Obama, yes we can… continuer comme avant les élections de mi-mandat

Yes, we can, c’était le slogan électoral du 1er noir (ou métisse) américain à accéder à la Maison Blanche. Mais que pouvons-nous? Maintenant on le sait un peu mieux. Les médias ont nourri l’illusion de changement, en mettant l’accent sur l’ “illusion” et maintenant ils poursuivent leur prévisible désinformation en accusant l’ “illusion” que serait devenu Obama. Foutaise ! Obama continue juste à faire ce qu’on attend de lui et ce qu’il a promis.

 

Obama n’a jamais eu de programme de changement. C’est quelqu’un de la continuité. Il suit docilement la ligne que suit chaque président depuis Roosevelt/Truman, la ligne qui est tracée par ceux qui ont le pouvoir aux USA, une ligne très conséquente d’ailleurs. Obama la suit gentiment, avec une différence : le pouvoir d’imposer cette ligne au reste du monde.

 

Retour sur la naissance de la ‘nouvelle’ doctrine Obama

La crise du système économique d’alors (et d’aujourd’hui), basé uniquement sur la production de profit, a mené à la Grande Dépression des années 30. Les dirigeants états-uniens se trouvaient devant un choix : une répression sanglante avec le risque de destruction de l’appareil de production ou un programme social avec l’argent des impôts pour sauver le système du naufrage.

Le New Deal de Roosevelt a apporté bien des avantages aux travailleurs : il est encore difficile aujourd’hui de se l’imaginer, avec le New Deal, l’ouvrier (si le lecteur me permet d’exhumer ce terme) l'américain moyen avait d’un coup dépassé son collègue d’Europe occidentale. Des investissements publics massifs dans les infrastructures et les entreprises ont apporté la paix sociale et un redressement économique.                                                          
La même agitation sociale a eu en Europe un résultat un peu différent : une guerre dévastatrice qui fit environ 50 millions de victimes. Cette guerre a eu des conséquences toutes différentes pour l’Europe et pour les USA. L’équipement  industriel d’Europe occidentale était dévasté. Les élites dirigeantes craignaient que des forces politiques de gauche prennent le pouvoir. Passées à la moulinette de la propagande, on les appelait ’le communisme’

Il est nécessaire de définir le terme dans son sens ’technique’; il ne s’agit pas ici d’un système politique basé sur les textes philosophiques de Marx et d’autres, ni du système politique de l’URSS. Il faut comprendre ici ‘communisme’ comme un amalgame où l’on déverse toutes les tendances, idélogies, formes de gouvernement qui ont une seule chose en commun, l’opposition au système économique dominant qui avait survécu aux Etas-Unis grâce au soutien massif de l’Etat et était prêt à (re)conquérir le monde. L’Union Soviétique n’était que la composante la plus visible (et la plus coriace) de cet amalgame – en Afrique, en Asie, en Amérique latine, on a bien senti la force destructrice de cette lutte ‘anti-communiste‘. La guerre froide fut surtout une guerre chaude contre le combat du Tiers monde pour l’émancipation.

Tandis que les Européens s’entretuaient, l'économie américaine  se redressait. En 1939 les Etats-Unis étaient la première puissance économique  du monde. Mais cela n’allait pas de pair avec le pouvoir politique. L’Amérique latine était depuis longtemps l’arrière-cour des USA, mais le reste du monde, c’était une autre paire de manches… Là régnaient encore Britanniques, Français, Portugais, Hollandais, Japonais, et euh … Belges. L’Allemagne avait perdu ses colonies, non pas en faveur de la population autochtone, mais au profit d’autres colonisateurs (d’ailleurs une des raisons pour lesquelles ce pays déclencha une nouvelle guerre en 1939, à peine 21 ans après la fin de la précédente).

Le système économique colonial était naturellement en train de se désagréger, mais on ne l’avait pas encore compris dans les capitales européennes. L’appareil économique américain ressentit immédiatement l’impact de la guerre en Europe, non par la fumée des usines bombardées, mais par une expansion économique inouïe. En six ans à peine,  l’économie américaine put multiplier par cinq sa capacité de production, soit une croissance annuelle de près de 100%. Il s’agissait principalement de la production de matériel de guerre sous toutes ses formes.

