Parlons !

Les Palestiniens ne veulent pas la paix. En effet, ils ne s’entendent même pas pour parler avec nous. Alors que les dirigeants du seul pays au Moyen-Orient (enfin non, pas le seul pays) dont la salutation universelle est le mot « shalom » se saisit de toutes les occasions pour s’écrier « Parlons ! », et ce sont les Palestiniens qui refusent la main tendue pour la paix et qui se montrent entêtés dans les négociations. Ils ne viennent pas. Dans ces conditions, utilisons cet espace pour faire retentir un appel désespéré à leurs dirigeants : Parlons !


Parlons avec un gouvernement israélien qui se flatte d’au moins six ministres dans son « forum des sept », des décideurs de premier plan qui disent ne pas croire en un accord avec vous. Ehud Barak, qui représente la « gauche » dans ce groupe, est le père de la doctrine du « pas de partenaire » qui a piétiné les mille morceaux qui restaient du camp de la paix israélien. A sa droite, siègent Moshe Ya’alon et Avigdor Lieberman, Eli Yishai et Benny Begin, tous sous la coupe de Benjamin Netanyahu. Aucun de ces personnages ne croit dans un accord avec vous, non-partenaires que vous êtes ! C’est seulement l’Amérique qu’ils veulent apaiser.

Alors, venez et parlez avec eux. Asseyez-vous et parlez, sans conditions préalables, avec un gouvernement qui considère un gel temporaire des constructions dans les colonies comme un « édit » insupportable. Asseyez-vous et parlez avec ceux qui décidèrent il y a longtemps que Jérusalem et les blocs de colonie interminables resteront sous souveraineté israélienne. Venez et parlez, juste comme vous l’avez fait avec les gouvernements précédents, ceux qui posaient avec vous dans les séances photos et qui s’installaient sur vos terres, proposaient des solutions « de portée considérable » qui n’allaient même pas au minimum de ce qui était juste de votre point de vue, et puis qui se mettaient à tuer 1 400 personnes dans l’opération Plomb durci.

Venez discuter avec ceux qui imposent un siège plein de brutalité contre la bande de Gaza. Parlez avec ceux qui ne pas disposés à parler avec un mouvement qui a acquis une majorité de voix dans une élection démocratique. Parlez avec ceux qui enfermèrent votre père fondateur dans la Muqata, prétendant qu’il était un obstacle à la paix, et, après qu’il ait quitté la scène, qui ont dit que son successeur était « trop faible » pour faire la paix. Venez discuter avec ceux qui ont prétendu que l’absence de paix était due au terrorisme, et que lorsqu’il n’y a pas de terrorisme, il n’a pas de paix non plus.

Parlez avec une société qui ne veut pas la paix mais être « séparée » de vous. Venez et parlez avec ceux qui ont emprisonné 11 000 de vos compatriotes, certains sans procès, d’autres qui sont des prisonniers politiques, notamment des membres de votre parlement. Parlez avec ceux-là mêmes qui viennent d’adopter la loi sur la Nakba, qui nie votre tragédie, et celle sur la Citoyenneté qui nie à votre peuple, et seulement votre peuple, le droit fondamental de se marier. Venez et parlez avec ceux qui ne reconnaissent pas votre problème des réfugiés et qui ne sont même pas prêts à discuter du retour de ces réfugiés. Parlez-leur. Vous en retirerez beaucoup pour vous.

Venez et parlez avec les dirigeants qui ont déclaré la guerre aux quelques militants pacifistes qui restent dans leur société. Parlez avec ceux qui ouvrent le feu sur les manifestants et les arrêtent dans leurs propres maisons. Venez et parlez avec une société dont le dirigeant du camp de la paix, Yitzhak Rabin, fut assassiné à cause de son désir de paix avec vous. Venez et parlez avec un Premier ministre qui autrefois s’est tenu sur la place de Sion à Jérusalem pendant que les manifestants brandissaient les photos de Rabin, vêtu d’un uniforme de SS, et qui ne disait rien. Venez et parlez avec un pays qui change son gouvernement à un rythme vertigineux, un pays où deux de ses Premiers ministres, au crépuscule de leur mandat, se montrèrent prêts à vous faire des propositions à demi-raisonnables, minimales, avant que leurs successeurs ne désavouent ces offres, comme si elles n’avaient jamais existé. C’est avec eux que vous devez parler.

Parlez avec un pays qui a besoin de recruter toute une division de soldats simplement pour évacuer une caravane montée par des usurpateurs de terres. Vous devez croire que ses dirigeants seront suffisamment forts pour expulser des dizaines de milliers de colons. Parlez avec les chefs d’une société qui se vautre dans une assurance démesurée, qui croit sérieusement que son armée est la plus morale du monde, qui s’est voilé la face pendant des années devant les dégâts que l’armée vous a causés, en son nom. Parlez avec ceux qui n’ont jamais cru que vous étiez des êtres humains de la même stature qu’eux. Parlez avec ceux qui croient être le peuple choisi et que cette terre n’appartient qu’à eux.

Parlez avec ceux qui ouvrent de belles routes rien que pour les juifs, qui systématiquement tiennent les citoyens arabes sous surveillance et qui pensent que quiconque ose les critiquer est un antisémite. Parlez avec ceux qui pensent que les Etats-Unis sont bien rangés dans leur poche arrière, ce qui jusqu’à maintenant s’est révélé exact. Parlez avec eux par l’intermédiaire de l’ « honnête » médiateur américain, celui qui a toujours eu tendance à adopter une position qui vous était défavorable et qui a même envoyé des émissaires sionistes juifs pour servir d’intermédiaires dans les négociations. Croisez simplement les doigts dans l’espoir que l’Amérique, finalement, soit à la veille de faire volte-face.

Palestiniens, adversaires de la paix que vous êtes, venez à la table de négociations. Venez et parlez de paix, puis voyez comme votre présence à la table ouvre soudain la voie à la paix, pendant que l’occupation vous donne le baiser de la mort.

 

Texte original : Haaretz

Traduction : JPP pour la CCIPPP

Illustration : Benjamin Heine