Un sixième des personnes qui avaient élu Bush président en 2004 lui ont tourné le dos. Le Washington Times remarque : « Au sein de la base républicaine aussi, il y a une déception manifeste à propos des occasions manquées, de l’énorme déficit budgetaire, des attaques contre les libertés civiques, de l’échec des mesures sociales et de la guerre. En essence, il s’agissait d’un référendum contre la guerre et contre le président2. »

Aussi le bilan de cette guerre n’a-t-il jamais été plus clair. Quelques semaines avant les élections, Bush avait même fait la comparaison avec le Vietnam, même s’il ne voulait pas encore admettre que la guerre en Irak courait droit à la défaite3. 2 845 militaires américains ont déjà perdu la vie, plus de 21 000 ont été blessés, outre les 655.000 morts du côté des Irakiens4. De plus, la guerre en Irak a coûté jusqu’à présent 273 milliards d’euros. C’est-à-dire, chaque jour, 213 millions d’euros : l’équivalent d’un millier de nouvelles maisons. Cela, dans un pays où le nombre de sans-logis ne cesse de s’accroître et où des millions de personnes vivent dans la pauvreté.

1. www.informationclearinghouse.info • 2. Washington Times, 11/8/2006 • 3. ABC-news, 25/10 • 4. www.Lancet.com

La classe politique divisée

Dans les deux parlements américains, les Démocrates ont conquis la majorité. Qu’est-ce que cela signifie pour l’occupation de l’Irak ?

La politique américaine de guerre de Bush se trouve dans une impasse. Même chez les Républicains, beaucoup s’en prennent vertement à Bush. « Quelqu’un doit quand même expliquer clairement les choses au tyran de la Maison-Blanche : encore une gaffe et il est déposé, condamné et transféré au Tribunal de la guerre à La Haye », déclare Paul Craig Roberts, qui a été ministre des Finances sous le président républicain Reagan, dans les années 80, et n’a donc rien d’un homme de gauche.

Cela montre la division au sein de la classe politique américaine à propos de la politique à suivre en Irak. Chez les Démocrates aussi, c’est le désaccord. Howard Dean et Hilary Clinton ont déclaré ouvertement qu’ils n’insisteraient pas en faveur d’un retrait de l’Irak. John Kerry a même parlé d’un accroissement des effectifs, alors que, la semaine dernière, la dirigeante du groupe démocrate, Nancy Pelosi, faisait savoir que les Américains devaient se retirer en toute hâte de l’Irak.

Maintenant qu’une colonisation ouverte ne s’avère plus possible, le « plan B » rallie en tout cas des partisans : une politique du « diviser pour régner » qui plongera le pays dans l’instabilité pour très longtemps. De la sorte, les USA espèrent pouvoir conserver en (grande) partie leur contrôle sur la région – et son pétrole. « L’Irak se scindera en trois parties, soutient Roberts : dans le nord, les Kurdes peuvent s’unir aux Kurdes turcs. Dans le sud, les chiites peuvent opter pour un même régime islamique qu’en Iran. Sans pétrole, les sunnites se retrouveront isolés au centre. »

Quoi qu’il en soit, pour le mouvement antiguerre aux USA et en Europe, la défaite électorale de Bush constitue une invitation à renforcer la mobilisation. Jusqu’à ce que les troupes étrangères se retirent et laissent enfin l’Irak aux Irakiens.