Pourquoi haïssent-ils tant les Occidentaux, on se le demande !

Et une fois de plus, voilà qu’Israël ouvre aux Palestiniens les portes de l’enfer. Quarante civils réfugiés dans une école des Nations Unies sont tués, trois de plus dans une autre école. Pas mal en une nuit de boulot dans la bande de Gaza pour cette armée qui croit en la « pureté des armes ». Et à quoi d’autre faudrait-il s’attendre ?
Source : The Independent

7 janvier 2009

Qui se souvient des 17 500 morts – quasiment tous des civils, des femmes et des enfants pour la plupart – victimes de l’invasion du Liban par Israël en 1982 ; des 1 700 civils palestiniens massacrés à Sabra et Chatila ; du massacre de Qana, en 1996, où 106 civils réfugiés libanais, dont plus de la moitié étaient des gosses, furent assassinés dans une base des Nations unies ; du massacre des réfugiés de Marwahin, en 2006, auxquels les Israéliens avaient donné l’ordre de déguerpir et qui furent fauchés à la mitrailleuse par l’équipage d’un hélicoptère israélien ; des 1000 victimes qui périrent dans des bombardements et l’invasion du Liban de 2006 ? Pratiquement tous étaient des civils.

Ce qui est incroyable, c’est que tant de dirigeants occidentaux, tant de présidents et de premiers ministres, et semble-t-il tant de rédacteurs et de journalistes, aient pu se contenter de ces vieilles salades sur les Israéliens qui prennent le plus grand soin d’éviter les pertes civiles [ndt : littéralement, le terme anglais « casualties » signifie négligences]. « Israël fait tous les efforts possibles pour éviter les pertes civiles », déclarait un ambassadeur israélien à peine quelques heures avant le massacre de Gaza. Il n’est pas un président ou un Premier ministre qui, après s’être caché derrière ce prétexte pour ne pas réclamer un cessez-le-feu, n’ait aujourd’hui sur les mains le sang de la boucherie de l’autre soir. Si George Bush avait eu le courage d’exiger un cessez-le-feu immédiat 48 heures plus tôt, ces 40 civils, femmes, enfants et vieillards, seraient encore en vie.

Ce qui s’est passé n’est pas simplement honteux, c’est inqualifiable ! Osera-t-on parler de crime de guerre ? C’est pourtant bien le terme qu’on utiliserait si cette atrocité avait été commise par le Hamas. Eh bien, qu’on le veuille ou non, c’est bien un crime de guerre ! Après avoir couvert comme journaliste tant de massacres imputables aux armées du Moyen-Orient – aux troupes syriennes, aux troupes irakiennes, aux troupes iraniennes, aux troupes israéliennes – je devrais être blasé… Mais qu’Israël prétende mener notre guerre contre le « terrorisme international »… Que les Israéliens puissent soutenir que c’est pour nous, pour nos idéaux occidentaux, pour notre bien, pour notre sécurité, pour nos valeurs, qu’ils combattent dans la bande de Gaza… Nous sommes de fait complices de toute l’horreur qui vient de s’abattre sur Gaza.

Les excuses que l’armée israélienne a pu nous servir pour ses exactions, il y en a plein mes reportages. Comme on va probablement nous les resservir réchauffées dans les heures qui viennent, en voilà déjà quelques-unes : « Les Palestiniens ont tué leur propre réfugiés ; les Palestiniens ont sorti des corps des cimetières, pour les disposer dans les ruines ; en fait, ce sont les Palestiniens les coupables, ils soutenaient une faction armée ; les milices palestiniennes utilisent sciemment les réfugiés innocents comme bouclier humain… ».

