Témoignage d'un habitant de New Orleans

Malik Rahim est un vétéran du parti des Panthères noires de la Nouvelle-Orléans, qui a pendant des décennies organisé là et à San Franciscodes locataires de logements sociaux. Il a été récemment candidat du Parti Vertaux élections muncipales à la Nouvelle-Orléans. Il vit dans le quartier d’Algiers (Alger), épargné par Katrina. Ils n'ont pas d'électricité, mais l'eau est encore potable et le téléphone marche. Il dit que leur quartier pourrait abriter et nourrir au moins 40 000 réfugiés, mais ils ne sont pas autorisés à aider qui que soit. Ce qu'il décrit n'est ni plus ni moins qu'un génocide du peuple noir et des pauvres.

New Orleans, 1 septembre 2005. Ce sont des criminels. A les entendre, les gens piègés dans N O ne sont rien que des pillards. On nous dit que nous devrions être plus coopératifs avec nos voisins. Mais personne ne parle de coppérer avec les gens qui ont eu les moyens de partir? Ils sont partis.

En Amérique , si vous n'avez pas d'argent , vous être livré à vous-même. Ils ont dit aux gens d'aller au Superdome, mais ils n'ont pas de nourriture, pas d'eau. Et avant de pouvoir entrer, les gens ont du faire la queue pendant 4, 5 heures sous la pluie parce qu'ils fouillaient les gens un par un à l'entrée.

Je peux comprendre le chaos qui a suivi le tsunami, parce qu'ils n'étaient pas prévenus, mais ici il y a eu une foule d'avertissements. Dans les trois jours avant l'arrivée de l'ouragan, nous savions qu'il arrivait et tout le monde aurait pu être évacué.

Nous avons des Amtrak qui auraient pu évacuer tout le monde. Il y avait assez de bus scolaires qui pouvaient évacuer 20 000 personnes à l'aise, mais ils les ont abandonnés aux flots. Mon fils a vu 40 bus immergés – ils ne lesont même pas déplacés, de peur qu'on les vole.

Les gens qui ont pu partir étaient si anxieux qu'on vole leurs affaires qu'ils les ont laissées tout simplement disparaître sous l’eau. Ils auraient pu laisser leur seconde voiture supplémentaire à une famille sans véhicule, mais au lieu de cela ils l’ont abandonnée à la destruction.

Il y a des bandes de vigiles blancs dans les parages circulant à bord de pick-ups, tous armés, et chaque jeune Noir qu'ils soupçonnent ne pas être du quartier, ils tirent sur lui. Je leur dis :" Arrêtez! vous êtes en train de déclencher une émeute !"

Quand vous voyez tous les pauvres gens qui ne savent où aller, se sentant seuls et sans secours et en colère, je dis c'est une conséquence de HOPE VI [programme de logement social]. New Orleans a pris tout l'argent qu'elle a pu du HUD [Département du logement et du développement urbain] pour liquider les logements bon marché, et les familles et les voisins qui s'aidaient mutuellement depuis des générations se sont retrouvés déracinés et transplantés ailleurs.

La plupart des gens qui vivent cela maintenant ont déjà perdu le contact avec la seule communauté qu'ils avaient toujours connue. Leur communauté était déchirée et ils étaient dispersés. Ils avaient déjà perdu leurs vraies maisons, la seule place où ils connaissaient tout le monde, et maintenant là où ils avaient vécu, c'est détruit.

Mais tout le monde s'en fout. Ce sont juste des pillards sans foi ni loi….dangereux. L'ouragan a frappé à la fin du mois, le moment où les pauvres sont le plus vulnérables. Lesbons d’alimentation ne procurent à manger que pour à peu près trois semaines par mois, et à la fin du mois tout le monde est à court. Maintenant ils n'ont pas la possibilité d'obtenir leurs timbres de subsistance ou quelque argent, de telle sorte qu'ils n'ont juste qu'à prendre ce qu'ils peuvent pour survivre.

Beaucoup de gens tombent malade et sont très faibles. L'eau toxique dans laquelle ils marchent, transforme leurs petites écorchures et petits bleus en blessures sérieuses.

Les gens dont les maisons et les familles n’ont pas été détruites sont allés immédiatement en ville pour récupérer des survivants, mais les forces de sécurité leur ont dit qu'ils n'avaient pas besoin d'eux.

Chaque fois que d'innombrables volontaires essaient d'aider, ils sont refoulés.

De toute manière, les seuls secours qui ont été apportés l'ont été par des volontaires.

Mon fils et sa famille-sa femme et ses enfants,âgés de 1, 5 et 8 ans – ont été emportés par les flots quand la digue a cédé. Ils durent nager jusqu'à ce qu'ils trouvent un immeuble abandonné avec deux pièces au-dessus du niveau des eaux.

