Perspectives pour le combat des paysans du Sud

Contribution du Comité de solidarité avec les paysans de la réforme agraire –Egypte
Au Forum Social pour les alternatives (Caracas, Venezuela, 13-18 octobre 2008)

Messieurs, Mesdames, membres du Forum social mondial pour les alternatives,

– Au nom du Comité de solidarité avec les paysans de la réforme agraire en Egypte, je remercie les organisateurs de ce Forum de nous avoir invités, et je salue en particulier le peuple vénézuélien et ses dirigeants qui accueillent ce Forum, organisé au moment où nos ennemis nous encerclent et ont bloqué toutes les portes de sortie, ne nous laissant qu’une seule voie pour continuer dans la vie: celle de la résistance.

– Nous savons tous que la question paysanne est une question complexe, constituée de nombreux maillons, dont chacun compte de menus détails.
Discuter cette question ne peut se faire en discutant de ces maillons parallèlement; dans toute question nationale ou internationale, il y a un maillon principal qui constitue le nerf du problème, auquel tous les autres maillons sont liés. Casser –ou trouver une solution au- maillon principal permet de régler la partie la plus importante de la question; l’on peut ensuite plus facilement traiter des autres maillons plus petits qui y sont liés.

– Concernant la question paysanne, le conflit actuel entre les multinationales du secteur agricole et les paysans pauvres, les petits et moyens paysans, constitue le maillon principal. Les autres questions, comme le biocarburant, la réforme agraire, l’atteinte aux équilibres écologiques et à la diversité biologique, la déforestation et le commerce des produits agricoles et des équipements nécessaires à la production agricole, etc, sont des maillons plus petits liés au maillon principal, qui est, plus précisément, la nature et les instruments du conflit entre ces entreprises et les paysans.

– La première partie en conflit (les multinationales) est forte, riche, organisée, armée, capable de changer ses plans, ses instruments, ses méthodes et ses armes, tandis que la deuxième partie (les paysans), c’est tout le contraire.

– Les paysans dont nous parlons sont les paysans du Nord et les paysans du Sud. Les batailles qu’ils mènent contre ces multinationales sont une bataille commune, une seule et même bataille et non pas deux batailles. C’est la raison pour laquelle ils doivent la gérer ensemble. Cela ne peut se faire sans une stratégie commune, des plans complémentaires d’un côté.

– de l’autre, malgré les acquis réels qu’ont obtenu les paysans dans le Nord, que ce soit en terme de présence dans les syndicats, de libertés démocratiques, de soutien économique à certaines cultures agricoles, l’équilibre des forces internationales dans le dernier quart de siècle penche toujours en faveur des multinationales, et on ne peut le redresser sans faire appel aux forces potentielles dans le front des paysans tout entier.

– L’on peut être certain que la plupart des forces potentielles des paysans se trouve dans les pays du Sud, au sens où si leur niveau de conscience s’élève, s’ils sont organisés, et s’ils sentent qu’il y a quelqu’un qui les soutient et se solidarise avec eux de l’étranger, cela se répercutera sur leurs résistances, ce qui rééquilibrera l’équilibre des forces international actuel en leur faveur.

– L’ennemi (les multinationales) utilisait les victoires obtenues face aux paysans du Sud et ce qu’il récupérait de leurs productions agricoles vendues en Europe pour affaiblir la résistance des paysans du Nord. Parce que la bataille de ces multinationales contre les paysans du Sud est plus facile que contre les paysans du Nord, pare que les paysans du Sud ne sont pas organisés, que leur conscience est limitée, ainsi que leur culture et leur expérience de lutte, à cause de la férocité de leurs dirigeants, dictateurs et égoïstes si on les compare aux dirigeants du Nord. Pour toutes ces raisons, il faut attirer l’attention sur la nécessité de combler ce trou qui représente un réel danger pour les paysans du Nord comme du Sud dans leur bataille contre ces multinationales.