Jusqu’au début de 1941, l’Allemagne en guerre était aussi un client régulier. Une des histoires peu connues du Jour J en Normandie est l’étonnement des soldats alliés de voir que les Allemands avaient les mêmes jeeps et les mêmes camions qu’eux et que les balles allemandes convenaient à leurs fusils.

 

En 1945 les USA purent convertir leur suprématie économique en domination politique. Mais les économistes de Washington étaient inquiets. La paix menaçait de tourner en catastrophe sociale pour les USA. Entre autres les avionneurs Boeing, McDonnell et Douglas (alors des entreprises séparées) craignaient la faillite. Il n‘y avait aucun débouché pour les gros avions et tout ce qu‘ils avaient produit à la chaîne. Les planificateurs ne se faisaient pas de souci à propos de l‘agitation sociale en elle-même, mais ils craignaient que cela puisse aboutir à une nationalisation de l’industrie sous la pression de la volonté démocratique de la population.


Pas de souci, l’élite dirigeante décida de faire de la construction d’avions une activité durable. C’est écrit noir sur blanc dans les rapports officiels d’alors. Cela n’a rien de secret pour qui prend la peine d’aller y voir. On ne doit pas compter sur les medias commerciaux de 1945 pour être informé. Une analyse intéressante de la planification pendant le gouvernement de  Truman (1945-56) est celle de  Frank Kofsky. Dans Harry S.Truman and the War Scare of 1948. A Successful Campaign to Deceive the Nation, il explique comment les conseillers de Truman sont arrivés avec un plan de soutien massif de l’Etat à l’industrie aéronautique et à d’autres secteurs industriels.


Ce plan se résume comme suit : si on laisse libre cours à la loi du marché, l’appareil industriel US est arrêté puisqu‘il n‘y a plus d‘ennemi qui justifie une production de guerre. Il faut donc créer un nouvel ennemi. Il était tout trouvé. Que tous les rapports de l‘Office for Srategic Services (OSS qui deviendra la CIA) disent clairement que l‘Union Soviétque est épuisée par une guerre dévastatrice et ne pense pas à envisager une nouvelle guerre. On créa une nouvelle menace et l‘anticommunisme vit le jour, comme moteur de la politique américaine. Cela a bien fonctionné jusqu‘en 1989.

Sous Reagan, on voyait déjà le vent tourner et pour la première fois on sortit la ‘nouvelle’ doctrine de  ‘l’antiterrorisme’ . Je dois rappeler ici que la doctrine actuelle n’est pas neuve, c’est la deuxième version, anti Terrorisme 2.0. Les planificateurs de la doctrine Truman n’étaient pas sots. On s’efforça systématiquement d’éviter toute allusion à ce qui pourrait être interprété comme des subsides de l’Etat. L’ouvrier américain pourrait bien se mettre en tête de reprendre ces entreprises puisqu’on les faisait tourner avec l’argent de ses impôts. L’industrie de l’aéronautique (et plus tard, sa spin off, le tourisme de masse), l’informatique, l’agriculture, le forage de mines, tout fut massivement subsidié par l’Etat. L’instrument était (et est encore ) le Pentagone. Des achats massifs, à des prix bien supérieurs à la valeur du marché, ont donné aux grandes entreprises la chance de développer le moteur à réaction, l’informatique et Internet. Le secteur privé n’avait ni les moyens, ni l’envie d’investir de telles sommes dans autant de recherches, de quelque chose qui trente ou quanrante ans plus tard serait peut-être rentable.


