Plan immigration de Bush : une leçon de démagogie raciste

La démagogie. C’est cette espèce de substance que le politique remue à la pelle quand il dit ce que les gens veulent entendre, même si, dans un même temps, il les poignarde allègrement dans le dos.

Le discours du président George W. Bush sur l’immigration, diffusé en direct par les médias, ce 15 mai, en était truffé, de cette « substance ».

Il a déclaré : « Les États-Unis ne vont pas militariser la frontière sud. » Mais il a exposé un plan consistant à envoyer 6 000 hommes de la Garde nationale à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Un sénateur de l’Illinois, Richard J. Durbin, a calculé que le plan pouvait résulter dans le déploiement de plus de 150 000 membres de la Garde sur cette même frontière au cours des deux années à venir. (New York Times, 17 mai 06)

Le déploiement des troupes de la Garde nationale se fera en complément du plan de Bush prévoyant d’accroître le nombre d’agents de la Border Patrol (Patrouille frontalière) et de le porter de 9 000 hommes à 12 000.

Avec l’énorme déploiement de troupes de la Garde nationale en Irak et en Afghanistan, la plupart des États américains connaissent déjà une pénurie d’effectifs lorsqu’ils doivent affronter des catastrophes naturelles ou autres. En février, des gouverneurs des partis tant républicain que démocrate se sont rencontrés à Washington et ont conclu que « les mesures de l’administration Bush privaient la Garde nationale de ses équipements et effectifs prévus en réalité pour répondre aux ouragans, inondations, tornades, incendies forestiers et autres situations d’urgence ». (New York Times, 27 février 06)

Ouragans, inondations… Pensons à Katrina et aux appels au secours restés sans réponse des gens sur le point de se noyer. Ou à ces grêlons aussi gros que des pamplemousses qui sont tombés sur le Tennessee le mois dernier. Ou encore aux récentes inondations en Nouvelle-Angleterre.

Tous les spécialistes mettent en garde contre le fait qu’avec les changements climatiques extrêmes provoqués par le réchauffement planétaire, nous n’en sommes encore qu’au début de telles calamités. Et pourtant, Bush ne s’est pas précipité devant les caméras avec l’un ou l’autre plan censé traiter ces pénibles urgences. En fait, rien, absolument rien n’est entrepris par ces prétendus gros pontes de la « Sécurité intérieure » en vue de remédier à ces désastres, malgré le budget colossal dont ils disposent. Ils sont bien trop occupés à écouter de leurs longues oreilles les conversations téléphoniques des citoyens et à rédiger de juteux contrats commerciaux en vue de se procurer le tout dernier cri en matière d’engins de surveillance électronique.

La surveillance le long de la frontière. Bush déclare : « Nous allons lancer l’initiative de sécurité frontalière la plus avancée sur le plan technologique de toute l’histoire des États-Unis. Nous allons construire des clôtures de haute technologie dans les corridors urbains ainsi que de nouvelles routes et barrières pour les patrouilles dans les zones rurales. Nous allons utiliser des capteurs de mouvement, des caméras à infrarouges et des avions sans pilote pour empêcher les franchissements illégaux. »

Et dans le portefeuille des gens. Bush déclare : « Il devrait exister une nouvelle carte d’identité pour chaque travailleur étranger autorisé. Cette carte devrait recourir aux technologies biométriques, telles les empreintes digitales… »

Tout cela va coûter des milliards de USD, lesquels se faufileront sans la moindre difficulté dans les poches de ceux qui sont déjà très riches. Les travailleurs de ce pays n’y gagneront pas un cent. Détourner l’argent du gouvernement prévu pour d’autres projets, à vocation sociale, ne peut que signifier de nouvelles coupes sombres dans le secteur public.

La solidarité, voilà ce qu’il faut impérativement

Depuis mars, des millions – littéralement – d’immigrés ont manifesté pour réclamer le droit de vivre et de travailler dans ce pays comme tout un chacun. Ce mouvement a fait boule de neige après que la Chambre a approuvé le projet de loi Sensenbrenner-King, vraiment draconien, censé punir de peines très sévères toute personne découverte sans papiers de même que ceux qui emploient ou aident ces illégaux. Bush est descendu à pieds joints dans l’arène quand il est apparu clairement que ce projet de loi n’aboutirait à rien.

