Pourquoi Bush a besoin d'une guerre civile au Liban

L’escalade de la violence que le Liban a vécue, il y a trois semaines, et qui a laissé ses empreintes mortelles sur plusieurs régions du pays et plusieurs quartiers de la capitale, Beyrouth, constitue un nouveau tournant très dangereux : elle risque, si elle n’est pas contenue, de dégénérer en un chaos sanglant et destructeur entraînant notre pays dans une nouvelle tourmente que nous voyons gronder, depuis quelques temps déjà, en Irak et, aujourd’hui, en Palestine.

LA GUERRE CIVILE AU LIBAN :

NOUVELLE TENTATIVE AMERICANO-ISRAELIENNE

DANS LE CADRE DU « GRAND MOYEN ORIENT »

Pour comprendre les raisons et les objectifs de cette escalade, il nous faudra revenir, une fois de plus, aux conséquences de deux agressions qui, à trois ans d’intervalle, furent, malgré toute la haute technologie déployée et les armes de destruction massive utilisées (dont certaines pour la première fois dans l’Histoire contemporaine), des échecs cuisants dans la stratégie moyen-orientale de l’administration américaine dirigée par le tandem G. W. Bush-Dick Chenney. La première de ces guerres étant celle menée, depuis quatre ans, contre l’Irak et son peuple ; la seconde est la guerre contre le Liban, qui se poursuit depuis l’an 1978 et dont la dernière étape fut l’agression israélienne de juillet-août 2006…

La dernière guerre étasunienne contre l’Irak, préparée bien avant le 11 septembre 2001, visait, selon les stratèges « zionist christians » qui l’avaient préparée, à faire d’une pierre trois coups : d’abord, contrôler le cœur de la Péninsule arabique et son pétrole tout entier ; ensuite, se placer à quelques encablures de l’Iran et des Républiques pétrolières de l’ex Union Soviétique ; enfin, et à partir du projet formulé sous le titre de « Grand Moyen Orient », refaire la carte géopolitique de toute la région à commencer par le Liban et jusqu’aux confins de la Chine.

Les échecs étasuniens et leurs conséquences

Cependant, et bien que quatre ans se soient déjà écoulées, et malgré plus de 600 000 Irakiens tués (selon des estimations britanniques) par les armées étasuniennes ou dans la guerre civile que l’administration de Georges W. Bush a provoquée sous prétexte de ramener ce pays « à la démocratie », Washington patauge toujours et n’arrive pas à contrôler l’Irak. D’un autre côté, ses alliés Israéliens sont toujours mis en échec par l’Intifada palestinienne.

Quant à la Résistance libanaise et son noyau dur, le Hezbollah, ils sont toujours très présents et, même, plus représentatifs que jamais, surtout que le retrait des troupes syriennes à la suite de l’assassinat de Rafic Hariri, ex Président de Conseil libanais, en février 2005, avait permis la création d’ententes politiques nouvelles dont les premiers effets furent la scission, une fois de plus, des « Chrétiens libanais », alliés historiques des Etats Unis, en deux camps antagonistes : celui, « loyaliste », dirigé par Samir Geagea, chef des « Forces libanaises », et l’autre, « opposant », présidé par le général Michel Aoun.

Que faire, alors, pour appliquer le projet du « Grand Moyen Orient », sinon recourir à la guerre civile un peu partout. N’est-ce pas ainsi que des peuples hostiles peuvent être mis hors de toute possibilité de « nuire » aux grands intérêts des sociétés productrices d’armes ou de pétrole ?

Et, c’est ainsi que commença le nouveau tournant libanais.