 
Le passager d’un Boeing ou d’un Airbus d’aujourd’hui ne s’inquiète pas de ce qu’il vole, en fait, dans une version adaptée d’un bombardier. Les premiers essais de commercialisation de ces avions à la fin des années 50 faillirent échouer. Qui compare la désastreuse statistique des accidents des premiers grands avions de ligne, le Boeing 707 et le DC8, aux normes de sécurité de la génération actuelle des avions à réaction se demande comment des pilotes ont osé voler avec ces objets. Heureusement, on ne connaissait alors rien de mieux. De même, le laptop sur lequel j’écris cet article est une version améliorée du cryptographe avec lequel les Britanniques interceptaient et déchiffraient les communications des sous-marins allemands.

Mais le système connut de gros problèmes au début des années 70. La guerre du Vietnam menaçait la suprématie économique des E-U. Johnson réagit par un deuxième New Deal : ses programmes sociaux et le droit de vote pour les Noirs. Nixon dénonça les accords de Bretton Woods qui avaient jugulé la croissance sauvage du capital spéculatif qui avait conduit à la Dépression.

Les adversaires idéologiques de ce type d’analyse éludent souvent le débat en ridiculisant cette position. Ce serait ridicule de penser que des plans de 1948 seraient appliqués littéralement aujourd’hui. Dans un sens, ils ont naturellement raison. Naturellement Obama ne suit pas littéralement la ligne de Truman. Et la plupart de ses conseillers n’ont vraisemblablement jamais lu un seul des rapports de Truman.

Personne ne va prétendre que c’est un complot

Ils ratent cependant l’essentiel (ou plutôt ils évitent ainsi un débat sur le nœud de la question) de ce que je veux exposer ici. C’est la logique même du système économique actuel avec son centre de gravité aux USA. Qu’il agisse de cette façon logique et conséquente, c’est la nature même du système qui mène à la conduite d’Obama. Personne ne va prétendre que c’est un complot qui fait que les lions tuent d’autres animaux, que les fleuves vont à la mer ou que le soleil se lève tous les jours. Ce n’est pas davantage un complot qui fait que les rouages de direction des entreprises font ce qui est nécessaire  pour faire du profit (avec un succès variable) : ils doivent le faire, sinon ils sont licenciés. Les seigneurs féodaux n’imaginaient pas donner un sort meilleur à leurs serfs, ce n’était pas un complot, c’était la nature de la bête. De même, il est logique que le système américain offre à l’électeur un choix de candidats à la présidence qui pour l’essentiel pensent la même chose et maintiennent le système économique (avec des nuances pour garder l’apparence de débat et de choix). Sinon ce système se condamne lui-même. Il est vrai que 65 ans, de 1945 à aujourd’hui, est au regard de l’histoire une COURTE période. Cette continuité de direction américaine n’est donc pas si étonnante.

De 1948 à 2008: le changement de cap fondamental sous Obama

Les USA gèrent depuis 1948 leur domination politique et économique avec le système du Pentagone. Les médias sont modérément critiques à propos du plan de sauvetage d’Obama pour le secteur financier mais il y a à peine une remarque à lire, à entendre ou à voir dans les medias sur le fait que le Prix Nobel de la Paix atteint un record absolu avec un budget de la défense de plus de 600 milliards de $, le plus important jamais connu (non seulement un record en chiffres absolus, mais aussi par rapport au pouvoir d’achat du dollar,  à la part de la défense dans le budget total de l’Etat et à la part de ce budget dans le PNB des Etats-Unis).

Contrairement à ce que peut penser le lecteur naïf, seule une petite part de cet argent va à des troupes combattantes. La plus grande partie retourne aux entreprises qui livrent au Pentagone, le véhicule de l’économie dirigé par l’Etat, à des prix fabuleusement usuraires,  leurs produits impropres à un véritable marché libre et commercialement invendables .

Que les USA aient néanmoins le plus important contingent de troupes combattantes au monde est seulement dù à la dimension totale. Les USA dépensent près de cinq fois plus que le reste du monde à la ‘défense’. Agressif est défensif, dirait Orwell.

Après la défaîte des Démocrates aux élections de mid-term, les commentaires des médias sont tout écrits : Obama devra céder aux exigences des Républicains et mener une politique plus guerrière. Oh really ? Son budget était approuvé avant les élections avec l’accord des Démocrates et des Républicains. Les Républicains qui avaient voté contre l’ont seulement fait parce que le budget n’allait pas assez loin pour eux.