Le massacre de Sabra et Chatila a été commis par les phalanges de l’extrême-droite libanaise, alliées d’Israël. Pendant ce temps, selon la commission d’enquête israélienne, les troupes israéliennes les ont regardé faire, 48 heures durant, sans lever le petit doigt [ndt : la version officielle de ladite commission d’enquête est notoirement contestée, il semble plutôt que les troupes israéliennes, alors dirigées par Sharon ont manifestement pris part au massacre]. Lorsque on a reproché à Israël cette attitude, le gouvernement de Menahem Begin a accusé la terre entière de vouloir salir Israël. En 1996, quand l’artillerie israélienne a tiré des obus sur la base de Qana, une base des Nations Unies, les Israéliens ont prétendu que des tireurs du Hezbollah s’y cachaient. C’était parfaitement faux ! L’attaque de 2006 a fait plus d’un millier de morts – cette campagne répondait à la capture de deux soldats israéliens par le Hezbollah à la frontière [ndt : en zone occupée]. La totalité des victimes fut imputée au Hezbollah. Israël a prétendu que les corps d’enfants tués à Qana dans un second massacre avaient été exhumés d’un cimetière. C’était parfaitement faux ! Pour le massacre de Marwahin, personne n’a présenté d’excuses. Les Israéliens avaient ordonné aux villageois de s’enfuir, ils avaient obéi aux ordres. Lorsqu’ils furent pris pour cibles par un hélicoptère de combat israélien, les réfugiés mirent leurs enfants en évidence autour du camion dans lequel ils avaient fui, afin que les pilotes israéliens puissent voir qu’ils étaient innocents. L’hélicoptère les mitrailla alors presque à bout portant. Il n’y eut que deux survivants, qui avaient fait le mort. Israël ne s’est pas encombré d’excuses.

Douze ans plus tôt, un autre hélicoptère israélien s’en était pris à une ambulance qui transportait des civils d’un village voisin – eux aussi avaient reçu d’Israël l’ordre de déguerpir. Deux femmes et trois enfants furent tués. Les Israéliens prétendirent qu’un combattant du Hezbollah se trouvait dans l’ambulance. C’était parfaitement faux ! Comme journaliste, j’ai couvert toutes ces horreurs, j’ai enquêté sur chacune d’elles, interviewé les survivants. Bon nombre de mes collègues ont fait de même. Inévitablement, on nous colla bien sûr la plus infâmante des étiquettes : Nous ne pouvions qu’être antisémites !

Quant à ce qui suit, je n’ai pas le moindre doute : on va nous les ressortir ces balivernes infectes. Ce sera encore la faute au Hamas – et Dieu sait qu’on peut déjà lui en reprocher sans avoir besoin d’y rajouter ce crime là. Et on va probablement nous ressortir l’histoire des corps exhumés d’un cimetière, et nous raconter qu’il y avait des tireurs du Hamas dans l’école de l’ONU. Et on nous rebalancera à coup sûr les mêmes salades sur l’antisémitisme. Et nos dirigeants offusqués dégoiseront à qui mieux mieux pour rappeler au monde qu’au départ c’est bien sûr le Hamas qui a rompu le cessez-le-feu. C’est parfaitement faux ! Israël l’avait déjà rompu dès le 4 novembre, quand ses bombardements ont tué six Palestiniens à Gaza, puis de nouveau le 17 novembre, en en tuant quatre de plus dans un autre bombardement.

Oui, les Israéliens ont droit à la sécurité… Vingt Israéliens tués en dix ans autour de Gaza. Piètre statistique ! Six cent Palestiniens tués en à peine plus d’une semaine, des milliers depuis 1948 – quand le massacre de Deir Yassin a permis de provoquer la fuite des Palestiniens hors de cette région de Palestine qui allait devenir Israël. C’est pas vraiment la même échelle ! C’est pas un bain de sang ordinaire au Moyen-Orient. C’est une atrocité du niveau des guerres des Balkans dans les années 1990. Et bien évidemment, quand on verra un Arabe furieux s’agiter et laisser éclater toute sa rage et sa haine de l’Occident, nous prétendrons que nous n’avons rien à voir là dedans. Et on se demandera : Mais pourquoi est-ce qu’ils nous haïssent comme ça ? Qu’on ne vienne pas me dire qu’on n’en sait rien !

Traduit de l’anglais par Dominique Arias

(Les notes entre [ndt : …] sont du traducteur et n’engagent que lui)