Shimon Peres à Bruxelles

“Monsieur le Recteur, qu’allez vous discuter courtoisement avec un tel président qui couvre de son prestige usurpé des actions régulièrement condamnées par le droit international impuissant ?”

Source: Blogs de Politique

J'ai appris la nouvelle par hasard, par un mailing du CCLJ [1] qu’on m’a relayé : Shimon Peres, président de l’État d’Israël, est invité à Bruxelles le 5 mars 2013. Ça se passera au Palais des Académies à l’invitation du Comité de coordination des organisations juives de Belgique et du Forum der Joodse Organisaties (les deux coupoles des associations juives), « sous le haut patronage de l’Ambassade d’Israël ». Après un mot d’accueil d’Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l’Académie, et de Pieter De Crem, ministre fédéral de la Défense, l’invité dialoguera avec Didier Viviers, recteur de l’Université libre de Bruxelles. Puis vous pourrez poser vos questions, si vous avez acquitté les 100€ demandés pour avoir le droit d’accéder à la salle.


Premier étonnement : l’info n’est accessible sur aucun site des institutions qui participent à l’événement. Second étonnement : l’implication d’un ministre fédéral et, plus grave à mes yeux, du recteur de l’ULB dans cette soirée mondaine qui s’achèvera par un walking dinner entre personnes élégantes et du même monde.


L’ULB vient de vivre un débat tendu sur BDS [2], la stratégie « boycott-désinvestissement-sanctions » qui est préconisée par la plus grande partie du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Certains qui contestent BDS tout en admettant qu’Israël a quelques dérapages sur la conscience mettent en avant le fait qu’il serait contreproductif de refuser tout contact avec, par exemple, des universitaires qui ne sont pas forcément d’accord avec les agissements de leur gouvernement. Il vaudrait mieux, disent ces critiques, intensifier de tels contacts pour favoriser le dialogue avec une des parties. Ce n’est pas du tout mon point de vue mais soit. Mais, au minimum, on devrait refuser de faire des mamours et des roucoulades vis-à-vis de ceux qui sont directement responsables des crimes de guerre dûment répertoriés commis par l’État d’Israël et sa soldatesque : construction d’un mur qui empiète largement sur le territoire palestinien, nettoyage ethnique à Jérusalem, colonisation effrénée et, bien sûr, opérations meurtrières sur Gaza.

Je sais bien que, depuis peu, Shimon Peres prend soin de soigner sa petite différence avec Netanyahou. Après tout, il n’est qu’un président-arbitre, et puis il est prix Nobel de la paix, que diable. Ainsi, s’il a bien approuvé toutes les opérations contre Gaza, il trouve que ce n’est pas une bonne idée de diaboliser Mahmoud Abbas, qui est un excellent partenaire pour la paix. Mais attention : si « les Palestiniens exigent l’arrêt de la colonisation israélienne pendant les négociations, (…) Israël refuse toute condition préalable. » Les 3000 logements qu’Israël a décidé de construire dans les colonies en riposte à la décision « unilatérale » de proclamer l’État palestinien, ça ne dérange nullement l’ancien socialiste Peres qui approuve tout ce que fait son gouvernement, sauf quelques bricoles. S’il avait de réels états d’âme comme il essaiera sans doute de le vendre, rien ne l’empêche de démissionner. Un pape de sa génération vient de le faire pour des raisons beaucoup plus futiles.

Monsieur le Recteur, qu’allez vous discuter courtoisement avec un tel président qui couvre de son prestige usurpé des actions régulièrement condamnées par le droit international impuissant ? Auriez-vous accepté de jouer le même rôle de faire-valoir à l’égard, au hasard, d’un Hugo Chavez diabolisé ou, à l’invitation d’un quelconque lobby pro-iranien, d’un Mahmoud Ahmadinejad systématiquement présenté (notamment par les émules de Shimon Peres) comme l’ennemi public numéro 1 alors que, malgré ses rodomontades grotesques, il n’a aucun mort non iranien sur la conscience ? Dites-moi que je rêve, que c’est un canular, que l’ULB ne tombera pas si bas…


•••

[1] Centre communautaire et laïc juif, gauche sioniste
 
[2] La demande d’agréation d’un cercle étudiant axé sur BDS n’a été accepté que d’extrême justesse. Voir ici le récit de la saga par le cercle en question.