UE : les gens n'ont rien compris, on ne demandera plus leur avis

Traité européen : fuite en avant et déficit démocratique

Un nouveau traité européen est en phase de finalisation et pourrait être adopté dès la mi-octobre, lors de la conférence intergouvernementale de Lisbonne. Chat échaudé craint l’eau froide : après l’échec de la ratification du Traité constitutionnel, on travaille portes fermées.

L’ouverture toute relative initiée par la Convention n’ayant pas débouché sur une ratification globale du traité constitutionnel, on en revient à des négociations plus secrètes et on accélère le processus. Le nouveau document est illisible. Selon plusieurs analystes, au-delà des changements de forme, ce qui est sorti par la porte rentre aujourd’hui par la fenêtre : l’essentiel du contenu du Traité Constitutionnel se retrouve dans ce nouveau traité.

Face à ce constat, quelle place pour une analyse critique de ce document ? Comment ne pas être simplement rangé, fût-ce comme allié objectif, du côté des nationalistes europhobes ou des radicaux de tous poils ? La récente sortie de Karel De Gucht fait ici figure d’exception.

La « consultation » devenant plus étroite encore, les nuances que des amendements permettraient d’apporter en sont réduites à un « oui » ou un « non »… à une question qui ne nous sera pas posée.

Selon les dires d’une bonne part des politiques qui y souscrivent, ce document est un moindre mal. Il est pourtant déjà moins bon que la Constitution à laquelle ils nous avaient pourtant bien dit de souscrire. Il est vrai qu’il aurait peut-être été inconfortable pour les tenants du « oui » au Traité Constitutionnel de reconnaître que les « non » français et néerlandais auraient pu avoir pour conséquence l’adoption d’un meilleur texte. Mais ce document est meilleur que celui qui viendra ensuite si celui-ci ne passe pas la rampe, poursuivent-ils, les égoïsmes nationaux reprenant de la vigueur. Il faut sauver l’Europe et l’heure n’est plus au débat mais à la fuite en avant.

Certains vont plus loin et tirent ouvertement d’autres conclusions : ces matières sont résolument trop complexes pour les livrer au débat public. Il n’est donc pas opportun de demander son avis au citoyen lambda qui, de toute façon n’y comprendra rien ou répondra à une autre question pour manifester sa désapprobation face à ses représentants politiques nationaux. En Belgique, la Constitution vient alors à leur rescousse : elle ne permet pas de référendum.

Un « non » éclairé et étayé ne semble pas envisageable : les « non » exprimés sont la preuve que les gens n’ont rien compris (à leurs propres intérêts) et donc, on ne leur demandera plus leur avis… pour leur bien. CQFD. Voilà qui risque bien de ne pas aider à réconcilier le citoyen avec la dynamique européenne !

Mais si l’on prenait le problème par l’autre bout : le devoir de pédagogie politique. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Si la volonté y est, ne serait-il pas possible d’exprimer de façon compréhensible les enjeux concrets enfouis sous la couche de technicité ? N’est-ce pas là un des devoirs de nos représentants politiques ? Quelle est la part de cette complexité qui est réellement indépassable et quelle est celle qui sert, consciemment ou non, à confisquer le débat au profit des seuls experts ? Mais ce travail pédagogique, s’il est mené de façon contradictoire, implique le risque que les citoyens refusent ce qui leur est proposé par leurs représentants…

Et en amont, ne faudrait-il pas offrir aux jeunes une formation politique et citoyenne? Sur ce point, un consensus politique semble poindre et les mouvements sociaux qui portent cette revendication depuis des années ne peuvent que s’en réjouir. Si cette formation s’avère réellement contradictoire et critique et qu’elle est accompagnée d’un exercice concret de la citoyenneté, il s’agirait d’un pas important vers une réelle participation des citoyens à la vie politique. Afin que la démocratie participative soit plus qu’un gadget de communication politique ou une thérapie de groupe…