Nouveau centre de la honte planifié depuis longtemps – bientôt terminé Juillet 2010 – G

Voici ce qu’on pouvait lire il y a plus de neuf ans dans les journaux:

Le centre fermé 127bis va être agrandi 14 février 2001 (Belga)
Le ministère de l’Intérieur va agrandir le centre fermé 127bis de Steenokkerzeel en construisant un nouveau bâtiment. Ce nouveau centre fermé («127ter») accueillera des demandeurs d’asile déboutés dans l’attente de leur expulsion du territoire. Il aura une capacité de 160 places. Les accès au centre seront fermés par une porte de 4 mètres de haut. Autour une enceinte aussi haute devrait être érigée ainsi que des talus. Un tunnel pour piétons est prévu entre les centres 127 bis et ter.

 

Oui, depuis plus de 9 ans le gouvernement est occupé avec ce nouveau centre de la honte, "arrière-cour de la démocratie".

 

En juin de la même année (2001) en séance plénière à la Chambre, Filip De Man (VLAAMS BLOK) interrogeait le ministre Rik Daems, ministre des Télécommunications et des Entreprises et Participations publiques sur la création d'un centre "123ter".

 

Il s'inquiétait de connaître l'état d'avancement du projet de la Régie des Bâtiments et Travaux qui a introduit auprès de la région une demande de bâtir pour "l'impressionnant centre fermé".  Ce centre fermé comprendra une aire de jeux, des terrains de sport, 3 parkings, une clôture de 4 mètres de haut, etc… (sic Vlaams Blok).

 

Cette interpellation à la chambre s'était faite en raison des difficultés rencontrées pour l'obtention du permis et de l'avis positif de BIAC, propriétaire du centre.

 

Où en est-on aujourd'hui ?

Me rendant récemment devant cette construction et en visualisant des images prises de l'intérieur, j'en ai eu la chair de poule d'horreur.

J'étais là, devant un chantier entouré de clôtures surmontées de barbelés rasoirs qui sont des rouleaux constitués de spirales solidement clipsées entre elles et formant un obstacle dense de lames de rasoir.

Éh oui, il faut bien sécuriser ce chantier de la honte, il vaut aussi mieux que l'on ne le regarde pas de trop près.  Il ne faut pas que l'on se rende compte de ce que signifie réellement la construction de ce bâtiment de répression de l'étranger! 

 

Ce bâtiment fut commandé par les membres du gouvernement belge, et présenté à la chambre, il répond évidemment à un cahier de charges, à des instructions, à des objectifs qui ne sont pas le propre de l'architecte seul.  Ainsi "Il est évident qu'un projet de société, dans ses principes tout au moins, doit être défini par le client et non par l'architecte. Dans le cas des prisons, le client est l'ensemble des citoyens. Ce sont eux qui financent et utilisent les prisons dans le cadre de la politique pénale. Les citoyens délèguent l'étude du projet au gouvernement, qui le délègue au ministère de la Justice qui le confie à l'administration pénitentiaire (en l'occurrence ici l'Office des étrangers). C'est elle, en définitive, qui établit le programme.

(Christian Demonchy architecte de prisons)

 

C'est à tout cela que je pensais devant cette construction.  Des gens, des politiciens, le gouvernement belge ont donc décidé de construire cet endroit afin d'y enfermer des étrangers indésirables pour eux.  Il y aura des hommes, jeunes venus chercher une vie digne, des femmes seules parfois, enceintes parfois, souvent ayant fui des situations de soumission forcée dans leur pays – pensons ici à Semira Adamu, qui fuyait un mariage forcé avec un homme âgé déjà marié par ailleurs – il y aura des familles, des parents humiliés devant leurs enfants, n'ayant plus rien à leur transmettre, à qui il sera impossible d'exercer leur rôle de père ou de mère; il y aura des personnes âgées, seules, comme ce chinois qui ne parlait pas un mot d'une autre langue et qui ne communiquait avec personne, il y aura des personnes dont ce sera une nouvelle tentative, avant la suivante, il y aura des enfants qui auront une cour de récréation plutôt particulière, un horaire fixé, il y aura des êtres humains, tellement humiliés et brimés qu'ils perdront la raison, … il y aura une misère humaine, un traitement inhumain, du désespoir organisé…

Il y aura tout ça et pire encore, car les détenus tourneront en rond, au propre comme au figuré ; ils auront été intentionnellement déboussolés, déstabilisés… Souvent, par pudeur ou en raison d'une trop grande souffrance, ils ne parviendront même plus à en parler, la douleur enfouie à tout jamais.

 

Voilà, c'est à eux que j'ai pensé devant ce centre, la gorge serrée, le dégoût dans l'estomac et la détermination de poursuivre dans la lutte contre ces délires inhumains.