Sarkozy-Betancourt : Bon vol humanitaire mais mauvais cap.

Le Président Sarkozy a récemment ordonné deux vols humanitaires dont un à Bogota pour forcer la libération d’Ingrid Betancourt. Comme toute mesure humanitaire, la décision est respectable et honorable. Malheureusement cette tentative a échoué et les FARC n´ont pas cédé à une opération qui était d’emblé vouée à l´échec car si le plan de ce vol était louable, il avait un cap équivoque, parce que les FARC ne feront jamais de concession à une requête de Sarkozy dans l´ombre d´un Uribe ou d´un Bush. Au lieu d´un Paris-Bogota concerté avec Madrid et Genève, un Paris-Caracas concerté avec Quito aurait été plus judicieux.

Caracas, 27 avril 2008

A ce jour Sarkozy dépêche son Ministre Kouchner à Bogota, puis à Quito et Caracas, c´est à dire en mettant en première ligne à nouveau Uribe. Une simpliste analyse de cette situation complexe d´otages des FARC semble permettre pourtant d´imaginer que le scénario d´une éventuelle libération d´Ingrid Betancourt et d´autres, si ce fait, se fera au Vénézuéla et via l´Equateur.

Pour ce il faut prendre la peine d´analyser un peu l´histoire et certains faits récents:

. Les médias, souvent manipulés par Washington, présentent les FARC comme de simples narcoterroristes. Il est vrai que les FARC pratiquent des actes terroristes, pratiquent la prise d´otages et probablement sont impliqués dans le narcotrafic.

. Ce que disent moins ces médias est l´origine des FARC : en 1948 était assassiné par la CIA le candidat présidentiel Gaëtan, emblématique lider d´un peuple opprimé par une oligarchie corrompue. Cet assassinat produit une révolte populaire et la mise à feu et à sang de Bogota. S´ensuivit une répression sans merci de nombreux dirigeants surtout paysans qui furent assassinés, disparus, ou emprisonnés. Certains purent échapper à ce véritable massacre et prirent le maquis. C´est ainsi en gros, que naissent le M19, le ELN Armée de Libération Nationale et les FARC, pour mieux comprendre FARC-EN, Force Armées Révolutionnaires Colombiennes-Armée du Peuple et ce n´est pas par hasard qu´elles résistent depuis 60 ans à l´armée colombienne aidées par des forces expédiées par Washington; pas par hasard que les FARC sont une véritable armée de 18.000 hommes parfaitement uniformés, entrainés, équipés et disciplinés.

. Ce que disent peu ou pas ces médias est que la Colombie est l´immense narco producteur qui alimente l´immense narco consommateur que sont les Etats-Unis et qu´en Colombie existe un narco gouvernement qui alimente de paramilitaires qui eux sont plus narcoterroristes que les mêmes FARC… et que la famille Uribe est impliquée dans ce narco paramilitarisme au point d´être fichée comme telle, Uribe père et fils en tête… un père Uribe fondateur des paramilitaires et un fils Uribe qui lorsqu´il occupait le poste de directeur de l´aéronautique distribua les autorisations pour les pistes servant au trafic de drogue entre la Colombie et les USA.

. Toutes les tentatives de négociations qui semblaient apporter une lueur d´espoir pour les otages ont été systématiquement court-circuitées par Uribe… pas par hasard car ni Uribe, ni Washington n´ont aucun intérêt à ce qu´un processus de paix puisse s´établir avec les FARC. Les motifs sont assez évidents. D´une part la guerre anti narco est pour les Etats-Unis un prétexte parfait de maintenir un fort contingent militaire en Colombie comme une base stratégique sur le continent sud-américain. D´autre part parce que ce même programme permait au gouvernement colombien et à son oligarchie d´émarger quelques mille million de dollars annuels, reversés en partie aux fabricants d´armes de sociétés aux mains de proches de Washington.