Un des programmes de ce budget concerne la x-ième version de la Guerre des Etoiles de Reagan, le bouclier antimissiles pour l’Europe dont tout analyste sérieux sait que ça ne marchera pas, mais que ça coûtera terriblement cher (et procurera de beaux bénéfices à bien des entreprises américaines et, eh oui, européennes). Ce bouclier anti-missiles est le rêve doré de tout vrai capitaliste : aucune étude de marché, possibiités d’écoulement, aucune stratégie commerciale, aucune recherche de consommateurs. Juste produire ce truc inutile et le fourguer pour beaucoup d’argent à la spin off du système de subsides du Pentagone, l’OTAN.

Obama suit la ligne de Truman. Toute menace d’opposition  à la domination économique, militaire et politique des USA doit être étouffée dans l’œuf.
Peu importe que cette opposition vienne de quelques dictateurs de gauche ou d’un gouvernement élu démocratiquement. Elle doit disparaître. L’Iran est un bon exemple. On ne peut guère appeler le régime théocratique de Téhéran une démocratie. Mais par comparaison avec le voisin radical, l’Arabie Saoudite, la répression en Iran est de la petite bière. Pourquoi donc tant d’hostilité à l’égard de l’Iran ? L’Iran n’obéit pas aux ordres de Washington. Quand un pays relativement petit comme l’Iran avec un potentiel défensif inférieur à celui de la Norvège est une menace, cela n’a évidemment rien à voir avec la puissance militaire. La CIA est claire : l’Iran a une doctrine militaire simple qui est la résistance à l’invasion. Le pays n’a pas la capacité de se déployer dans la région, ni maintenant ni dans les années à venir. Cependant, l’Iran poursuit le programme nucléaire du chah subsidié par les USA, la France et la Grande-Bretagne (entre autres avec des physiciens nucléaires formés au Centre de Mol) et c‘est inacceptable. Bien que la CIA soit certaine qu’il faudra encore des années pour que l’Iran puisse produire une seule tête nucléaire, bien que la CIA doute qu’il essaye même de le faire, l’Iran est pourtant une menace pour les USA. L’Iran pourrait s’oppser  durablement aux USA avec une éventuelle arme nucléaire.

Les médias font ce qu’on attend d’eux en tant que rouage du système économique : délimiter le périmètre du débat. Les partisans d’une guerre immédiate contre l’Iran (surtout aux Etats-Unis) discutent avec ceux qui estiment qu’il faut d’abord poursuivre par la voie diplomatique (surtout en Europe). Quel spectacle de liberté d’opinion démocratique ! Entretemps un vrai débat entre ceux qui postulent que l’Iran est un danger et ceux qui postulent que l’Iran est un Etat souverain qui a  droit à un développement pacifique de l’énergie nucléaire, que l’Iran est encerclé par des pays qui ont des bases américaines sur leur sol et est donc fondé à parler d’’agression’, ce genre de débat n’a pas sa place. Pas question !

Il y a du sable dans les rouages du système du Pentagone

C’est absurde que l'idée de citer l’Iran comme raison de ce bouclier anti-missiles ne soit pas ridiculisé en première page de tous les medias. L‘Iran n‘a pas une seule arme capable d‘atteindre l‘Europe et n‘a ni les plans, ni les moyens d’en avoir. Ce n’est pas la première fois depuis 1945 que la vérité n’est pas un obstacle aux plans grandioses de l’OTAN, ou plutôt de son patron, le Pentagone.

Dans tous les sondages d’opinion au monde apparaît une chose : l’immense majorité de la population mondiale voit les USA et leur satellite Israël comme la plus grande menace pour la paix mondiale. Tout de même bizarre que les pays voisins de l’Iran refusent, malgré la pression des Américains, de voir l’Iran comme une menace. Le Ministre iranien de la Culture a pu ouvrir récemment une exposition d’artistes iraniens au Qatar. L’Etat du pétrole a fait fi des efforts acharnés des USA pour l’empêcher. Cela va encore plus loin. L’accord que le Brésil et la Turquie ont conclu avec l’Iran a été une gifle pour Obama.

