Pourquoi William, sans-papiers, a tenté de se suicider

Ce dimanche 27 août 2006, M. William Sandoval, « Sans papier » d'origine équatorienne, a tenté de mettre fin à ses jours sur la place Dailly, à Schaerbeek, par désespoir suite à sa situation administrative et humaine. Cet homme, un artiste vivant en Belgique depuis 10 ans, est désespéré de ne pas voir sa situation évoluer, et pire, de la voir chaque jour se dégrader tant administrativement qu'humainement.

En tentant de sauter du haut d'une grue, William Sandoval a mobilisé les pompiers, le bourgmestre de la commune de Schaerbeek et même le directeur de l'Office des Etrangers.

En effet, M. Roosmond a été directement interpellé en plein dimanche par Ali Guissé, le porte parole de l'UDEP, lui-même dépêché sur les lieux pour venir en aide au « Sans papier ». Le directeur de l'Office des Etrangers a ainsi promis que M. Sandoval ne serait pas expulsé ni retenu dans un centre fermé.

L'UDEP est évidemment bouleversée par ce drame dont la mort d'homme a été évitée de justesse. Elle indique que l'attitude de William Sandoval ne lui est pas étrangère, car les membres de l'UDEP vivent au quotidien le désespoir exprimé par les « Sans papiers » dans toutes les occupations et en dehors. A l'instar de M. Sandoval, de nombreuses demandes de régularisation sur base de l'article 9.3 de la loi sur le séjour des étrangers, ont été ignorées par les récentes mises à niveau de la loi belge en cette matière. Cette loi n'a en effet traité que des seules demandes d'asile, et qui plus est, de certaines catégories de demandes d'asiles, ce qui au total ne concerne qu'une petite minorité de « Sans papiers ».

Nous interpellons le ministre de l'intérieur et son administration, ainsi que les autorités publiques dont notamment les bourgmestres, pour leur rappeler que les grèves de la faim menées par plusieurs « Sans papiers », loin d'être un « chantage » comme aiment à les présenter ces autorités, traduisent tout simplement le réel désarroi et la vive détermination d'hommes et de femmes qui sont maintenues dans un statut de précarité et d'injustice inhumaines. Les réponses musclées et inadaptées des autorités à ces grèves de la faim sont donc totalement inappropriées.

Nous désapprouvons la tentative de suicide ou le suicide comme moyen d'expression, tout comme nous avons toujours considéré la grève de la faim comme une arme de dernier recours. Mais lorsque son auteur, qui ne demande pas avis à autrui, est décidé à poser un tel acte, on ne peut que l'en dissuader.

William Sandoval a choisi de poser son acte en public, d'une manière telle qu'il ait pu être sauvé. Mais combien demain seront tentés de vouloir poser le même acte en secret, nous léguant peut-être un corps et une lettre comme en leur temps Yaguine et Fodé, ces deux enfants guinéens dont les corps avaient été retrouvés dans le train d'atterrissage d'un avion de la SABENA ?

Monsieur le ministre, mesdames messieurs les bourgmestres, combien de tentatives de suicides devront-elles se solder par un décès pour que vous preniez à sa juste mesure l'ampleur du problème ? Allez-vous expulser tout le monde d'un seul coup pour que personne ne se suicide sur le territoire de votre compétence ? Ou alors la détresse d'un « Sans papier » ne vaut-elle pas qu'on s'y arrête et qu'on s'attaque à la racine du mal ?

La longueur des durées des procédures, l'arbitraire et l'injustice permanentes observées dans le traitement des dossiers de régularisation sont grandement responsables de la précarité dans laquelle sont maintenues des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants pourtant souvent parfaitement intégrés et productifs dans notre pays.

L'UDEP rappelle que, dans le contexte actuel, le traitement au cas par cas de chaque dossier reste une solution rétrograde, qui n'apporte aucune réponse adéquate à la gravité du problème exprimé par les « Sans papiers ». Elle rappelle que seuls le vote d'une loi établissant des critères clairs et permanents et une régularisation massive, comme cela a été le cas en Espagne et en Italie, pays de plus grande immigration que la Belgique, pourront apporter une solution adaptée à la gravité du problème. Elle demande par conséquent au ministre de l'intérieur et à son administration de procéder le plus rapidement possible à ces solutions, avant que, de désespoir, une ou plusieurs autres tentatives de suicide ne se soldent par des drames.

Pour l'UDEP, Guissé Ali porte parole national

Moïse Essoh, conseiller en communication de l'UDEP



Ali Guissé

Coordinateur & Porte Parole

Général de UDEP National.

Gsm: 0498/33.07.48

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