Oh, qu’elle est belle, la guerre !

La machine américaine de propagande : Oh, qu’elle est belle, la guerre !

Le Lincoln Group a été chargé de présenter la version américaine des événements en Irak pour contrer toute couverture médiatique opposée à la guerre. Nous présentons ici des exemples de ses méthodes de travail, ainsi que la réalité que cachent les grands titres.

Voici les nouvelles d’Irak selon Donald Rumsfeld et l’administration Bush.

Une semaine après que le Secrétaire américain à la Défense eut critiqué les médias pour leur reportages ‘exagérés’ sur la violence en Irak, ‘The Independent’ a obtenu des exemples d’articles de journaux que l’administration Bush voudraient voir lire par les Irakiens.

Ils sont l’œuvre de troupes américaines spécialement formées pour les opérations psychologiques qui ont payé des milliers de dollars à des rédacteurs en chef de journaux irakiens pour faire paraître ces reportages, aux sources non identifiées, dans leurs publications. Afin de dissimuler sa participation, le Pentagone a engagé les services du Lincoln Group afin que ce dernier serve d’interface entre les troupes et les journalistes. Le Lincoln Group fut l’objet d’une polémique l’année dernière quand il fut révélé que cette entreprise avait reçu plus de $ 100 millions pour différents contrats, y compris la dissémination de tels articles.

Le Pentagone, qui a récemment annoncé qu’une enquête interne avait blanchi le Lincoln Group de toute infraction aux règles militaires pour la dissémination de tels articles, affirme que cette nouvelle série d’articles ne relève pas de la propagande puisque les faits qu’ils décrivent sont exacts. Pourtant un spécialiste des questions militaires a contesté certaines des informations contenues dans leurs reportages tout en traitant le discours qu’ils véhiculent de ‘comique’. De plus, d’aucuns sont convaincus que les citations contenues dans ces reportages parmi d’autres – attribués à des responsables ou des citoyens irakiens anonymes – ont été fabriqués de toute pièce par des officiers américains ne s’étant jamais aventurés au delà du périmètre de la Zone Verte.

Il est clair que, considérés isolément, ces reportages présentent une image déséquilibrée de la situation en Irak où la violence actuelle laisse son lot quotidien de chaos et d’horreur. Trois ans après l’invasion du pays par les troupes américaines et britanniques plus de 2500 soldats de la coalition ont déjà été tués. En revanche, le nombre de

victimes civiles irakiennes est inconnu. Le Iraqi Body Count en compte 33773 mais, ce chiffre ayant été obtenu sur la base de reportages, le groupe reconnaît « qu’il est probable qu’une forte quantité, sinon la majorité, des victimes civiles n’est pas comptabilisée par les médias ». Une estimation publiée dans ‘The Lancet’ il y a 18 mois indiquait qu’il y aurait eu plus de 100.000 victimes.

Un ancien employé du Lincoln Group, qui a passé l’été dernier à Bagdad en tant qu’intermédiaire entre les militaires américains du Information Operations Task Force et les Irakiens engagés par l’entreprise pour entrer en contact avec les journalistes irakiens, considère que son travail consistait à s’assurer « qu’il ne restait pas d’empreintes digitales ».

« Les Irakiens ignoraient qui était l’auteur des articles et les troupes américaines ne savaient pas de quels Irakiens il s’agissait » affirme cet ancien employé, qui préfère rester dans l’anonymat. On ne sait pas si les articles réunis ici ont bien été publiés, ou s’ils étaient seulement préparés en vue de l’être, mais il estime qu’à l’ordinaire on publiait à peu près 10 articles par semaine. D’après lui, la fabrication de citations faisait partie du train-train quotidien des troupes américaines.

Cet ancien employé affirmait que le Lincoln Group a payé jusqu’à $ 2.000 pour la publication de chaque article – une somme qui augmentait depuis qu’il avait commencé à travailler pour eux, ce qui laisse penser que les rédacteurs irakiens se rendaient bien compte de l’origine des articles et qu’ils savaient qu’il y avait de l’argent à gagner. Le Lincoln Group, quant à lui, recevait $ 80.000 par semaine pour placer ces articles.

