Spécial Tibet, le défi à la Chine

Le Tibet : voilà un pays dont les couleurs chatoyantes, et sa double situation, de « Toit du Monde » et de « pays martyr », ont alimenté un des mythes occidentaux les plus tenaces du 20ème siècle… de quoi faire jubiler les journalistes, même les plus dépressifs ! Le Nouvel Obs. n’est pourtant pas fan de la Star Academy !

En réponse aux articles du Nouvel Obs. du 17 janvier 2008 :

Quelques corrections historiques s’imposent :

1. la carte du « Tibet historique » se base sur une approximation de ce que fut l’Empire des Tubo pendant environ un siècle (8ème). L’Empire des Tubo s’est effondré au 9ème en raison de divisions claniques. Suite à la chute des Tubo, les monastères bouddhistes, assez disséminés et surtout fort contestés par les représentants de la religion préexistante (le Bön), prennent en main l’organisation du pays.

2. le Tibet n’a pas été « annexé à la Chine en 1959 », mais au 13ème siècle, lorsque les Mongols ont envahi la Chine des Song. Constatant la grande influence des monastères bouddhistes sur les populations tibétaines, les Mongols ont désigné des hauts lamas pour devenir responsables administratifs du Tibet.

3. le Tibet n’a pas été un « protectorat chinois », mais il est devenu une province chinoise au 18ème siècle, lorsque les Qing (dynastie mandchoue) ont divisé le vaste Empire chinois en 18 provinces. C’est à cette époque que le 5ème Dalaï-Lama fut nommé dirigeant politique du Tibet, ce que restera la lignée des Dalaï-Lamas.

4. donc, le Tibet connut une brève indépendance au 8ème siècle, et depuis lors ne put plus accéder à ce titre. Aucun gouvernement au monde, ni l’ONU, n’a jamais reconnu une indépendance du Tibet vis-à-vis de la Chine, depuis cette lointaine époque des Tubo.

Alors, d’où vient cette idée d’indépendance du Tibet revendiquée par les « Amis du Tibet », les « Free Tibet » et autres « dalaïstes » ? Elle vient du 13ème Dalaï-Lama qui était un habile politicien. Profitant des tensions territoriales existant entre la Chine, la Russie, et l’Empire britannique à la fin du 19ème, il s’allie aux Anglais pour revendiquer l’indépendance. Les Anglais, bien installés au Tibet, avec comptoirs de commerce, cours de tennis et armée aiguisée, ont vu là une occasion inespérée d’ajouter le Toit du Monde à leurs colonies indiennes. De cœur avec le saint homme, ils déroulent la fameuse carte du « Tibet historique » devant les yeux ébahis de la nouvelle République chinoise : cinq fois la France, quasi le tiers du territoire chinois !!! … et on voudrait que la Chine n’ait pas réagi !

Ce projet fut avorté en raison des deux « grandes guerres », suite auxquelles le flambeau tibétain fut repris par les Etats-Unis. Utilisé comme arme psychologique et logistique dans la lutte contre toute forme de communisme en Asie, le Tibet est alors devenu « le pays martyr », présenté comme tel par tous les médias occidentaux, ceci depuis plus de 50 ans. Il existe pourtant suffisamment d’analyses historiques (même dédicacées par le 14ème Dalaï !) qui démontent systématiquement l’implication de la CIA dans l’exil du haut clergé et de la noblesse tibétaine (puis dans celui du Dalaï-Lama), ainsi que dans l’essor du Bouddhisme tibétain en Occident.

Alors, comment sommes-nous encore aussi naïfs ? C’est que la Chine est décidément un très mauvais élève de l’Occident : elle est le seul pays « exotique » à avoir résisté (comme elle a pu, pas très honorablement d’ailleurs) à la vague colonialiste, pour, ensuite, à avoir eu le culot de mettre tous les Occidentaux à la porte en vue de se reconstruire elle-même (ce qu’elle n’a pas mal réussi, avouons-le !). Cela n’est pas pour nous flatter ; qui plus est, elle devient actuellement un véritable « poids lourd » dans la balance économique mondiale (c’est-à-dire occidentale). Alors tout le sucre qu’on trouve à casser sur son dos est utilisé, jusqu’à la dernière miette. Le Tibet est un sujet en or dans ce cadre, il n’est pas la miette restante, mais plutôt la crème sur le gâteau, dont les journalistes se pourlèchent avec délice.

Mais voyons les choses du bon côté : à force de côtoyer le Bouddhisme au quotidien, une illumination (progressive ou soudaine, qu’importe ?) amènera peut-être enfin l’Occident à pouvoir admirer la splendeur et la puissance de son propre ego !

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