Le Liban, dont Georges Bush ne connaissait même pas l’existence durant son premier mandat, était devenu la priorité première de la politique étasunienne. Et son gouvernement que la moitié du peuple libanais, au moins, refuse est « légalisé » de force par la troisième Conférence de Paris qui a statué que les prêts pour la reconstruction que la société internationale accordait au Liban reposaient sur une condition Sine Qua Non : l’argent contre la présence de Fouad Sanioura à la tête du gouvernement libanais. Et, bien que la moitié des Libanais aient manifesté leur mécontentement contre ce gouvernement qui n’a rien fait, depuis deux ans, que lever de nouveaux impôts indirects, préparer des projets de privatisation dans les domaines de la sécurité sociale , l’électricité et le téléphone, tenter de prendre les armes de la Résistance libanaise pour plaire à Condoleeza Rice et ses supérieurs hiérarchiques et suivre les conseils de l’ambassadeur étasunien à Beyrouth, Jeffry Filtman, le Conseil de sécurité des Nations Unies et, avec lui, tous les chefs d’Etats « démocratiques » trouvent que ce gouvernement, diminué et encerclé par la foule, est le plus « légal » du monde. Et vive la démocratie à l’américaine !

Le projet : homologuer

L’agression israélienne et la guerre civile

Et c’est ainsi qu’est né le nouveau projet pour le Liban : homologuer une guerre civile, basée, cette fois, non sur une division entre Chrétiens et Musulmans, puisque les Chrétiens sont déjà divisés entre eux, mais entre Musulmans sunnites et chiites, avec le retour des raids de l’aviation israélienne, puisque l’armée de terre, prétendument invincible, est en chute libre, à la suite des coups que le Hezbollah et les autres factions de la Résistance nationale libanaise lui avaient porté entre juillet et août 2006.

Et, tandis que des bagarres entre étudiants se déchaînaient à l’Université arabe de Beyrouth, des tueurs, embusqués sur les toits des immeubles entourant, comme par hasard, cette université faisaient un carnage parmi les gens. Tout cela enveloppé par des discours enflammés qui fusaient de partout, par des barrages faisant le tri confessionnel des automobilistes et, surtout, par des rumeurs qui vont grandissant sur des préparatifs à la guerre civile et des armes distribuées dans certains quartiers et certaines régions.

Et tandis que Georges Bush stigmatise le monde « civilisé » contre le Hezbollah, au Liban, et le Hamas, en Palestine où les batailles de rues ont, pendant quelques jours, fait, là aussi, de nombreuses victimes, les préparatifs militaires se faisaient en douce contre Bagdad et les Israéliens revenaient tout près des frontières libanaises afin de changer certains points de la « ligne bleue » à leur profit au vu et au su des troupes de la FINUL renforcée qui doit, en principe, appliquer la résolution 1701 en empêchant les « actes offensifs » menés par Israël contre le Liban.

D’ailleurs, les nouveaux chefs militaires israéliens, qui ont remplacé les généraux déchus, ne cachent guère qu’ils se préparent à une nouvelle agression contre le Liban ; certains vont même jusqu’à parler de dates possibles : le printemps ou bien l’été prochains… Cela veut dire que les survols du territoire libanais visent à situer les nouvelles cibles à bombarder par les nouvelles armes étasuniennes. Cela veut dire, aussi, que la guerre civile que Bush et ses acolytes font profiler devant nous a pour objet de nous empêcher de faire face là où il faut ; ce qui permettrait à Israël de restaurer son « image » et celle de son armée prétendue « invincible ». Sans oublier le bien que cela ferait, en cas de succès, à la société israélienne qui vit les traumatismes de la guerre, depuis les bombardements de l’été dernier.

Voilà pourquoi une guerre civile au Liban est pressante. Non seulement parce qu’elle perturbe la paix sociale et entrave le rassemblement du peuple libanais autour de ceux qui le défendent réellement, mais aussi parce que la guerre nouvelle qui se prépare ne vise pas le Liban, aux dires de certaines sources occidentales, mais la Syrie et l’Iran. Ce qui veut dire que, dans un premier temps, le Liban doit être « nettoyé » des opposants afin qu’il puisse servir, dans un second temps, de point de départ de la campagne pour la « démocratisation » de la Syrie.

Une fois de plus de plus, le Liban et son peuple sont dans le collimateur. Seul un gouvernement, souverain face à la tutelle étasunienne et s’appuyant sur la Résistance, peut les en sortir.

Marie NASSIF-DEBS

Beyrouth, le 11 février 2007