USA "prêts à négocier avec l'Iran" ? Les médias feignent d'y croire.

Les U.S.A. Prêts à négocier, sous conditions, et une fois de plus, les médias font mine d'y croire

10 juin 2006.

U.S. Willing to Talk, VF

Certains articles méritent d'être relus, tant un décalage de quelques semaines (parfois de plusieurs années) peut mettre en évidence la pertinence de leur propos. Lorsque Edward Herman m'a envoyé ce texte, j'étais sur un chantier et je n'avais ni temps de le traduire, ni même celui de le lire. Si ce texte n'évoque à aucun moment l'agression illégale du Liban par Israël et les bombardements massifs qui depuis plusieurs semaines anéantissent une à une toutes les infrastructures et les petites et moyennes agglomérations du Sud du pays, au prétexte que “Israël a le droit de se défendre”, c'est simplement que cette attaque était inimaginable au moment de sa rédaction. Pour autant, cette agression s'inscrit pleinement (tout comme le retrait forcé des troupes syriennes qui empêchaient qu'elle se produise et l'ultimatum des Nations Unies décrété le premier août 2006, laissant une semaine à l'Iran pour renoncer à ses activités d'enrichissement) dans le continuum de provocations qui depuis plusieurs années visent à polariser les populations du Proche Orient les unes contre les autres et à les amener à prendre les armes, afin de justifier un élargissement du conflit Irakien où les puissances nucléaires seraient assurées d'avoir le dernier mot et de décupler les bénéfices réalisés suite à l'invasion de l'Iraq, sur la base des mêmes méthodes (cf. Notes sur l’évolution de la contre-révolution, Edward S Herman juin 2006 http://www.investigaction.net/articles.php?dateaccess=2006-07-26%2007:02:13&log=invites ).

Dans l'Amérique Latine des années 70-80, lorsqu'une jeune fille portait plainte pour avoir été violée par les forces de l'ordre, il n'était pas rare qu'elle soit jugée coupable d'avoir tenté de fuir et de s'être défendue, au prétexte que si elle ne s'était pas défendue il ne se serait pas agit d'un viol. Lors qu'un Etat viole ouvertement le Droit international et commet le “crime suprême” d'écraser un autre pays sous les bombes, fort de l'assurance que lui donne son arsenal nucléaire et le droit de veto ou l'omnipotence de son principal allié contre toute mesure de rétorsion, estimer qu'il est seulement “en droit de se défendre” revient sensiblement au même degré d'intégrité. Peut-on imaginer qu’en droit pénal certains criminels – parce qu’ils disposent d’un armement considérable et comptent parmi les plus gros vendeurs d’armes – disposent (directement ou non et avec le soutien des médias, de la cour et des jurés eux-mêmes) d’un droit de veto sur toute décision de justice le concernant ? Pourtant, nous en sommes là – et de longue date – et ça nous semble presque naturel.

De fait, malgré le retard, je pense que ça valait le coup de traduire ce texte.

Traduit de l'anglais par Dominique Arias [les précisions entre crochets de même que l'introduction ci-dessus sont du traducteur et n'engagent que lui] Version originale accessible sur : http://www.zmag.org/Sustainers/Content/2006-06/10herman.cfm

Les médias dominants savent faire preuve d'une candeur à toute épreuve dès qu'il s'agit de diaboliser une menace extérieure. Ils se laissent alors docilement amener à remplacer information par propagande. Dans le cas de l’aberrante menace guatémaltèque contre la sécurité nationale, en 1953-54, l’édieur du New York Times se laissa semble-t-il convaincre par un agent de la United Fruit [l’une des principales compagnies fruitières américaines] d’envoyer au Guatemala un reporter qui « rédigea loyalement une série d’articles alarmants au sujet des ‘Rouges’ dans le pays » (Kinzer and Schlesinger, Bitter Fruit, [fruit amer]) Commentaire sardonique d’un autre porte-parole de la United Fruit sur la candeur dont les médias avaient su faire preuve à l’époque : « On peut difficilement parler de manipulation de la presse quand la victime se prête au jeu avec autant de zèle. »

