Que va faire l’Union Européenne pour Gaza?

Déclaration au Parlement européen du député Francis Wurtz, président du groupe Gauche Unitaire Européenne – Gauche Verte Nordique.
En écoutant il y a près d’un mois les enfants de Gaza, raconter au milieu des décombres de leur maison, comment ils ont tremblé sous les bombes ou leurs parents décrire l’enfer de ces 22 jours et nuits qui marqueront à jamais leur vie et la mémoire des générations futures, je n’étais pas fier de l’Europe!

J’ai pensé à un certain nombre de dirigeants de nos Etats, à tous ceux qui portent devant l’histoire la responsabilité de leur manque de courage politique, des occasions manquées, de leur absence de vision. Je me suis posé la question: jusqu’à quelles extrémités les dirigeants israéliens doivent-ils pousser leur inhumanité à l’égard des Palestiniens et leur mépris du droit comme des valeurs les plus essentielles pour que les principaux responsables politiques européens osent lever plus que leur petit doigt et dire enfin: « trop, c’est trop »?

Que ceux qui se disent « amis d’Israël » pour justifier l’impunité et la complaisance sans limites à l’égard de son actuelle classe dirigeante méditent ces paroles du grand écrivain israélien David Grossman: « A l’heure où Israël est gagné par la surenchère nationaliste, nous ferions bien de garder à l’esprit que la dernière opération militaire à Gaza n’est somme toute qu’une nouvelle étape sur une route de feu, de violence et de haine. Une route jalonnée tantôt de victoires, tantôt de défaites, mais qui nous conduit immanquablement à la ruine. » Ou bien, qu’ils s’interrogent avec Shlomo Sand, historien israélien de renom: « Nous avons semé la désolation (…) Nous avons fait la preuve que nous n’avons aucune retenue morale (…) Avons-nous renforcé le camp de la paix chez les Palestiniens? (…) Israël pousse les Palestiniens au désespoir (…) Depuis 20 ans, Arafat et l’autorité palestinienne ont reconnu l’Etat d’Israël sans rien avoir gagné en échange (…) Israël a refusé l’offre de la Ligue arabe en 2002 d’une pleine reconnaissance d’Israël dans les frontières d’avant 1967 (…) Israël ne fera la paix que si l’on fait pression sur sa politique ».

D’où une question, M. le Haut Représentant, puisque vous n’avez rien dit sur la question du droit international: quelles pressions l’Union est-elle prête à exercer sur Israël – en ce qui concerne tant Gaza que la Cisjordanie, y compris Jérusalem – pour rappeler à ses dirigeants actuels et futurs que l’appartenance à la communauté internationale en général et le partenariat privilégié avec l’Union européenne en particulier ont un prix; qu’ils ne s’accommodent ni de l’occupation militaire, ni des crimes de guerre, ni d’une politique qui pousse chaque jour un peu plus au divorce entre l’Europe et le monde arabo-musulman. Je voudrais ne pas avoir, comme Européen, à reporter l’espoir d’un changement de politique au Proche Orient sur le seul locataire de la Maison blanche. Je voudrais encore croire à un sursaut de l’Europe.

Source: http://www.francis-wurtz.eu/