Pillés là-bas, sans-papiers ici

Les expulsés de Cachan… et d'ailleurs.

Témoignages lus dans l'Humanité du 14 septembre 2006 sur les expulsés de Cachan.

Des artistes et des travailleurs sociaux solidaires parlent. Voici quelques expressions clés :

CALI, chanteur : "Il faut désobéir"

Josiane BALASKO, actrice : "Ils n'ont pas de porte-voix"

BÉNABAR, chanteur : "Ça fait flipper"

Rony BRAUMAN, ancien président de Médecins sans Frontières : "La rue leur a été imposée"

Charles BERLING, acteur : "On vend la haine"

OMAR et FRED, humoristes : "Nous aimons les choses justes"

Amazigh KATEB, membre du groupe Gnawa Diffusion : "Manoeuvres électoralistes"

Dan FRANCK, écrivain : "Nous sommes un pays riche"

Mgr GAILLOT, évêque : "J'ai honte"

Marc NAMMOUR, memebre du groupe La Canaille : "Un acte affligeant"

Les Hurlements d'Léo, musiciens : "On nous trompe complètement"

Mathieu KASSOVITZ, réalisateur et acteur : "Juste être généreux"

Nikkfurie, chanteur du groupe La Caution : "Le théâtre de la démagogie"

Nicolas LEFÈVRE, membre du groupe Lulu : "On régresse"

Mano SOLO, chanteur : "Manipulation politicienne"

Danielle MITTERRAND : "Un devoir de solidarité"

Moustapha AMOKRANE, membre du groupe Zerda et des Motivés : "C'est inacceptable !"

Thomas PITIOT, chanteur : Une rupture radicale"

Stéphane DIAGANA, ancien champion du monde d'athlétisme : "Par humanisme"

Sergent GARCIA, chanteur : "Fruit de la colonisation"

Pascal GABAY, chanteur du groupe Les Szgaboonistes : "Un réflexe de dégoût"

Grégoire SIMON, chanteur de Têtes Raides :"La vitalité de la France"…"Tous les enfants nés icidoivent être régularisés, leurs parents aussi. C'est notre richesse, notre espoir…"

Aminata TRAORÉ, ancienne ministre du Mali : "Un besoin de synergie" (Texte intégral reproduit plus bas)

Valérie LANG, comédienne : "Des parias et des esclaves".

Extraits de l'article de Catherine TUREC, Directrice d'École maternelle dans le quartier populaire du 19e arrondissement de Paris, "invitée de la Semaine" à l'Humanité quotidienne.

«Pillés là~bas, sans-papiers ici.

Peu d'humains émigrent par plaisir. Seuls un désespoir local et un espoir ailleurs poussent ces migrants à quitter la terre qui les a vus naître.

L'origine de leur misère est systématiquement liée au commerce. Commerce des matières premières alimentaires : des millions d'hectares …consacrés à l'alimentation animale des pays occidentaux, au café, au cacao, aux fruits et légumes exotiques, aux cerises à Noël ou à la tomate toute l'année… et donc à d'autres fins que celle de l'autosuffisance alimentaire. Commerce des matières premières minières : les métaux et minéraux, les énergies fossiles. Commerce des biens de consommation d'obsolescence semestrielle : ordinateurs, vêtements, téléphones portables et autres gadgets audiovisuels …

Riches en ressources naturelles et en force dè travail bradée, ces pays sont pillés impitoyablement par les multinationales. Certains d'entre nous en sont peut-¬être actionnaires. Ce saccage ne peut que mettre les habitants de ces région à genoux, voire les couche plus bas que terre.

Leur survie et celle de leur famille n'est possible que par l'émigration dans les pays occidentaux riches de leur propre richesse …

Quelle légitimité morale peuvent avoir les pays nantis à rejeter les sans-papiers ?

20% de l'humanité consomme 80% des ressources naturelles mondiales …

Il me paraît difficile de jeter la pierre à ces humains qui viennent en Occident pour récupérer quelques minuscules miettes de la richesse issue de leur pays d'origine, acceptant par défaut des conditions de vie plus que dramatiques, car ces naufragés de la mondialisation n'échouent pas dans les classes moyennes ou supérieures mais chez ceux qui sont les plus fragilisés socialement …»