Entretemps, l’Amérique latine continue à désobéir : le Venezuela, l’Equateur, la Bolivie, l’Argentine, le Brésil, le Paragay vont leur chemin et poursuivent l’intégration économique de leur continent, un cauchemar pour les planificateurs de Washington D.C. Ils le font sans que cela signifie une orientation progressiste de gauche. Ils développent plutôt leur propre forme de modèle économique néolibéral en dehors des USA, et c’est là une chose que les Etats-Unis ne peuvent empêcher : une vraie concurrence sur le marché libre.


 
Il est évident que l’empire chancelle.Pourtant un géant mourant peut encore porter des coups dangereux. Au Honduras, un régime autoritaire antidémocratique reste au pouvoir. Obama poursuit des activités de déstabilisation contre les démocraties chancelantes d’Amérique Latine – en premier lieu contre le Venezuela.

Avec le plus grand appareil de répression militaire au monde aux mains des Américains, il s’agira encore longtemps d’être extrêmement prudent. Pourtant les signes du déclin sont patents. En même temps un autre danger menace à l’intérieur.

Le Tea Party: le monde inverse de la grande dépression

Cet appareil militaire de répression menace de tomber aux mains d’une minorité fanatique qui fait même pâlir les néoconservateurs. Alors que précedemment les penseurs du système américain savaient précisément où était la limite entre propagande utile et vérité, des idiots à l’esprit malade qui prennent à la lettre cette  mouture de la propagande menacent de venir au pouvoir.



L’histoire ne se répète jamais, les circonstances changent trop. En outre, les expériences du passé ont une influence. Il y a pourtant  des parallèles inquiétants entre ce qui se passe maintenant aux USA et ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 30.



Les medias respectables d’Europe et des USA s’apitoient plutôt sur tant d’ignorance et de sottise chez l’Américain moyen. Ils se trompent grossièrement. Qui se donne la peine de rechercher pourquoi le mouvement du Tea Party a un tel succès constate des choses étonnantes.

Après soixante ans d’endoctrinement, l’Américain moyen est viscéralement hostile à tout ce qui sent le socialisme ou l’intervention de l’Etat. Les impôts sont des nuisances dont on doit se défaire. Des questions spécifiques sur ce que l’Etat doit bien faire, sur quelles dépenses il faut rogner, quelles dépenses doivent augmenter, font voir une autre image. L’Américain moyen veut moins d’argent pour la défense, plus pour des écoles, des infrastructures et l’enseignement. Contradictoire ? Pour un étranger certainement
Les meneurs du Tea Party sont les seuls qui viennent avec une histoire cohérente qu’ils exposent avec une totale conviction. Que la plus grande partie de ce qu’ils racontent ne tient pas debout n’a pas d’importance. C’est une histoire cohérente.

 

Chez eux on ne tourne pas autour du pot comme le font les Démocrates et les Républicains modérés. Le New Deal à l’époque de la Dépression ne venait pas des visions grandioses des conseillers de Roosevelt. Il est venu grâce à l’apport annuel de millions dans les syndicats, comme International Workers of the World, qui l’ont imposé à l’élite économique. Rien de tout cela dans les USA d’aujourd’hui, il n’y a pas une seule voix progressiste de gauche avec une vision cohérente. Bien que le Tea Party soit encore un mouvement minoritaire, il réussit à dominer dans les medias. Une x-ième histoire hilarante sur Sarah Palin est plus drôle et plus facile à  apporter qu’une analyse en profondeur (dont l’autocritique des medias ne devrait pas être absente – encore une chose qu’on préfère éviter).

C’est une situation dangereuse. On n’ose penser à ce qui se passerait si ce mouvement arrivait au pouvoir dans l’empire moribond. Avec un appareil de répression, qui est toujours le plus puissant, entre ses mains, le mouvement peut signifier la fin de l’humanité.