L’ancien employé affirmait que ces articles, qui souvent comportent des expressions telles que ‘braves guerriers’ ou ‘troupes motivées’, étaient censées rehausser l’image et l’efficacité prétendue des Forces Irakiennes de Sécurité (FIS), assurant ainsi la réussite de leurs opérations. En effet, l’administration Bush ne cesse de répéter que le retrait des troupes américaines dépend de la capacité des forces de sécurité irakiennes à faire face aux insurgés.

En fait, alors qu’un article décrit les FIS comme une ‘puissante force de combat’ la formation des forces irakiennes s’est avérée une tâche lente et difficile. Le Pentagone a récemment révélé que le seul bataillon estimé capable de combattre sans soutien américain avait été déclassé, d’où le fait qu’il combat maintenant aux côtés des troupes américaines.

John Pike, directeur de Global Security org. , un groupe de réflexion sur les problèmes de défense basé à Washington, qui a passé en revue certaines des dépêches du Lincoln Group, ne les trouve pas convaincantes. « Quiconque s’y connaît en propagande sait que la première règle est qu’elle n’ait pas l’air de propagande, a-t-il affirmé. Il est déjà assez embarrassant que l’armée américaine se soit fait prendre… mais que leur production soit de si piètre qualité.. c’est tout simplement honteux… »

Il ajoutait : « Certains des portraits sont dignes de BDs. Les FIS ? Certes, de nombreux membres sont braves. Mais de là à parler d’une puissante force de combat…c’est encore plus transparent que la vérité. C’est de la propagande ».

Evoquant l’industrie pétrolière irakienne, un autre article dit qu’elle est « unique, étant donné que c’est le seul secteur dans lequel chaque dollar investi, directement ou indirectement, rapporte automatiquement une rente à l’Irak en vue de sa reconstruction future ».

Or un rapport publié novembre dernier par un groupement d’agences d’aide humanitaire et d’ONG affirmait que les accords de production partagée (APP), proposés par le Département d’Etat américain avant même l’invasion, et adoptés par la suite par l’Autorité Provisoire des Forces de Coalition (APC), pourraient faire perdre $ 200 milliards de revenus aux Irakiens si le plan entre en vigueur.

Les données réunies par la Brookings Institution montrent que la production pétrolière irakienne se situe en dessous des estimations du niveau atteint avant l’invasion. A l’heure actuelle, l’Irak dépense annuellement $ 6 milliards pour importer du pétrole.

Le Lincoln Group est dirigé par Christian Bailey, un Britannique sans expérience en communication, et un ancien marine américain, Paige Craig. Devant une demande de clarification de la situation hier même, le groupe a refusé tout commentaire. Un porte-parole de l’armée américaine en Irak, le Lieutenant-Colonel Barry Johnson, affirmait hier soir : « Les résultats de l’enquête n’ont pas encore été rendus publics, dans l’attente d’une décision finale sur le rapport par la direction de la Force Multinationale. Je suis incapable de faire tout commentaire sur des allégations non corroborées » .

Alors que le Lincoln Group a été blanchi par une enquête du Pentagone, il demeure l’objet d’une enquête séparée menée par l’Office of the Inspector General (OIG) du Pentagone. Un porte-parole, Gary Comerford, a annoncé que le sénateur démocrate Ted Kennedy avait prié l’OIG de se pencher sur la manière dont la société avait obtenu son contrat.

Critiquant les médias la semaine passée, M. Rumsfeld affirmait : Une grande partie des reportages aux Etats-Unis ainsi qu’à l’étranger ont exagéré la situation… Il est intéressant de remarquer que toutes les exagérations sont à l’avantage de la même partie….Le flot continu d’erreurs semble de nature à enflammer la situation et à relancer les terroristes ».

