Qu'a donc à cacher Nestlé?

Peter Brabeck et les siens se sentent persécutés.

Hier, sur les ondes de la Radio Suisse Romande, le président du conseil d'administration de Nestlé s'est amèrement plaint du traitement médiatique réservé à sa société dans l'affaire de la taupe.

Rappelons que la TSR avait révélé, en juin dernier, qu'un groupe d'Attac travaillant à la rédaction d'un livre sur Nestlé avait été infiltré, entre septembre 2003 et juin 2004, par une agente de Securitas. Ce qui avait conduit les altermondialistes à porter plainte.

15 Août 2008

«Quelqu'un nous accuse et les médias réagissent en nous condamnant», a interprété hier M.Brabeck, avant de réclamer une trêve: «Condamnez-nous quand le juge nous aura condamnés.» Discret jusqu'alors, Peter Brabeck a visiblement repris goût à la rhétorique péremptoire chère à son groupe.

Donc, Nestlé aurait été victime d'une condamnation médiatique abusive. Mais pour quels faits?

Nestlé n'a-t-elle pas admis avoir mandaté Securitas pour surveiller Attac? La société veveysanne a même affirmé qu'elle recommencerait en cas de «menace»!

De même, Nestlé n'a-t-elle pas reconnu avoir bénéficié des documents collectés par la fausse Sara Meylan, jusqu'à ce que la taupe jette elle-même l'éponge?

En fait, ce que conteste l'indigné président, c'est que sa société ait eu «l'initiative» de l'infiltration… En somme, Nestlé aurait espionné contre son gré! M.Brabeck devrait réserver ses foudres à Securitas, plutôt qu'aux médias…

Cela dit, on comprend que l'entreprise s'en remette pleinement au bon sens de la justice vaudoise. Mercredi, le juge Jean-Luc Genillard en a surpris plus d'un en rejetant la requête des espionnés, qui réclamaient simplement la saisie de tous les documents fournis par Securitas à son client veveysan. Les considérants du refus ne seront connus que dans quelques semaines, mais les arguments avancés lors de l'audience du 23juillet en ont donné un avant-goût.

D'une part, en fournissant elle-même soixante pages d'archives à la justice, Nestlé aurait prouvé sa bonne volonté.

D'autre part, la demande d'Attac serait inutile, car le juge d'instruction a toute latitude pour perquisitionner le siège veveysan. Ce qui, deux mois après la plainte, n'a pas été fait!

Les militants ont pourtant de bonnes raisons de se méfier du dossier remis par la transnationale. Car si Nestlé n'a vraiment rien à cacher, pourquoi s'oppose-t-elle à ce que la justice examine ses archives?

Dans cette affaire, chaque document peut peser lourd dans la balance. S'il est indubitable qu'une agente de Securitas s'est introduite dans le groupe militant pour le compte de Nestlé, la traduction de ces faits en condamnation pénale ou civile répond à des exigences précises (existence d'enregistrements, données personnelles, etc.).

Enfin, si on peut être choqué que la justice fasse une confiance aveugle dans la diligence de Nestlé, on est proprement ahuri de voir le juge Genillard sanctionner cette requête provisionnelle, en condamnant les plaignants à des milliers de francs de dépens!

A ce stade de la procédure, il semble plus coûteux de s'attaquer aux secrets de Nestlé qu'à ceux d'Attac-Vaud…

Source: www.lecourrier.ch