Au vu du zèle – ou de la loyauté – régulièrement déployé depuis pour soutenir la ligne du parti concernant les cibles favorites du gouvernement, les médias n’ont toujours pas tiré les leçons de leurs flagrants délits passés. Les forces qui sous-tendent l’évident parti pris de leurs bulletins d’informations et autres éditos sont telles, qu’à peine démasqués ils embrayent comme si de rien n’était sur la prochaine campagne de propagande. Entre les années 50 et 80, on prétendit dénoncer toute une série de soit disant « déséquilibres » par rapport au nombre de missiles et « d’avancées » soviétiques. Tous aussi faux les uns que les autres, ils furent chaque fois éventés suffisamment tard pour que leur mise au jour n’interfère pas sur les augmentations d’armement décrétées pour y répondre. Aucun de ces flagrants délits de désinformation n’empêcha jamais les médias de rejouer à l’identique la campagne suivante. Plus récemment – et jusqu’aujourd’hui – les médias ont ostensiblement emboîté le pas sur le thème de la « menace iranienne », quelques mois à peine après s’être excusés du bout des lèvres pour avoir massivement relayé la désinformation concernant la menace des armes de destruction massive irakiennes. Manifestement, ce qui pousse les médias à soutenir les opérations de propagande des plus bellicistes dépasse largement leur capacité à tirer les leçons de ce qu’on leur reproche.

Les Offres de Paix Bidon de la Guerre du Vietnam

La récente proposition U.S. d’entrer, sous conditions, en pourparlers directs avec les autorités iraniennes nous ramène quarante ans en arrière lorsque, face au même type de « propositions sous conditions », nos médias déployèrent au service de la propagande de guerre un zèle effroyablement efficace, pour un coût matériel et humain particulièrement épouvantable. Le bombardement U.S. du Viêt-nam, qui débuta en février 1965, souleva un concert international de protestations et de résistances. Dès avril 1965, l’administration Johnson inaugura donc une série de propositions de « pourparlers » et de « pauses » dans les bombardements, au cours desquelles elle prétendit attendre du Nord Viêt-nam une réponse ouvrant sur de réelles perspectives de paix. Il était patent à l’époque – et de nombreux documents l’ont solidement établi depuis – que ces pauses ne visaient en réalité qu’à ménager l’opinion, et qu’à moins que le Nord Viêt-nam n’accepte d’abdiquer et de se plier totalement aux injonctions des Etats-Unis, il ne serait mis un terme ni aux bombardements ni à la guerre. Ces conditions non officielles furent d’ailleurs secrètement communiquées aux Nord-Vietnamiens.

Aux Etats-Unis, les médias dominants refusèrent purement et simplement de reconnaître l’existence des objectifs officieux de l’administration Johnson et le caractère purement formel de ses propositions de paix bidon. Ils prirent les prétendues offres « pourparlers pleinement ouverts » de Johnson pour argent comptant, comme en témoigne la déclaration de John Reston dans le New York Times, après une relative baisse des bombardements : « La question de la paix dépend à présent, non de Washington mais de Hanoi… » Crédibiliser un tel stratagème et en reporter l’inévitable échec sur les Nord-vietnamiens était foncièrement malhonnête mais faisait totalement le jeu des fauteurs de guerre en favorisant, en réponse à chaque refus de « négocier » (d’abdiquer) Nord-vietnamien, une escalade des violences [on reconnaît le schéma, c’est le même]. (Cette imposture fut exposée en détail à l’époque dans America’s Vietnam Policy: The Strategy of Deception [Public Affairs: 1966] de Edward S. Herman et Richard DuBoff, et dans The Politics of Escalation [Fawcett: 1966] de Franz Schurmann et al.).

