Qui veut détruire le Front Populaire de Libération de la Palestine ?

17 mars 2006

Histoire et mémoire

Est-ce que quelque chose a changé depuis 2006 ?

Un petit rappel de l’histoire. deux ans après, Israël ré-édite le massacre des Palestiniens et la destruction des infra-structures à Gaza. Le colonialisme ne connaît plus aucune borne.

L’attaque menée par l’armée israélienne contre la prison de Jéricho plus tôt cette semaine s’inscrit dans la stratégie mise en place par Ariel Sharon et poursuivie par son successeur Ehud Olmert. L’idée est d’affaiblir encore davantage l’infrastructure palestinienne, de miner la crédibilité du Président Mahmoud Abbas et d’éliminer ceux qui refusent la perpétuation de l’occupation.

De toute évidence, Tel-Aviv a coordonné son action avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Car ceux-ci devaient assurer la « sécurité » de la prison palestinienne où étaient détenus Saadat et ses camarades depuis 2001. En fin de compte, Washington continue de cautionner la stratégie israélienne. Quant à l’argument que le FPLP est un mouvement terroriste », il ne tient pas la route. Cette définition reste arbitraire et ne correspond à aucun critère accepté de manière légitime, légale ou internationale. Dans la liste des « mouvements terroristes » établis par Washington, on trouve des mouvements armés qui sont contre la politique américaine et ses amis comme Israël. On n’y retrouve pas d’autres mouvements armés qui par hasard sont du « bon côté ». L’insurrection au Népal ou en Colombie est le fait de « groupes terroristes ». La résistance armée contre les régimes afghan, angolais, cubain, nicaraguayen impliquait des « combattants de la liberté ». Et bien sûr les Palestiniens qui refusent l’occupation sont tous des terroristes. Le pire est que ce langage est repris ailleurs, y compris au Canada, où une loi inspirée par les groupes de pression en faveur de la politique étrangère du président Georges W. Bush a été votée pour interdire au gouvernement canadien de « collaborer » avec des groupes terroristes. Comme chacun sait, des partis politiques israéliens, dont certains font partie des coalitions gouvernementales, préconisent ouvertement l’expulsion définitive des Palestiniens des territoires occupés. Des groupes de colons armés très souvent tolérés par la police et l’armée pratiquent la terreur contre les civils palestiniens. Mais peu importe, les terroristes sont tous du même côté. À l’origine du Front populaire pour la libération de la Palestine

Au départ, le FPLP est né parmi les réfugiés palestiniens au Liban en 1967. À la même époque, Yasser Arafat met en place le Fatah pour relancer la lutte contre l’occupation de Gaza et de Cisjordanie que les Israéliens conquièrent à la suite de la « guerre des six jours ». La résistance palestinienne se réorganise à l’intérieur des territoires occupés et aussi parmi la vaste diaspora qui croupit dans des camps de réfugiés, principalement en Jordanie et au Liban. En 1970, le FPLP se fait connaître lors des violents affrontements entre l’armée jordanienne et les Palestiniens, « septembre noir », où plusieurs milliers de réfugiés trouvent la mort. Le FPLP, Fatah et d’autres mouvements palestiniens s’unissent alors sous l’égide de l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP), présidée par Yasser Arafat. L’idée est de constituer une sorte de gouvernement palestinien en exil, de coordonner la résistance contre l’occupation et de répercuter le message des Palestiniens dans le monde. Ainsi en 1972, Yasser Arafat se présente à l’ONU en affirmant porter une branche d’olivier d’une main, et une arme de l’autre, en offrant de facto à Israël la possibilité d’une véritable négociation basée sur le principe de « la paix contre les territoires occupés ». Mais Israël choisit le fusil. S’ensuit une série d’attaques et de contre-attaques. En 1982, l’armée israélienne envahit le Liban et cause d’immenses dévastations. L’OLP et les mouvements qui la composent sont forcés à de nouveaux exils.

De l’Intifada aux accords d’Oslo

En 1987, les Palestiniens se soulèvent dans les territoires. Ils affrontent les blindés avec des pierres et ils prennent le contrôle de villages et de camps de réfugiés. Des organisations comme le FPLP jouent un rôle dans ce soulèvement en organisant la résistance civile non-armée. Le soulèvement est écrasé par l’armée israélienne, mais le choc est puissant parmi la population et même l’opinion internationale. Malgré toute sa puissance, l’État israélien n’est pas capable de contrôler les Palestiniens. À Madrid en 1991 des négociations sont entamées avec le leadership palestinien des territoires occupés, mais parallèlement Yasser Arafat et les dirigeants israéliens parviennent en secret à un accord de paix dit d’Oslo. Pour le FPLP et pour beaucoup de Palestiniens, cet accord est questionnable, car il ne repose pas sur des principes clairs pourtant adoptés par l’assemblée générale de l’ONU. Il ne promet pas la libération des territoires et la mise en place d’un État palestinien souverain. Il ne règle pas la question des réfugiés palestiniens de 1948 et de 1967. Il ne touche pas à l’épineuse question des colonies de peuplement érigées par Israël dans les territoires contre la loi internationale et les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. La dissidence du FPLP est cependant mise de côté et Yasser Arafat met en place une « autorité nationale palestinienne » sur une partie de Gaza et de la Cisjordanie.

