Réponse de Michel Collon : “Je vous propose un débat public”

Maître,

Je reviens sur votre lettre m’annonçant la plainte de Monsieur Kouchner qui me met en demeure de supprimer immédiatement de mon site un article, reprenant d’ailleurs ses propos, et exposant le médiamensonge des prétendus camps d’extermination en Bosnie, auquel il a participé en 1992. Il me met en demeure de cesser de parler de cette affaire.

Si je me suis trompé quelque part, ce sera bien volontiers que je rectifierai, y compris en donnant la publicité la plus large à cette correction. Mais vous comprendrez que je ne puis simplement me taire parce que Monsieur Kouchner l’ordonne.

Le premier problème que je rencontre : Monsieur Kouchner omet d’expliquer ce qu’il conteste exactement dans mon texte. Tout ? Une partie ? Un point ? S’il a des précisions à m’apporter, il serait utile que nous nous rencontrions et débattions des différences d’interprétation qui paraissent nous opposer sur la Yougoslavie.

Cette affaire dépasse la personne de Monsieur Kouchner et la mienne. Car le public a le droit de savoir : l’information qu’il a reçue était-elle correcte ou non ? Comme on l’a encore vu avec les « armes de destruction massive » en Irak, chaque guerre est accompagnée d’une campagne de propagande de guerre, manipulant l’opinion au service d’intérêts cachés. Charnier bidon de Timisoara en 1989, couveuses et cormoran mazouté de la guerre du Golfe n° 1, et tant d’autres… La guerre contre la Yougoslavie serait-elle l’exception ?

Absolument pas. Toutes mes informations, je les vérifie scrupuleusement, en me rendant sur place, en recoupant les faits, en confrontant les diverses sources d’information. Ainsi, nous avons pu prouver qu’il y avait eu une véritable mise en scène de Monsieur William Walker lorsqu’il prétendait que la police serbe avait massacré 40 civils à Racak, ce qui servit de prétexte pour déclencher l’attaque contre la Yougoslavie. Beaucoup d’autres ont dû se rétracter comme, par exemple, le porte-parole de l’Otan lui-même sur les accusations mensongères de « génocide » à l’encontre de la Yougoslavie, qui ont dû finalement être abandonnées. Monsieur Kouchner lui-même a dû retirer ses affirmations fausses sur les « 11.000 cadavres » dans les charniers du Kosovo. Je tiens de nombreux autres exemples à votre disposition ainsi que les sources et les preuves de ce que j’avance ici.

Qui a menti, comment et pourquoi ? Des questions décisives pour l’avenir des peuples puisque Monsieur Bush nous annonce d’autres guerres à répétition. Il est d’autant plus impossible de se taire que les médiamensonges font des victimes, beaucoup de victimes. Si l’opinion internationale est manipulée, la conséquence, ce sont des bombardements et des massacres contre les peuples d’Irak et d’ailleurs. En tant qu’analyste de la désinformation, je me sens donc le devoir d’apporter au public toute la lumière possible afin d’éviter la répétition de telles manipulations.

Les victimes des bombardements, à qui on ne donnait pas la parole, je suis allé les voir sur place, et je peux témoigner de leurs souffrances. Dans le cas de la Yougoslavie, comme je l’explique dans mes livres et films, la propagande à laquelle Monsieur Kouchner a été impliqué a permis de dresser les peuples les uns contre les autres, a provoqué des souffrances terribles dans toutes les communautés, a permis un embargo, des bombardements et, pour finir, un gouvernement du FMI qui plonge les populations dans la misère tandis qu’un petit nombre s’enrichit énormément. Pouvons-nous laisser tout cela tomber dans l’oubli ?

Monsieur Kouchner a voulu faire croire que les grandes puissances menaient une guerre humanitaire. Humanitaire avec un embargo et des bombes ? Les textes et déclarations de Monsieur Kouchner ont laissé de côté systématiquement les intérêts économiques et stratégiques égoïstes des Etats-Unis, de l’Allemagne et de la France dans cette guerre.

En outre, j’aimerais entendre Monsieur Kouchner sur le bilan catastrophique des actuelles occupations par l’Otan. La Bosnie est devenue un protectorat colonial avec des bases militaires et des trafics sexuels immondes (voir les rapports d’Amnesty). Le Kosovo est devenu le record européen de violation des droits de l’homme : assassinats, kidnappings, destructions massives de maisons et d’églises, purification ethnique des Serbes, Juifs, Roms, Musulmans, Turcs, Gorans… Le Kosovo est devenu, de l’avis des experts policiers, la plaque tournante des trafics de drogue, prostitution et armes en Europe, la maffia albanaise étant protégée par les forces US.

Les citoyens européens ont payé cette guerre et financent la force dite « de maintien de la paix ». Mais les seuls qui ont profité de ce gâchis, ce sont les Etats-Unis qui ont installé au Kosovo une base militaire stratégique, et les multinationales qui se battent pour y arracher de juteux contrats. Mais de tout cela, rien ou quasi rien dans les médias.

Après avoir longuement étudié ce dossier, j’en conclus que la propagande dans laquelle Monsieur Kouchner a été très impliqué a contribué à tuer la réflexion. Puisque la campagne de désinformation sur la Yougoslavie a été aussi massive et influente, n’est-il pas du devoir de Monsieur Kouchner de rectifier et d’engager des moyens aussi importants pour une « contre – information », afin que le public sache que l’information des camps d’extermination était fausse, et beaucoup d’autres aussi ? Peut-on se contenter d’un demi – aveu discret dans un livre que très peu liront ? Toujours la même question : les gens ont-ils droit ou non à la vérité, toute la vérité ?

Je propose donc à Monsieur Kouchner de débattre publiquement de toute cette affaire. A Bruxelles, puisque c’est le lieu où il dépose plainte. A Paris, puisque c’est là qu’il a lancé sa campagne sur les camps d’extermination. Et à Belgrade, puisque c’est là qu’ont été subis les bombardements qui en ont résulté. Je suis prêt à me libérer aux dates qui lui conviennent en fonction de son agenda. Et s’il convainc le public, je suis tout prêt à corriger ce que j’ai dit. Lui aussi, certainement.

Je vous prie de croire, Monsieur le bâtonnier, à mes sentiments de considération distinguée.