AL-QAIDA MENACE TOUS LES IRAKIENS (24 octobre 2005)

La version du Lincoln

Le meurtrier en chef d’Al-Qaïda pour tout l’Irak a déclaré la guerre à tous les Irakiens. Ils ont également essayé maladroitement de justifier le meurtre de civils. L’apologie de ses actes impies par le Jordanien Abou Masab al-Zarkaoui figure sur certains sites web. Les Irakiens en ont assez .

« Il est clair que ces criminels nous détestent ; ils ne partagent pas notre fierté nationale, ni notre volonté de préserver l’unité de l’Irak» dit un Irakien. Ils ne pensent qu’à tuer nos femmes, nos enfants, notre avenir. Nous ne leur permettrons pas de le faire ».

Des histoires d’horreur circulent dans les foyers et les commerces à propos d’amis et de parents assassinés par hasard alors qu’ils menaient leur train-train quotidien. Ce sont des gens simples qui essaient de vivre des vies normales. Combien d’attentats kamikazes faudra-t-il encore avant qu’Al-Qaïda ne réalise qu’il n’y a pas de place pour eux au pays des deux fleuves ? Lors d’un attentat en particulier, les terroristes ont tué un jeune garçon et bourré sa bouche d’explosifs pour en faire un appât destiné à attirer les forces de sécurité dans un piège. Est-ce le seul avenir que le terrorisme nous réserve ?

La réalité des choses

Au moins 20 personnes ont été tuées et 42 autres blessées par l’attentat de trois kamikazes contre l’hôtel Palestine de Bagdad, fréquenté par des journalistes et des entrepreneurs.

Une douzaine d’ouvriers du bâtiment sont morts lors de l’attaque de Al-Mousayab, au sud de Bagdad. Mouhamad Ali Nuaymi, secrétaire du directeur général de la municipalité de Al-Mansur, a été tué par des hommes armés. Les cadavres de six citoyens irakiens ont été découverts à Al-Mamudiya, au sud de Bagdad.

L’ARMEE IRAKIENNE VICTORIEUSE CONTRE LE TERRORISME (26 octobre 2005)

La version Lincoln

Suite à l’approbation de la constitution par le peuple, l’Irak est bien parti pour former un gouvernement permanent. Pendant ce temps, les forces malicieuses de Al-Qaïda sont toujours aussi déterminées dans leur volonté d’ empêcher tout progrès et de conduire à la guerre civile. En revanche, les citoyens irakiens honnêtes ne doivent pas craindre cette bande de criminels et terroristes. Les braves guerriers des Forces Irakiennes de Sécurité (FIS) sont tout pour prévenir les attentats d’Al-Qaïda.

Le 24 octobre, près de Taji, des soldats ont appris que des terroristes constituaient des stocks d’armes dangereuses. Les soldats ont découvert plus de 150 cartouches destinées aux tanks ou à l’artillerie. Ces munitions ressemblent à celles utilisées par les faiseurs de bombes d’Al-Qaïda pour assembler leurs engins meurtriers. Les soldats ont détruit toutes ces cartouches, s’assurant par là qu’elles ne seront jamais utilisées contre le peuple irakien.

A Bakba, trois mercenaires d’Al-Qaïda avaient prévu un attentat kamikaze. Des officiers du Service Irakien de Police (SIP) les aperçurent alors qu’ils se dirigeaient vers leur cible en voiture. Mais il y a eu un imprévu. Le meurtrier en puissance perdit confiance et sauta du véhicule en pleine course. L’un des autres kamikazes paniqua et fit sauter son gilet à l’intérieur de la voiture, se tuant lui-même sur le coup ainsi qu’un de ses complices.

La réalité des choses

Au moins cinq Irakiens tués par un kamikaze dans un bus à Bakba, au nord-est de Bagdad. Les corps de neuf gardes-frontière, tués par balle, trouvés la veille. Un convoi commun américano-irakien visé par une voiture piégée dans le quartier Al-Mamoun au sud de Bagdad.