L’Offre de Paix Bidon de Bush à l’Iran

L’actuelle offre de pourparlers directs de l’administration Bush à l’Iran est véritablement du même ordre. L’administration Bush a dores et déjà reconnu ouvertement que son objectif était un « changement de régime » en Iran et a enchaîné dans ce but agressions et provocations, comme par exemple le financement de mouvements dissidents à l’intérieur même de l’Iran, le soutien à des attaques armées lancées depuis l’Iraq par des groupes terroristes d’Iraniens expatriés, l’envoi de drones espions dans l’espace aérien iranien pour la collecte de données sur les cibles potentielles en Iran, ou les menaces d’agression ouvertement formulées. Les Etats-Unis ont fait échouer les tentatives d’accord négocié de l’Union Européenne en refusant d’offrir à l’Iran des garanties de sécurité dans le cadre d’un tel accord, ce qui n’aurait pas de sens si l’objectif américain était réellement d’empêcher l’Iran de produire son propre armement nucléaire. Pourtant, de même qu’ils avaient refusé d’évoquer la capitulation exigée par Johnson, les médias refusent-ils aujourd’hui de tenir compte dans leur interprétation de la nouvelle offre américaine, de l’objectif de renversement du régime iranien, formulé on ne peut plus clairement.

Etant donné cet objectif et les nombreuses critiques dont les Etats-Unis ont fait l’objet du fait de leur constant refus de négocier avec l’Iran, il est plus que probable que ces propositions de paix purement formelles s’avèreront aussi inacceptables que celles de Johnson, laissant toutefois à des médias dévoués et à la « communauté internationale » un os à ronger devant l’opinion. S’ils veulent bien se montrer suffisamment candides, ils ne manqueront pas de féliciter l’administration Bush pour cette preuve d’ouverture tant attendue et blâmeront l’Iran pour son rejet d’une offre qui n’avait cependant d’autre objet que d’être rejetée.

L’administration Bush n’est prête à « négocier » qu’une fois que l’Iran aura mis un terme à ses activités nucléaires, ce dont devront attester d’intensives inspections. Mais pourquoi imposer des conditions comme préalable aux négociations ? Pourquoi ne pas négocier directement ? Les conditions requises par l’administration Bush n’ouvrent-elles pas en réalité la porte à une demande accrue pour davantage d’inspections, constamment renouvelées et toujours plus intrusives – comme celles qui, en Iraq ne suffisaient jamais à l’entourage de Bush – et permettant précisément de repousser indéfiniment les négociations ? Pourquoi l’Iran devrait-il accepter que des concessions substantielles lui soient imposées comme préalable aux négociations, lorsque les U.S.A. de leur côté n’en font aucune ? Condolezza Rice avait exigé la suspension des activités nucléaires Iraniennes au prétexte que l’administration ne veut pas négocier avec « un revolver sur la tempe », mais comme le souligne Selig Harrison, « du coup, c’est elle qui leur met le revolver sur la tempe en déclarant que ‘toutes les options sont sur la table.’ » ("It is time to put security issues on the table with Iran," Financial Times, 18 janvier 2006, tel qu’expédié au site Web du Center for International Policy).

Un bon système de propagande se gardera bien de poser ce genre de questions ou d’estimer que la nouvelle « offre » n’est qu’une position de façade qui ne vise qu’à satisfaire l’opinion et à être en définitive rejetée. Au contraire, il en tiendra Bush et Rice pour de fins diplomates, leur attribuant une « rare victoire » ouvrant la voie à l’application de « l’unique résolution qui mérite qu’on s’y attarde – l’interdiction vérifiable faite à l’Iran de développer la capacité de fabriquer des armes nucléaires » (“What Counts on Iran,” New York Times, 3 juin 2006). Si l’Iran rejette cette proposition bidon, « dédaigne cette offre conciliante, Washington remettra inévitablement les sanctions à l’ordre du jour international. » C’est bien la même clique d’éditeurs qui soutenaient les purs mensonges et le système d’inspections qui ouvraient grand la porte à l’invasion/occupation militaire de l’Iraq, et ces éditeurs marchent ici scrupuleusement dans les pas de leurs prédécesseurs qui, au début de la guerre du Vietnam, prétendaient que l’offre de façade présentée au public était parfaitement sincère, jetant obligeamment l’opprobre sur le pays cible qui osait refuser d’abdiquer. Et ils remettent ça !

