Sri Lanka: la défaite des Tigres, @@encore un revers pour l’empire

Un mois après la défaite, apparaît l’évidence que les puissances occidentales n’ont pas aimé que les séparatistes « Tigres Tamoul » soient vaincus par le gouvernement progressiste de Sri Lanka, ex Ceylan, île voisine de l’Inde célèbre pour son thé. L’issue a éloigné du contrôle occidental le couloir de l’Océan Indien par où circulent 70% du pétrole et dérivés de la planète.

Le Chili et le Mexique ont appuyé les puissances qui, avec une vaste propagande mondiale, ont prétendu sanctionner à l’ONU le gouvernement du pays pour de supposées violations des droits des déplacés par l’activité militaire des Tigres. Mais lors d’une votation cruciale du 27 mai, le Sri Lanka a triomphé au Conseil des Droits de l’Homme de l’organisation mondiale avec l’appui de 29 pays, parmi eux la Bolivie, le Brésil, Cuba, Nicaragua et Uruguay.

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En trois décennies de guerre, les Tigres Tamoul pour la libération du Eelam (LTTE en anglais) ont gouverné 25% des 65.000 km² du pays de 22 millions d’habitants. Avec artillerie, tanks, navires et avions ils contrôlent pistes, dépôts de combustibles, fabriques d’armement, centres administratifs, police et tribunaux. « En résumé, les 15.000 km² de territoire qui leur auraient été offerts à un moment …sont déjà totalement libres », proclamait le président Mahinda Rajapakse le 19 mai devant le parlement. « Quand j’ai gagné les élections présidentielles en 2005 – ajouta-t-il – au nord et à l’est il y avait des postes de police et des tribunaux des Tigres Tamoul : il leur manquait juste un parlement ».

On aurait tendance à sympathiser avec les guérilleros. Généralement se sont « les bons ». Mais dans le cas du Sri Lanka définitivement ce sont « les mauvais ». Le LTTE bénéficia de la propagande et de la désinformation de la grande presse, de la sympathie de la France, de l’Angleterre et des U.S.A qui voudrait là une base de la 7ème Flotte. Les U.S.A cherchent aussi une base de l’OTAN dans l’Océan Indien, leurs forces étant déjà dans le Golfe Persique.
Le Sri Lanka a une position clé car située dans l’un des principaux couloirs maritimes de l’Océan Indien, sur ses routes transitent 70% du total du trafic maritime mondial de produits pétroliers et la moitié du trafic de containers du monde.

Ceylan est devenue une République en 1972 (le 22 mai) et changea de nom reprenant l’ancienne dénomination de Sri Lanka.
Depuis son indépendance de l’Angleterre, en 1948, le Sri Lanka a eu des gouvernements pro-occidentaux de droite, le Parti National Uni (UNP), maintenant dans l’opposition. Ce parti a gouverné peu de temps après l’indépendance et jusqu’à 1956, et ensuite à nouveau entre 1977 et 1994.
« C’est pour ça que, en 1987,  l’Inde insista sur l’échange de lettres entre les deux chefs d’État dans lesquelles le Sri Lanka s’engage à ne pas permettre une présence militaire étrangère au Sri Lanka », affirma à Argenpress Tamara Kunanayakam, ambassadrice du Sri Lanka à Cuba.

Aujourd’hui le Sri Lanka se définit comme une république démocratique socialiste.

Le Sri Lanka a reconnu la révolution cubaine en juillet 1959, alors qu’il s’appelait Ceylan et qu’une coalition nationaliste de gauche gouvernait, conduite par le premier ministre S.W.R.D. Bandaranaike, cofondateur du Mouvement des Pays Non Alignés. Le 7 août 1959 Che Guevara arriva à la tête d’une mission spéciale.

L’ambassadrice Kunanayakam dit : « Le gouvernement est une alliance de centre gauche de divers partis, où le principal est le Social Démocrate du président [Rajapakse], et dans cette coalition on trouve aussi le parti Communiste, le Trotskiste et le Socialiste, ainsi que d’autres partis de gauche et nationalistes ».

Et elle souligne que la priorité « est de préserver notre souveraineté, indépendance et intégrité territoriale, ainsi que de replacer les 260.000 déplacés par le conflit. De même, la priorité du gouvernement est maintenant aussi la réhabilitation, la reconstruction de l’économie, des réservoirs d’arrosage et de l’infrastructure, renverser la perte de moyens de subsistance, la restauration des institutions démocratiques, les élections provinciales dans le nord et l’initiation d’un dialogue plus ample entre les peuples de toutes les communautés à la recherche d’une solution politique durable de la question nationale ».

Histoire progressiste

Le Sri Lanka octroya le droit de vote aux femmes en 1931, avant son indépendance. Aucun gouvernement n’a jamais accepté de bases étrangères, engagement consacré -en plus- dans un traité de 1987 avec l’Inde, qui oblige même le Sri Lanka à vérifier régulièrement que les installations de radiodiffusion autorisées à la Voix de l’Amérique des U.S.A et à la germanique Deutsche Well, soient utilisées seulement pour des desseins civils, jamais avec des buts militaires ou de renseignements.