– Il faut soutenir les paysans du Sud de toutes les manières possibles (politique, organisationnel, médiatique), pour les aider à continuer dans leur résistance contre leurs exploiteurs dans leurs pays, et contre les multinationales. Il faut que les organisations paysannes internationales jouent leur rôle et tissent des rapports économiques entre paysans du Nord et du Sud, en conformité aux intérêts des deux parties, en plus de leurs rôles traditionnels et de solidarité.
– Nous comparons le front des paysans du Sud à l’une des rives d’un fleuve, tandis que le front des paysans du Nord représente l’autre rive du fleuve de la résistance. Il faut que les deux rives soient au même niveau, ou à un niveau rapproché pour que les eaux du fleuve aillent de l’avant pour faire face au navire de la mondialisation et l’empêcher d’avancer et d’attaquer.

– Chaque victoire obtenue sur l’un des fronts renforce et ranime le moral de l’autre front, et ainsi de suite. C’est ce que nous avons déjà dit lors de la conférence pour la souveraineté alimentaire en 2007 au Mali en Afrique. Il faut réaliser cela, élaborer des plans, préparer des instruments et des armes qui les transforment en réalité vivante, et non pas seulement en paroles dans les conférences et les Forums politiques.

– Nous sommes conscients que l’idée que nous exposons ici (sur le maillon principal dans la question paysanne et les maillons qui y sont liés) n’est qu’une idée théorique. Mais en discuter et trouver des points d’accord fera appel à des dizaines de détails et de choix qui ouvriront la voie à sa transformation en réalité vivante en attendant que nous trouvions la meilleure façon de l’appliquer.

– Une campagne contre le siège des paysans dans le Nord et le Sud (par l’augmentation des coûts de l’agriculture, la mainmise sur les terres des paysans pour les transformer en grandes propriétés basées sur l’agriculture intensive) n’aura pas les mêmes résultats ni la même influence selon qu’elle est organisée de manière dispersée ou de manière plus générale dans le cadre du slogan « une même bataille pour les paysans du Nord et du Sud contre les multinationales qui travaillent dans le domaine de la production et de la marchandisation des outils nécessaires à la production agricole).
Le rôle des conférences internationales ne doit pas être simplement médiatique, mais doit également permettre de mieux connaître la réalité des pauvres –parmi lesquels les paysans, et la possibilité qu’ils ont de résister, d’œuvrer sérieusement à soutenir cette résistance et élargir la bataille contre la mondialisation afin d’en faire une seule bataille.
Les batailles décisives dans l’Histoire de l’humanité se basent pour l’essentiel sur deux facteurs:
Le moral et les instruments adéquats pour la résistance. Chacun de ces deux facteurs joue un rôle important dans le réajustement de l’équilibre des forces. Lorsqu’un paysan de Colombie, de Corée ou d’Egypte se retrouve en présence d’autres paysans d’Asie, d’Europe, d’Afrique, et d’Amérique qui mènent la même bataille, cela lui remonte le moral et le pousse à continuer à résister; cela le pousse également à moderniser ses instruments de lutte et à trouver de nouvelles armes pour la bataille –et l’inverse est vrai.
Le nom de cette rencontre qui nous rassemble ici au Venezuela (le Forum social international pour les alternatives) nous impose à tous de réaliser que l’on ne peut trouver d’alternatives sans bien connaître les activités actuelles des paysans dans tous les pays du monde, que ce soit au niveau de la conscience ou de l’organisation, et donc le niveau de résistance avec laquelle ils mènent leurs batailles contre ceux qui les exploitent localement et internationalement.
Bref, il nous faut commencer par ce point: mieux connaître les divers niveaux de résistance pour pouvoir, ensuite, proposer de réelles alternatives.

Messieurs, Mesdames,
C’est en avançant ensemble dans la même direction qu’on se fraie notre chemin. Une longue route commence toujours par un pas.

Je vous remercie, et à bientôt.

Le Comité de solidarité avec les paysans de la réforme agraire, Egypte