Pologne : une grève qui donne de l’espoir

Ils ont passé Noël et le jour de l’an en grève. Ils ne se sont pas rendus. La grève des mineurs de la mine « Budryka » constitue le plus grand mouvement de protestation dans le secteur des mines en Pologne depuis 1989. C’est donc aussi le signal de la renaissance du mouvement syndical en Pologne.

Trybuna Robotnicza

Janvier 2008

Traduit au français par Bruno Drweski

« La mine Budryka n’est pas en état de banqueroute, même si la grève devait durer plusieurs mois, mais les familles des mineurs en grève sont, elles, en état de banqueroute » constate Piotr Bojarski, le directeur de la mine où a lieu depuis le 17 décembre, une grève d’occupation. Mais les mineurs n’ont pas peur pour autant.

La mine Budryka est située en Haute Silésie. Chaque mineur produit en moyenne 1400 tonnes de charbon par an, alors que la moyenne nationale dans les autres mines est de 700 tonnes, c’est une des mines les plus rentables et les plus modernes de Pologne. Au cours des trois premiers trimestres de 2007, ses bénéfices nets s’élevaient à 12,6 millions d’euros. Et malgré cela, les salaires y sont parmi les plus bas de tout le secteur minier.

La mine – jusqu’à présent autonome – a été rattachée le 1er janvier 2007 à la Société par action des mines de Jastrzebie. Les mineurs avaient rejeté, à l’occasion de deux referendum, cette proposition de rattachement tant que leurs salaires ne seraient pas égalisés avec ceux des autres travailleurs de cette société. Ce qui correspond au droit du travail polonais – à travail égal, salaire égal! Mais la direction avait un autre point de vue.

Le 13 décembre, deux, puis cinq ouvriers ont commencé une grève de la faim. Le 17 décembre, les travailleurs de la mine ont voté pour la grève. Trois syndicats sont entrés dans le comité de grève – Août 1980, Kadra et l’Union de Budryka. « Solidarnosc » et le syndicat « post-communiste » Syndicat des mineurs se sont opposés à la grève et ont commencé à organiser un mouvement de briseurs de grève – mais il faut dire que ces syndicats étaient connus depuis longtemps comme des « syndicats dans la poche de la direction ».

Ce qui caractérise cette grève, c’est le manque de disponibilité de la direction à entreprendre des négociations. Le directeur Bojarski traite les travailleurs d’une façon hautaine, déclarant qu’il n’a personne avec qui négocier. Il suspend les négociations, envoie des lettres aux familles des grévistes en tentant de leur faire peur sur les conséquences des actions entreprises, il envoie des équipes de gardiens, il accuse sans aucune preuve les grévistes de détruire le bâtiment administratif de la mine, puis finalement il tire son plus gros calibre, en déclarant que la grève est illégale.

Mais les mineurs ne se sont pas laissé effrayer. Ils ont cherché des appuis extérieurs. À la veille de Noël, que les mineurs ont passé dans la mine occupée, les grévistes ont donné 35 litres de sang. Les sucreries qu’ils ont reçues de la part de la population soutenant les grévistes ont été transmises aux orphelinats. Le 26 décembre, un groupe de grévistes est descendu sous terre pour garantir la sécurité et celle des machines, les mineurs veillent sur leur outil de travail.

Le site Internet « zzkadrabudryka.republika.pl », actualisé en permanence, est devenu la page non officielle des grévistes. Les mineurs utilisent les nouvelles technologies – on peut regarder un film sur la grève sur youtube. Ce qui est cependant le plus important, c’est que leur appel dirigé vers les « personnes de bonne volonté » a commencé à rencontrer des appuis, ainsi que des soutiens financiers en provenance de toute la Pologne et aussi de l’étranger. Les camarades des autres mines ont apporté des repas, de l’eau, des couvertures. Des lettres d’appui ont été reçues du metteur en scène britannique Ken Loach, de l’écrivain Dario Fo, de la fraction Gauche Unie du groupe euro parlementaire GUE/NGL, de 18 sénateurs italiens de gauche, des syndicats grecs, français, italiens… Voilà la réponse concrète à la phrase que l’on retrouve dans l’appel des mineurs de Budryka « Que le slogan de la solidarité internationale ne soit pas un slogan creux ». On a déjà affaire à la plus grande campagne de solidarité entre les ouvriers polonais depuis 1989. Le 4 janvier, 150 mineurs ont commencé la grève sous terre. Bientôt ils ont été 500 grévistes. C’est la plus grande grève souterraine en Pologne depuis 1989. La direction appelle les grévistes des « terroristes » mais personne ne force des mineurs à rester sous terre. Ce sont des adultes qui savent que la mine ce n’est ni un terrain de jeu pour enfants ni un sanatorium ou une plage sur laquelle on peut s’étendre, a déclaré le directeur Bojarski.

La direction a alors émis le voeu de négocier. Les mineurs sont remontés à la surface mais la grève d’occupation continue. D’autant plus que la direction s’est encore une fois retirée des négociations promises. Le 15 janvier, le vice-premier ministre Waldemar Pawlak (Parti paysan) a déclaré : « Trois syndicats très radicaux ne peuvent pas déstabiliser tout le secteur minier ».

Les femmes de mineurs tiennent le coup aux côtés de leurs maris. Elles ont organisé des manifestations de soutien devant la mine. Elles ont organisé une délégation à Varsovie pour négocier avec le vice-premier ministre W. Pawlak. Mais celui-ci a préféré fuir devant ces femmes, pour une rencontre à Lublin avec … des militants de son parti.

150 mineurs ont alors recommencé la grève sous terre. Et quelques centaines manifestent en haut. Plus de 30 y font aussi la grève de la faim. Plusieurs d’entre eux, épuisés, ont dû être évacués vers l’hôpital. Un sondage réalisé le 20 janvier pour la télévision publique montre que 69% des Polonais soutiennent les grévistes, malgré la forte campagne médiatique contre la grève.

Toute la Pologne observe Budryka . Car c’est en fait l’affaire de toute la Pologne, ou plus exactement de cette Pologne qui doit s’exténuer pour quelques centimes ou choisir l’émigration. Le succès de cette grève serait celui de tous les travailleurs polonais. Des mineurs, des infirmières, des enseignants, des travailleurs des autres secteurs qui en ont assez de se serrer la ceinture, alors qu’on leur parle du miracle économique polonais.

Comme le chantent déjà les grévistes de Budryka, dans leur premier chant de grève :

« Demain viendra le temps de la victoire

Car nous y avons droit

pour notre dur labeur et notre destin.

Aujourd’hui chacun y croit. »