L’élite économique des USA s’en préoccupe à juste titre.On ne peut pas le chasser ou l’écraser sous la bannière de l’anticommunisme ou de l’antiterrorisme ou de quelqu’autre anti-isme. C’est un cancer venu de l’intérieur. Ce monstre est le produit de soixante ans de propagande du système lui-même.



Pendant ce temps de grandes parties des USA commencent à ressembler au Tiers Monde. Les Européens, aveuglés par la technologie informatique, l’industrie aéronautique, les universités prestigieuses, les installations de recherche, ne voient pas que ce sont des îlots économiques dans une mer de récession et d’ignorance abrutissante. L’Américain moyen travaille plus longtemps pour gagner moins et est en même temps moins productif que son collègue européen soi-disant socialement dorloté. La maison moyenne aux USA a une installation électrique des années 50 avec ces dangereuses fiches plates, 110 volts qui ne coupent pas le courant si vous y restez accroché, des fers à repasser dangereux, de vieux modèles de frigos, un conditionnement d’air qui consomme énormément, aussi des années 50, de vieilles autos qu’on ne peut revendre nulle part, de l’eau courante imbuvable (à l’exception notoire d’un petit nombre de villes moyennes qui n’ont jamais privatisé leur distribution d’eau, hasard ?), des rues défoncées, des égoûts bouchés. En Californie, une bonne partie de la population vit avec des pannes de courant journalières.



Vu de l’extérieur cela semble bizarre qu’un parti social-démocrate n’y ait pas l’ombre d’une chance. Mais d’où l’Américain ordinaire tirerait-il  cette idée ? Des spots publicitaires qui coupent les stupides programmes de télé ? Des leaders politiques ? Malgré tout, un sondage d’opinion du 22 novembre (après les élections) a montré qu’une majorité veut un élargissement des soins de santé publics. Le New Deal a eu beau être un grand bond en avant social, il est allé de pair avec une répression impitoyable de toute forme de mouvement social. Les succès du mouvement pour les droits civils des années 60 ne doivent pas faire oublier que ce mouvement était actif depuis 80 ans sans aucun succès. Depuis les années 80, d’abord avec le démocrate Carter, non pas avec Reagan (qui a essentiellement poursuivi la politique de Carter, sans doute un peu plus honnêtement et ouvertement), la mise sous cloche de toute tendance sociale-progressiste est de nouveau à l’œuvre. Le but final est de supprimer toutes les réalisations du New Deal.


Bien sûr, ceci ne reflète pas toute la réalité. Surtout dans les milieux de la classe moyenne (dans les îlots économiques mentionnés plus haut) persistent des idées critiques. En outre, la qualité de l’auto-analyse n’est nulle part aussi grande que chez les intellectuels américains qui mettent en pièces les menées de leur propre gouvernement. Par comparaison, on a honte par exemple du niveau de l’inteligentsia française, allemande et britannique. Mais c’est en même temps leur faiblesse. Ils sont complètement marginalisés en raison de leurs prises de position. Tuer par le silence est généralement plus efficace que tuer par balle. Au moins aux Etats-Unis.

 

Ceci est loin d’être une vision positive. Le mouvement du Tea Party est un phénomène très inquiétant. Obama n’ y offre aucune réponse, au contraire.

 

Je suis néanmoins le conseil de l’historien américain Howard Zinn : c’est surtout quand la situation paraît désespérée que la résistance a un sens. Ne pas renoncer, tel est donc le message. La féodalité, le colonialisme, l’esclavage, ils se sont tous effondrés. La résistance à ces systèmes a été sans espoir jusqu’au jour où la bataille a été gagnée. Cela arrivera aussi au système économique d’aujourd’hui de capitalisme d’Etat dirigé par les grandes entrerprises privées (ce qu’on appelle le ‘marché libre’ qui n’est ni un ’marché’ ni ‘libre’)

 

La résistance doit continuer. C’est en effet la survie de l’espèce humaine qui est en jeu

 

 

Traduit du néerlandais par Annette Pagnoulle pour Investig'Action

Source originale: uitpers

Source: www.investigaction.net

 

 

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