Voici une brève liste de faits et de considérations que notre système d’endoctrinement juge préférable d’éluder ou d’occulter pour mieux porter au pinacle la dernière offre bidon de « pourparlers sous conditions » :

? Premièrement, les propagandistes doivent passer à la trappe l’ordre du jour réel [de Washington] et prétendre que la prétendue terrible menace atomique iranienne est véritablement le fond du problème – exactement comme ils avaient placé les déclarations de Bush sur les Armes de Destruction Massive irakiennes et la menace directe qu’elles représentaient pour la Sécurité Nationale U.S. au-dessus de tout autre motif possible pour, une fois le subterfuge éventé, reconnaître gentiment que l’objectif réel était en fait la « libération de l’Iraq. »

? Deuxièmement, ils doivent occulter le fait que leur gouvernement est dores et déjà engagé dans une guerre d’agression, et peaufine les préparatifs pour une intensification du conflit contre sa prétendument menaçante prochaine cible (cf. Par Edward S. Herman et David Peterson, La 4ème agression a commencé http://www.investigaction.net/articles.php?dateaccess=2006-05-22%2006:40:50&log=invites ). Ils avaient fait de même avec l’Iraq alors que les 12 mois de bombardements – en violation de la Charte des Nations Unies – qui avait précédé l’invasion étaient littéralement passés sous silence sans aucune condamnation dans les médias [les bombardements U.S./U.K. sur l’Iraq furent en fait quasi quotidiens pendant les 10 ans d’Embargo mais furent considérablement intensifiés dès le début des préparatifs de l’attaque] L’idée que le droit International ne s’applique pas à nos pays mais seulement aux autres est une règle absolue dans les médias dominants – il a été démontré par exemple que jamais un seul éditorial du New York Times concernant l’invasion/occupation de l’Iraq ne faisait mention du Droit international ou de la Charte des Nations Unies. (Howard Friel and Richard Falk, The Record of the Paper: How the New York Times Misreports US Foreign Policy, London: Verso, 2004).

? Troisièmement, compte tenu des attaques de basse intensité dores et déjà menées en Iran et de la menace réelle d’une agression de bien plus grande envergure, il est indispensable que les médias dénient systématiquement au pays cible tout droit à l’autodéfense. On prend très au sérieux les prétendues menaces contre la sécurité des Etats-Unis, mais pour ce qui est des authentiques menaces adressées par les Etats-Unis à l’Iran, où est le problème ? Les médias se gardent bien de citer l’historien israélien Martin van Creveld qui, constatant ce que les Américains venaient de faire, en 2003, à un Iraq dépourvu d’armement de dissuasion [et de tout autre réel moyen de défense], écrivait « Si les Iraniens n’avaient pas essayé de produire des armes nucléaires, ils seraient fous. » ("Sharon on the warpath: Is Israel planning to attack Iran?" International Herald Tribune, August 21, 2004).

? Quatrièmement, pour crédibiliser la menace et dénier au pays cible tout droit à l’autodéfense, les médias se doivent, en toile de fond, de le diaboliser systématiquement. [Commentaire type du journal de 20 H : « Les frappes israéliennes contre milices terroristes du Hezbollah, soutenues par l’Iran et la Syrie, détruisent progressivement toutes les infrastructures et les villages du Sud Liban, faisant de nombreuses victimes parmi les populations civiles. Prises en otage et incapables de fuir par les routes souvent coupées où elles sont prises pour cible, celles-ci sont utilisées comme boucliers humains par les terroristes. Les responsables de Tsahal demandent, comme prérogative à l’arrêt des bombardements, le désarmement de ces milices dont les roquettes Katiouchas, de fabrication iranienne, continuent de s’abattre sur Israël.»] Au bon vieux temps de la Guerre Froide, on pouvait faire d’une victime aussi dérisoire que le Guatemala « l’outil d’une agression soviétique » et plus récemment, on pouvait dénoncer Saddam Hussein comme un sanglant dictateur (en passant tranquillement sous silence que ses pires exactions furent commises dans les années 80, avec le soutien et la protection des Etats-Unis [de la France et du Royaume Uni]. Aujourd’hui, c’est au tour de l’Iran d’être accusé d’être le principal soutien du terrorisme, d’être dirigé par des technocrates fanatiques qui menacent de « rayer Israël de la carte. »