Ils sont restés à 21 personnes dans ces deux pièces pendant un jour et demi. Un homme en bateau qui dit tout simplement : "Je vais aider les abandonnés'" les a emmenés à l'autoroute I-10 et les a laissés là.

Ils sont restés assis sur la route environ trois heures, parce que on leur avait dit qu'ils seraient secourus et emmenés au Superdome. Finalement ils eurent à marcher sur une douzaine de kilomètres.

Quand ils arrivèrent au Superdome, mon fils ne fut pas autorisé à entrer -je ne sais pas pourquoi-, de telle sorte que sa femme et ses enfants n'entrèrent pas. Ils continuèrent à marcher et ils rencontrèrent une personne de leur connaissance avec une camionette , qui la leur a donnée.

À leur arrivée ici, ils n'avaient pas d'essence, de telle sorte que j’ai du percer un trou dans mon réservoir d'essence pour leur en donner un peu et maintenant je suis piègé : je circule à vélo.

Les gens de Placquemine Parish ont été secourus par un ferry et débarqués sur un quai près d'ici. Tout le jour ils sont restés assis sur le quai en plein soleil sans nourriture, sans eau. Beaucoup étaient hébétés, ils avaient tout perdu.

Ils étaient tous assis là entourés par des gardes armés. Nous demandions aux gardes si nous pouvions leur porter eau et nourriture. Ma mère et toutes les autres femmes de la paroisse leur faisaient la cuisine, et nous avions de l'eau potable en quantité.

Mais les gardes ont dit :" Non si vous n'avez pas assez d'eau et de nourriture pour tout le monde, vous ne pouvez rien donner." En fin de compte les gens furent entassés dans des cars scolaires d'autres paroisses

Vous connaissez Robert King Wilkerson (le seul parmi trois prisonniers politiques d’Angola à avoir été remis en liberté*). Il est retourné à N O travaillant dur, organisant, aidant les gens. Maintenant personne ne sait où il est. Sa maison a été détruite. Le connaissant, je pense qu'il est ailleurs en train de sauver des vies, mais je suis inquiet.

Les gens qui pourraient aider sont chassés. Les gens qui veulent rester, qui ont les moyens pour sauver des vies et reconstruire sont obligés d'aller à Houston.

Ce n'est pas comme si New Orleans avait été pris par surprise. Cela aurait pu être évité.

Il y a des militaires à New Orleans, mais pendant trois jours ils ne furent pas mobilisés. Vous auriez cru qu'on était dans un pays du tiers monde. Je suis dans Algiers, banlieue de N O, la seule partie à ne pas être inondée. L'eau est bonne. Nos parcs et écoles, qui restent inutilisés, pourraient facilement héberger 40 000 personnes.

C'est criminel. Ces gens ne meurent qu'en raison du manque d'organisation

On a besoin de tout, mais nous sommes encore trop désorganisés. Je suis en train de demander aux gens d'aller recueillir des dons et de la nourriture seulement les garder quelques jours en attendant de trouver un moyen pour en faire bon usage.

Je suis en train de demander à mon parti, le Parti Vert, de venir ici et nous aider aussitôt que les choses seront un petit peu mieux organisées. Les Républicains et les Démocrates ne font rien pour prévenir cela ou planifier et ne semblent pas se soucier de ce que les gens meurent.

Le téléphone de Malik marche. Les appels d'amis et toute personne se renseignant ou ayant des idées pour sauver des vies seront bienvenus.

Pour le joindre, appeler Bay View au (415) 671-0789

Source originale : http://www.prisonactivist.org/angola/criminal.html. Traduction (revue par Quibla) par Jean Hoogstoel pour www.investigaction.net

NDLR Quibla

Angola : Surnommé “La ferme”, il s'agit du Pénitencier d’État de Louisiane, qui est la plus grande prison des USA et aussi la plus violente, appelée Angola parce qu’elle est située sur une ancienne plantation dont les esclaves provenaient principalement d’Angola. 85% des détenus qui y entrent y meurent. Les prisonniers travaillent très dur sur des champs de coton et de canne à sucre, comme au “bon vieux temps”. Les “3 d’Angola”, Albert Woodfox, Herman Wallace et Robert King Wilkerson, étaient des détenus membres du parti des Panthères noires maintenus à l’isolement pendant 25 ans, suite à un procès surréaliste où 2 d’entre eux furent accusés du meurtre d’un gardien. Wilkerson a enfin été libéré en 2000, au terme d’un nouveau procès tout aussi surréaliste. Woodfox et Wallace continuent leur combat acharné pour la liberté à l’intérieur d’Angola, véritable camp de concentration sudiste situé dans une région dominée par le Klu Klux Klan. Pour en savoir plus, consulter : http://www.prisonactivist.org