Dégringolade

Malheureusement, les évènements à partir de 1996 valident la critique de ceux qui estimaient qu’Oslo est mal parti. Le gouvernement israélien accélère la construction des colonies en verrouillant les territoires par un ensemble de routes et de constructions sécuritaires. Des colons commettent des atrocités, comme le massacre à la Mosquée d’Hébron. Les prisonniers politiques palestiniens restent dans les prisons israéliennes. Yasser Arafat est confiné dans une mission impossible. Devant cette impasse, le mouvement islamique Hamas, qui ne fait pas partie de l’OLP, entreprend des attentats contre des soldats et des civils israéliens. Dans une moindre mesure, des opérations militaires palestiniennes sont également entreprises par le Fatah, le FPLP et plusieurs autres groupes. Mal pensée et douteuse sur le plan éthique, la tactique palestinienne est de répliquer aux attaques israéliennes Israël par des coups contre l’armée et les colons, mais aussi par des attentats terroristes contre les civils, ce qui débouche plusieurs fois sur des bains de sang. Au lieu d’imposer la cessation de la violence contre les Palestiniens, ces actions palestiniennes encouragent la spirale de violence. En 2001, la situation s’aggrave. Ariel Sharon, condamné pour sa participation aux massacres de réfugiés palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila à Beyrouth, revient au pouvoir en promettant de « mâter » les Palestiniens. Une nouvelle Intifada éclate, plus violente et plus militarisée. Hamas écope, le Fatah de Yasser Arafat également. En septembre 2001, le chef du FPLP, Abou Ali Moustapha, est assassiné à Ramallah par l’armée israélienne, tout comme plusieurs autres Palestiniens, sans procès ni arrestation. Peu après dans un acte de vengeance, un commando du FPLP assassine à Jérusalem le Ministre du Tourisme, Rehavam Zeevi, membre d’un parti d’extrême droite israélien. Devant la pression israélienne et américaine, Yasser Arafat emprisonne le chef du FPLP Ahmad Saadat, dans une prison de l’Autorité palestinienne à Jéricho sous surveillance américaine et britannique.

Impasse

Selon le Centre d’information alternative (AIC) de Jérusalem, un organisme israélo-palestinien impliqué dans la lutte pour la paix, « la seule justification de l’attaque contre Jéricho est de provoquer l’escalade de la violence ». Selon son président Michel Warshavsky, cela fait probablement partie des manœuvres du Premier Ministre actuel et de son parti « Kadima » en vue des prochaines élections israéliennes, et où celui-ci doit démontrer à ses adversaires de l’ultra-droite qu’il est « l’homme fort » capable de mâter les Palestiniens. L’AIC rappelle aussi que la détention de Saadat à Jéricho faisait partie d’un accord international qui encore une fois a été violé par le gouvernement israélien avec l’appui des États-Unis.

Actuellement, les Palestiniens ont le dos au mur. Le retrait unilatéral de Gaza, qui est en fait un redéploiement de l’armée israélienne, accompagne la consolidation de l’occupation en Cisjordanie. Avant son kidnapping par les Israéliens, Saadat expliquait dans une entrevue « qu’en retirant l’armée israélienne de Gaza, Israël veut se débarrasser d’une crise et contrôler la moitié ou 60% du territoire de la Cisjordanie. De cette façon, la Cisjordanie sera divisée en plusieurs bantoustans ». Récemment lors des élections palestiniennes, le FPLP et d’autres mouvements séculiers ont obtenu près de 10% des votes (Hamas et le Fatah se sont partagés la majorité). À l’occasion des élections municipales peu de temps auparavant, le FPLP a gagné dans plusieurs régions dont la municipalité de Bethléem. C’est un mouvement laïc qui fait partie de l’univers politique palestinien et qui s’inscrit dans cette résistance contre l’occupation où se retrouve la grande majorité de la population. En voulant l’éradiquer, le gouvernement israélien ne vise donc pas un « mouvement terroriste », dont les capacités militaires sont infiniment plus faibles que celles de Hamas, mais l’ensemble de la résistance d’un peuple. Le Premier Ministre qualifie par ailleurs le Président Abbas de personnage impertinent ». Ce qui pourrait vouloir dire que le leadership israélien actuel préfère se retrouver devant Hamas seul, ce qui a l’avantage de discréditer la cause palestinienne aux yeux d’une partie de l’opinion publique occidentale.

http://www.mafhoum.com/press9/273P51.htm