Pourtant l’Iran n’a jamais agressé aucun des pays qui l’entourent, comme le font régulièrement [et en ce moment même] les Etats-Unis et Israël, en totale violation de la Charte des Nations Unies [et du Droit International]. De même l’Iran est un véritable enfant de cœur à côté de ces deux pays en matière de soutien au terrorisme, qu’il s’agisse d’Etats terroristes [bien peu de dictatures présentes ou passées y font exception], d’armées terroristes [contras, talibans, UCK, « rébellion » tchétchène (Michel Collon, La Guerre Globale A Commencé, nov. 2001), milices colombiennes, etc.] de leaders [Ben Laden, Al Zarqawi, etc.] ou de groupuscules (1). De plus, outre que les Etats-Unis, à l’instar d’Israël, ne sont pas moins largement influencés par des théocrates et des fondamentalistes, la menace de « rayer Israël de la carte » repose sur une traduction biaisée (2). De toute façon l’Iran, en aurait-il l’intention, n’est nullement en mesure de rayer Israël de la carte en ne le serait pas davantage fut-il doté d’une poignée d’ogives nucléaires – tandis qu’Israël et à fortiori les U.S.A. ont parfaitement les moyens de rayer l’Iran de la carte. Mais pour notre appareil de propagande, avoir à répondre (fut-ce preuves à l’appui) de l’accusation de diabolisation délibérée ou de reporter nos propres tors sur autrui est absolument inadmissible.

? Cinquièmement, les médias doivent impérativement éluder le fait que les U.S.A. ont abusé du système d’inspections et de l’ONU lors des préparatifs d’invasion de l’Iraq, les utilisant froidement comme couverture pour une agression préméditée [qui violait la Charte même de l’ONU], les accusant même – pour n’avoir pas su contribuer aux préparatifs de l’agression – de n’avoir ni la compétence ni la pertinence requise pour s’interposer. Les médias contribuèrent d’ailleurs pleinement à cette manœuvre de dénigrement (archétype de cette représentation des inspections et de l’ONU, l’article de Martin Indyk et Kenneth Pollack, paru le 27 janvier 2003 dans le New York Times sous le titre “How the United States Can Avoid the Inspections Trap” [Comment les Etats-Unis Peuvent Eviter le Piège des Inspections]). Rappeler le détail d’une imposture aussi récente exigerait que l’on s’interroge sur la manière dont les U.S.A. utilisent actuellement de l’AIEA, mais aussi sur le risque de les voir acculer l’Iran à la même impossibilité de prouver son innocence. Des médias patriotiques se garderont bien de le faire [quant à savoir pourquoi les médias français emboîtent le pas, c’est encore une autre question. Quel patriotisme ?].

? Sixièmement, les médias se doivent d’occulter impérativement le fait que les U.S.A. se trouvent actuellement en totale violation du TNP [Traité de Non Prolifération]. En le signant, ils prêtèrent en effet serment d’œuvrer à l’élimination des armes nucléaires [et à ne pas tirer parti de leur position de puissance nucléaire pour menacer ou agresser des Etats non nucléarisés]. Or non seulement ils violent cette obligation, mais ils n’ont de cesse de mettre au point de nouvelles armes atomiques plus « praticables. » Bien que les Etats-Unis soient à ce jour les seuls à avoir jamais utilisé de telles armes – et contre des populations civiles qui plus est – qu’ils menacent actuellement d’y avoir recours, et qu’ils soient le seul pays au monde à pouvoir effectivement y recourir sans craindre d’être mortellement frappé en retour, le plus élémentaire bon sens nous dit qu’il n’y a pas d’autre véritable menace nucléaire planétaire – une menace aussi totale et à la fois directe et indirecte, que celle de l’arsenal nucléaire des U.S.A. et de leur attitude actuelle, impose littéralement à tout autre pays de se doter aussi d’armes de dissuasion (ou d’une capacité de défense).