Les immigrés sans papiers ont déjà eu la vie passablement dure avant cette dernière attaque dont ils font l’objet, avec cette menace de déportation qui leur pend au nez, même s’ils vivent et travaillent ici depuis des années, s’ils sont forcés d’accepter des boulots payés en dessous du minimum autorisé ou s’ils travaillent au jour le jour, sans le moindre avantage ou la moindre sécurité de quelque genre que ce soit.

De plus en plus, la droite de ce pays découvre que les travailleurs sont très mécontents. Elle essaie de diriger cette colère vers les immigrés. Dans le monde complètement déformé de Pat Buchanan, de Lou Dobbs (CNN) et d’autres démagogues, s’il y a un problème, ce n’est pas parce que les toutes-puissantes sociétés connaissent une frénésie de licenciements et de détricotage des salaires, des pensions et des soins de santé ; ce n’est pas non plus parce que la pulsion incontrôlable de vouloir bâtir un empire mondial, dirigé par les géants du pétrole, s’empare avidement des centaines de milliards de USD destinés aux écoles, aux hôpitaux et à l’ensemble des services publics.

Le mensonge qu’ils avancent, c’est parce que « des immigrés illégaux prennent vos emplois et ne paient pas d’impôts ».

Les deux éléments de cette assertion sont absolument faux et mijotés en vue de dresser les travailleurs les uns contre les autres. Ce sont les patrons qui décident qui ils vont embaucher et qui ils vont licencier. Les patrons capitalistes fouillent les moindres recoins du globe à la recherche d’endroits où ils peuvent payer des salaires plus bas. Ils encouragent également l’immigration quand ils ont besoin de main-d’œuvre ici – mais privent délibérément les immigrés de leurs droits, afin de les maintenir dans des conditions les empêchant de gagner davantage.

Le plan de Bush concernant les « travailleurs immigrés » vise précisément à favoriser cette politique. Il ferait le bonheur des gens qui emploient des immigrés, main-d’œuvre aux salaires excessivement bas qu’on peut ensuite renvoyer chez elle avant même qu’elle ait l’occasion d’obtenir les droits des citoyens de ce pays.

Voilà bien une recette pour assurer la pérennité des salaires extrêmement bas. La seule façon d’en venir à bout, c’est de construire une solidarité entre tous les travailleurs qui, dès lors, pourront lutter ensemble contre ceux qui les escroquent de leur moindre salaire.

Quant aux impôts, l’actuelle loi a été rédigée de telle façon que les deux tiers des sans-papiers – soit 8 millions sur les 12 millions qu’on estime présents aux États-Unis – voient leurs impôts et taxes déduits d’office de leur enveloppe de paie.

Ceci, du fait que le Service interne des Revenus, depuis 1996, a suivi une politique consistant à procurer des numéros d’identification aux travailleurs démunis de papiers. Ces immigrés, qui ne peuvent accéder à l’écrasante majorité des emplois sans ce numéro d’identification, se voient « retenir automatiquement de leur feuille de paie les taxes de Sécurité sociale et de soins de santé (Medicare). Puisque les travailleurs sans papiers n’ont que des immatriculations fantaisistes, ils ne seront jamais en mesure de profiter des avantages que ces taxes sont censées leur procurer. L’an dernier, les revenus tirés de ces immatriculations de fantaisie – et que l’administration de la Sécurité sociale dissimule dans les ‘gains des fichiers en suspens’ – ont contribué pour au moins 10 pour 100 aux excédents de la Sécurité sociale. Les sommes représentées par les fichiers en suspens augmentent en moyenne de plus de 50 milliards de USD par an. » (“Illegal Immigrants are Paying a Lot More Taxes Than You Think” (Les immigrés illégaux paient bien plus d’impôts que vous ne croyez), Knight Ridder, Tribune News Service, 1er mai 06)

Ce sont les immigrés qui se font écorcher ici, aussi bien par les employeurs que par le gouvernement capitaliste, et non l’inverse.

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