Les évènements plus récents sont aussi éloquents :

. A deux reprises les FARC ont libérés des otages: remis inconditionnellement et à Chavez. Dans les deux cas Uribe a menti en affirmant faciliter ces libérations car les colonnes acheminant les otages libérés ont subi un véritable harcèlement de l´armée colombienne et Uribe tenta même d´enrayer l´une des opérations.

. Plus récemment alors qu´en Equateur se préparait la libération de Betancourt et de douze autres otages, Uribe n´hésita pas à ordonner une intrusion militaire en Equateur pour neutraliser le négociateur Raoul Reyes et fort probablement en une action combinée depuis la base américaine de Manta implantée en territoire équatorien.

. Lorsque Chavez devait présenter à Paris et à Sarkozy les preuves de vie de Betancourt, Uribe fit intercepter les émissaires porteuses de ce courrier destiné à Sarkozy; deux jeunes femmes des FARC à ce jour toujours emprisonnées, l´une malade et l´autre enceinte.

. Les médias ont redoublé leur action téléguidée par Washington, présentant Chavez comme impliqué dans le terrorisme sinon comme un vulgaire narco. Mais là aussi le motif est clair, l´ambition de Washington de s´emparer du pétrole vénézuélien et pour ce de se débarrasser de Chavez et de saboter cette possibilité de libération d´otages qui ne convient ni à Bush, ni à Uribe.

Chacun est libre de penser ce qu´il veut de Chavez et chacun est libre de croire ou pas aux grossières et malintentionnées manipulations médiatiques. Ce qui est évident dans cette histoire d´otages est que pour l´instant Chavez est le seul qui a obtenu des libérations et que les FARC ont très clairement exprimé que c´est avec Chavez qu´elles acceptaient de négocier.

Chavez, s´il reconnait le caractère belligérant des FARC, a condamné publiquement le principe de la prise d´otages civils. L´intrusion militaire colombienne en Equateur a été condamnée par les nations sud-américaines au sommet de Saint Domingue et à l´OEA. Dans les deux cas il a été démontré que Washington ne pouvait plus comme par le passé manipuler facilement la plupart des gouvernements d´un continent qui lui échappe.

N´en plaise à Washington l´Amérique Latine s´émancipe avec des présidents révolutionnaires qui défendent leurs peuples: un métis au Vénézuéla, une femme fougueuse en Argentine, un jeune économiste en Equateur, un ex ouvrier au Brésil, un ex guérillero au Nicaragua, un ecclésiastique au Paraguay et bien d´autres qui suivent.

Dans le concert des nations de l´hémisphère, les derniers bastions subordonnés à Washington, le Costa Rica, le Pérou et la Colombie, ne peuvent que plus que jouer un rôle peu efficace.

Reste à savoir maintenant quels sont les objectifs réels de Paris et de Sarkozy?

S´il s´agit de plaire à Bush pour servir ses programmes contre le FARC et Chavez, alors s´explique la visite prioritaire de Kouchner à Uribe.

Par contre s´il s´agit vraiment de la libération d´Ingrid Bétancourt, Kouchner trouvera probablement de plus sérieux interlocuteurs en rencontrant Correa et Chavez.

Les visites prioritaires seraient plus probablement à Correa et Chavez et le plan de vol serait plus judicieux comme un Paris-Caracas.

Avec l´assassinat de Raoul Reyes Uribe a éliminé le principal négociateur des FARC avec lequel Chavez pouvait organiser de nouvelles libérations. Si Chavez a déclaré que Bogota avait détruit ses contacts, il a cependant déclaré qu´il ne révèlerait plus publiquement ses intentions dans cette affaire. Connaissant l´homme, il est fort probable que comme à son habitude il n´abandonnera pas aussi facilement un objectif qu´il s´est fixé et qu´il ne baisse jamais facilement la garde.

L´avenir seul le dira. Pas les prédictions médiatiques.