Schneidermann et le génocide rwandais

Aden n°72, Gilles Martin, 09/04/04.

L’Afrique noire a toujours eu le don de peser sur les vieilles consciences, pétries de colonialisme. Et quand les Africains arrivent sur nos scènes médiatiques, on peut sans rien craindre affirmer que le colonialisme est comme le sucre dans le café: partout. Ce fut encore le cas pour le dixième anniversaire du génocide rwandais.

Arrêtons-nous sur une manipulation sourde et subtile: un article du très ‘critique’ Daniel Schneiderman (1) qui aura eu le mérite de briser un mythe : critiquer les médias ne mène pas nécessairement à gauche et à ses valeurs.

Là ou d’autres expliquent, tentent de comprendre ce qui a pu mener au meurtre massif de près d’un million d’hommes en quelques semaines (2), Schneiderman invite l'irrationnel dans sa rhétorique: " Les collines rwandaises appartiennent à un autre mystère ", la chanson est connue, les Rwandais ont " un autre rapport à la mort ". Il le dit texto. On a presque envie de caricaturer : un génocide est-ce si important quand il s’agit d’Africains ? (3)

Pour comprendre, " il nous faudrait des clés que nous n’avons pas ", entonne l’intrépide.

Mais l’auteur ne serait pas ce qu’il est s’il n’était pas un adepte du judo intellectuel cher à beaucoup. On l’avait compris: vouloir expliquer est déjà vain. Le sommet alors n’est-il pas d’accuser la France ou plus largement le colonialisme ?

Schneiderman aiguise sa plume : " Il y a du péché d’orgueil à ne nous intéresser qu’à nous-mêmes. Comme si les Africains eux-mêmes étaient incapables seuls, d’une si mystérieuse monstruosité ".

Montrer du doigt la politique africaine de la France, les germes meurtriers implantés par le colonialisme belge, c’est franchement faire du racisme…

(1) " Des reporters et un génocide. " in Libération 9/04/04

(2) Je conseille vivement le dernier article de Colette Braeckman dans le Monde Diplomatique d’avril, formidable résumé de ce tragique épisode du néocolonialisme au XXème siècle.

(3) Si j’en crois un petit livre, Un génocide sans importance, éditions Tahin Party, je paraphrase Mitterrand qui aurait dit l’indicible : " Un génocide, dans ces pays là, c’est pas trop important. "