Les symptômes de séparatisme style Kosovo germèrent dans les années septante. Les Tigres ont ouvertement fait usage de méthodes terroristes : assassinat du premier ministre de l’Inde Rajiv Gandhi, en 1991, et de la présidente du Sri Lanka Ranasinghe Premadasa, en 1993, entre autres nombreux crimes. Ils n’ont jamais présenté un programme politique. Simplement, ils voulaient séparer le nord-est, où se trouve la baie Trincomalee, la plus désirée par les U.S.A comme base navale, et un environnement au grand potentiel de réserves de pétrole appelé Cuenca Cauvery.

La grande presse internationale présenta le conflit comme étant purement « ethnique », en effet les séparatistes faisaient référence aux Tamoul, nombreux en Inde mais avec une présence de seulement 12% au Sri Lanka, et qui d’ailleurs n’ont pas totalement adhéré au LTTE mais en ont plutôt souffert subissant leur oppression. (Fortuitement, l’ambassadrice au Cuba est Tamoul). Dans le territoire sous contrôle « Tigre » il y eut persécutions et tueries de dissidents et de gauchistes, en même temps que fut imposé le recrutement obligatoire d’enfants.

L’Agence Internationale de Développement  des U.S.A (USAID en anglais) envoyait de « l’aide » pour enseigner le « gouvernement local » au LTTE, qui a pratiqué le « nettoyage ethnique » quand, en octobre 1990, il a expulsé plus de 75.000 musulmans de la province du Nord, leur donnant seulement 48 heures pour partir et sans leur permettre d’emporter le moindre bien.

Pendant que la guerre civile reprenait, la grande presse n’a prêté aucune attention aux atrocités des Tigres, ni au recrutement forcé d’enfants à la sortie des écoles. Ni les organisations des droits de l’homme ni les ONG « humanitaires » se sont préoccupés des mères qui amenaient leurs filles mineures à être enceintes précocement afin d’échapper aux Tigres. Un certain journalisme exploita un certain filon de « paradis de prostitution infantile » qu’il a cru trouver dans le tourisme et de temps en temps, de grands médias, comme La Segunda au Chili, montraient une photo d’agence d’un avion de la guérilla, « cas unique dans le monde ».

Quand le LTTE commença à perdre, « les pouvoirs occidentaux » initièrent la pression pour « un cessez le feu » qu’ils n’ont sollicité ni au Pakistan ni en Irak. Une fois la défaite des Tigres consumée, ils ont manifesté de l’intérêt pour les déplacés par la guerre et ils ont même menacé d’amener le président Rajapakse devant le Tribunal Pénal International, comme jamais ils n’ont eu l’idée de le faire avec George Bush mais bien avec le chef d’État du Soudan, Omar al-Beshir, à cause du Darfour, un autre conflit séparatiste préfabriqué. Les 47 membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ont tranché ces intrigues le 27 mai avec une résolution favorable au Sri Lanka appuyée par 29 pays, avec 12 votes contre et 6 abstentions.

La résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU a fait l’éloge des mesures adoptées par le Sri Lanka pour résoudre les besoins urgents des déplacés et a appuyé l’engagement continu du gouvernement dans la promotion et protection de touts les droits de l’homme, l’exortant à ce qu’il continue à respecter ses obligations et les normes légales internationales sur le sujet.

Les votes en faveur sont de : Angola, Azerbaïdjan, Bahreïn, Bangladesh, Bolivie, Brésil, Burkina Faso, Cameroun, Chine, Cuba, Djibouti, Égypte, Ghana, Inde, Indonésie, Jordanie, Madagascar, Malaisie, Nicaragua, Nigeria, Pakistan, Philippines, Qatar, Russie, Arabie Saoudite, Sénégal, Afrique du Sud, Uruguay et Zambie.
Contre la résolution s’alignèrent : Bosnie-Herzégovine, Canada, Chili, France, Allemagne, Italie, Mexique, Hollande, Slovaquie, Slovénie, Suisse et Royaume Uni. Se sont abstenu Argentine, Gabon, Japon, Îles Maurice, Corée du Sud et Ukraine.

L’ambassadrice à Cuba, Tamara Kunanayakam, expliqua que l’objectif initial des pays occidentaux était de sanctionner le Sri Lanka pour de supposés crimes de guerre et de convoquer à une enquête internationale. Avant que ne soit présentée leur résolution, le Sri Lanka avait obtenu l’appui du Mouvement des Pays Non Alignés présidé par Cuba et avec l’appui de l’Égypte – prochain président  du mouvement – de l’Inde et du Pakistan, présenta un projet de résolution qui en définitive salua la fin de la guerre et la libération par le gouvernement de dizaines de milliers de citoyens qui furent maintenus contre leur volonté comme otages du LTTE.