Le rapport Weapons of Terror, de la commission de l’ONU présidée par Hans Blix, qui supervisait les inspections d’armements en Iraq, à l’époque où les U.S.A. lancèrent leur attaque, en 2003, est d’autant plus pertinent concernant l’Iran que les contraintes imposées par le climat de « crise » créé de toute pièce par les U.S.A. y sont très sévèrement critiquées. Les médias l’ont prestement passé à la trappe. Hormis une brève apparition dans le Point Presse de NBC-TV, dont l’animateur Tim Russert pressa Blix de rendre des comptes sur les distances qu’il s’était permis de prendre par rapport à ce qu’on attendait de lui, avec des questions telles que : « Pourquoi accuser les Américains ? » (4 juin), le rapport Blix a été littéralement occulté dans les médias américains, et plus encore dans les médias britanniques (3) [en France, à l’époque et depuis, peu ou pas d’allusions]. Et c’est d’autant plus frappant que le rapport lui-même souligne avec insistance que la « principale barrière » dans tout ce qui a trait aux d’Armes de Destruction Massives (ADM) est « politique », textuellement : « développer et maintenir un climat régional et global de relations pacifiques. Promouvoir la paix est le moyen le plus élémentaire d’éviter aussi bien l’acquisition que la rétention d’ADM (de même que de n’importe quelles armes) » (pp. 43-44). Parmi les 60 recommandations [de ce rapport], les plus insistantes visent principalement les plus délétères qui soient, à savoir les armes nucléaires – un monde libre d’armement nucléaire (cf. Annexe 1, pp 188-198). Vers la fin, le rapport de la commission plaide pour une option politique après l’autre afin de parer à tout ce qui risquerait d’inciter les pays non nucléarisés à acquérir de telles armes, et notamment la résolution adoptée en 1995, qui appelait à la création d’une zone dénucléarisée au Proche Orient. Mais les Etats-Unis et Israël rejettent de telles options. Tout bon système de propagande passerait le rapport à la trappe, et nous avons aux Etats-Unis un excellent système de propagande [sur lequel force est de constater que l’ensemble des médias occidentaux reste parfaitement aligné… et pour cause !]

Notes :

1. Cf. Noam Chomsky, Pirates and Emperors, Old and New: International terrorism in the Real World (Boston: South End Press, 2002) [version française : Pirates et Empereurs, Fayard 2003]; William Blum, Rogue State (Monroe, Me.: Common Courage Press, 2005); Edward Herman, “Antiterrorism as a Cover for Terrorism”: http://www.zmag.org/sustainers/content/2001-105herman.cfm

2. Cf. "Does Iran's President Want Israel Wiped Off the Map?" Anneliese Fikentscher et Andreas Neumann (Trans. Erik Appleby, Information Clearinghouse, April 20, 2006); Jonathan Steele, “If Iran is ready to talk, the US must do so unconditionally,” The Guardian, 2 juin 2006; David Peterson, "'Weapons of Terror'," ZNet, 2 juin 2006.

3. Pour ce qui concerne les plus grands titres de la presse écrite américaine, le rapport de la commission Blix n’a été évoqué que dans le New York Times (article de Warren Hoge, du 2 juin), le New York Sun (article de Benny Avni, du 2 juin), le Philadelphia Inquirer (une tribune libre parue sous la signature de Blix, 4 juin), le Christian Science Monitor (article de Peter Grier, du 5 juin) et dans le Washington Times (article de John Zarocostas, du 5 juin). Pour ce qui est des plus grands titres de la presse britannique, un seul reportage a paru dans The Guardian (article de David Batty, du 2 juin) ! [pour ce qui est de la presse française, à vous de faire la recherche…]