UNE REACTION ULTRARAPIDE AIDE A CAPTURER UN KAMIKAZE

(12 novembre 2005)

La version Lincoln

En coordination avec l’opération El-Sitar Elfulati à Husaïba et Karabila, les Forces Irakiennes de Sécurité (FIS) se déploient à travers l’Irak dans une série d’opérations prolongées visant à arrêter les activités des insurgés. Grâce à des rondes minutieuses, des raids et des fouilles systématiques, des contrôles de véhicules et l’interaction avec le peuple irakien, des unités de l’Armée Irakienne ont démantelé des cellules terroristes et nettoyé les rues irakiennes de leurs éléments criminels dangereux.

A Bagdad même une réaction ultrarapide à un attentat terroriste a permis d’arrêter un coupable. Le 10 novembre des terroristes ont fait exploser une voiture piégée à l’est de Bagdad, blessant trois Irakiennes. Les FIS ont immédiatement réagi, en sécurisant le quartier ainsi qu’en traitant et en évacuant les blessées. Les soldats ont vite examiné le lieu de l’attentat, découvrant des traces qui leur ont permis d’arrêter le kamikaze présumé.

Grâce à leur vitesse de réaction, il n’y a pas eu d’innocent de tué, alors qu’un terroriste de plus attend d’être jugé en prison.

Les FIS se sont rapidement muées en une force de combat efficace, capable de défendre le peuple d’Irak contre les lâches qui s’attaquent à des innocents.

La réalité des choses

10 personnes ont trouvé la mort quand une voiture piégée a explosé sur un marché de Bagdad. Les corps de trois hommes torturés à mort ont été découverts à Choula. Les troupes de la coalition ont tué quatre insurgés dans une maison leur servant de refuge près de Ramadi. Le 10 novembre, 7 Irakiens ont été tués et 30 blessés par l’explosion d’une voiture piégée près de la mosquée Al-Chourouki au nord de la capitale.

LA FORMATION DES MARINES IRAKIENS (13 novembre 2005)

Version Lincoln

Les attaques terroristes ont souvent pour corollaire des dégâts aux infrastructures irakiennes, mais le Ministère de la Défense est décidé à arrêter cet état de choses.

Les braves combattants des Marines d’Irak sont sur le point d’assumer la mission de sécurité aux terminaux de conduites pétrolières de Al Basrah et Khawr Al Amaya.

Tout récemment, des marines irakiens de la 6e section ont achevé leur programme de formation à la défense des plates-formes pétrolières au terminal pétrolier d’Al Basrah.

Leur objectif principal était d’acquérir les compétences nécessaires à la protection effective des terminaux pétroliers. Les étudiants s’entraînaient quatre ou cinq fois par jour, sous l’étroite supervision d’instructeurs. L’intense formation dont ils ont bénéficié

recouvrait leur aptitude à monter la garde, à travailler et combattre en équipe, ainsi qu’à défendre les terminaux contre des attaques terroristes. Quand ces soldats prendront le relais du contrôle de la sécurité au terminal, ils assureront à la fois la sécurité et la stabilité de l’environnement maritime.

Ces opérations, qui viennent compléter le dispositif anti-terroriste existant et les efforts de sécurité, visent à empêcher les terroristes internationaux d’utiliser les cours d’eau pour mener leurs attaques.

La réalité des choses

Le vice-ministre de la Santé, Djalil al-Shamari, et ses gardes du corps ont été tués au nord de Bagdad. Amir Al-saldi, responsable municipal à Bagdad, a été tué à Gazalia. Des affrontements dans le quartier al-Kadiya de Samara ont laissé trois morts. Un soldat irakien a été tué et six autres ont été blessés, dont trois grièvement, dans l’explosion d’une bombe au bord de la route à Kirkouk.

http://www.belfasttelegraph.co.uk/news/story.jsp?story=684665