L’accord a aussi réaffirmé le respect de la souveraineté, l’intégrité territoriale, l’indépendance du Sri Lanka et son droit souverain de protéger ses citoyens et combattre le terrorisme, et a reconnu que la promotion et protection des droits de l’homme doit se baser sur le principe de coopération – et non de confrontation – et le véritable dialogue. Pour l’ambassadrice Kunanayakam « c’est un texte qui confirme les principes de la Charte des Nations Unies pour les relations d’amitié et de coopération entre les États sur base de l’égalité souveraine, l’indépendance, l’intégrité territoriale, la non ingérence dans les affaires internes des États et le droit des peuples à la libre détermination ».

Jeux d’équilibre

Les gouvernements antérieurs n’ont pas pris la guerre au sérieux, ils n’étaient pas non plus « intéressés à la résolution de la question nationale vu qu’ils pouvaient utiliser les Tamoul comme prétexte à leurs échecs dans les politiques économiques et sociales, la politique coloniale de diviser pour régner continua » afin de gagner du pouvoir et de se maintenir au gouvernement.

Au début de cette année, le gouvernement du président Mahinda Rajapakse a atteint les premiers succès militaires mais alors plusieurs chefs d’état occidentaux  ont essayé de le dissuader. « Il y en eu qui m’ont dit que notre chef militaire ne pouvait même pas diriger l’Armée du Salut » dit Rajapakse devant le parlement le 22 mai. Il a ajouté que quelques chefs d’Etat ont dit que par contre le chef du LTTE était bien plus habile dans la guerre de guérillas, qu’il avait vaincu beaucoup de commandants militaires, qu’il avait force et expérience, et donc nous ne devions pas aller en guerre contre eux : ils voulaient que l’on donne au LTTE ce qui était déjà divisé ».

Le président Rajapaksa s’est appuyé sur des cadres clefs de confiance, comme ses frères Gotabaya – ministre de Défense – et Basil – son conseiller et parlementaire – ainsi que le chef de l’armée, Saratrh Fonseca et d’autres chefs militaires, des forces navales, aériennes et de police.

Pour l’ambassadrice Tamara Kunanayakam, « la majeure préoccupation des U.S.A et de ses alliés c’est d’obtenir le contrôle des couloirs stratégiques. Le Sri Lanka en est un ! »
Citant « Le grand échiquier » de Zbigniew Brzezinski, conseiller d’Obama et cofondateur de la Commission Trilatérale (avec Nelson Rockefeller) elle dit à PF : « le pays qui contrôlera .l’Eurasie contrôlera le monde. L’Eurasie a près de 75% de la population du monde, la plus grande part des richesses physiques – dans ses entreprises et sous le sol -. La région contient aussi près des trois quarts des ressources énergétiques connues du monde : «  Il est impératif que n’apparaisse aucun défi eurasien capable de dominer l’Eurasie, parce qu’il défiera aussi les U.S.A » dit Brzezinski dans l’introduction de son livre » précise la diplomate.

L’ambassadrice Kunanayakam fit référence à l’important potentiel de réserves de pétrole du Sri Lanka et à sa situation stratégique pour le commerce du pétrole. « Les informations satellites signalent que nous partageons avec l’Inde les gisements de la Cuenca de Cauvery bien que le Sri Lanka en possède la plus grande partie » dit-elle. « Nos principaux gisements de pétrole se trouvent au nord du pays, au nord de la ligne droite imaginaire qui uni Chilaw à l’ouest avec Trincomalee à l’est » ajoute-t-elle. « Les études du Service de Géologie des U.S.A confirment que le Sri Lanka possède une des majeures réserves de pétrole du sud-est asiatique ». Elle précise que « l’Inde satisfait 60% de ses besoins pétroliers de la même réserve de la Cuenca de Cauvery ».

La colère des « pouvoirs occidentaux » s’exprime dans une campagne médiatique similaire à celle que subissent Iran, Bolivie, Équateur, Nicaragua et Venezuela entre autres. Mais le Sri Lanka déploie un habile équilibre diplomatique, même avec des nations rivales entre elles, comme l’Inde et la Chine, sans exclure la Russie, l’Iran et ses voisins asiatiques. Entre-temps, l’ex-diplomate indien M.K. Bhadrakumar, spécialisé en géopolitique eurasiatique, prédit qu’en peu d’années la Chine aura, dans ces mers, plus de navires que les U.S.A.

En ce moment Beijing construit un port d’un milliard de dollars à Hambantota, au Sud stratégique de l’île, qui éventuellement approvisionnera en combustible et apportera une station de transit à la marine de guerre qui patrouille l’Océan Indien et protège les routes maritimes de la Chine dans ces mers. Mais ça c’est déjà une autre histoire.

Ernesto Carmona est journaliste et conseiller à la FELAP (Federación Latino Americana de Periodistas), conseiller au Collège National de Journalistes du Chili et associé au Cercle de Journalistes de Santiago.

Source : Argenpress

Carte: Argenpress

Traduit par Karen Bellemans pour Investig’Action.