«Nous nous attendons à des bains de sang»

Réfugiée en Europe, une femme afghane (dont nous devons évidemment taire le nom) exprime les craintes de ses proches avec qui elle est restée en contact.

«La situation est extrêmement chaotique. Nous nous attendons à ce qu'il y ait des bains de sang dans le mois à venir entre les différentes composantes de l'Alliance. Elles se sont déjà partagé le pays en zones d'influence: Dostam dans le Nord; Fahim (le successeur de Massoud) à Kaboul; Ismaïl Khan à Hérat et l'Ouest. Chacun brandit son propre drapeau et dès maintenant la situation est hors de contrôle.

Les Talibans sont-ils en déroute ou seulement en repli stratégique ? Cela dépendra du soutien qu'ils recevront, du rôle que les autres puissances (Pakistan notamment) voudront leur faire jouer. Quoi qu'il en soit, il y aura des combats : tant qu'ils auront des armes, ils se battront.

Hamid Karzai, l'homme du roi, est allé à Kandahar. Dans cette situation

chaotique, les Talibans, qui étaient jusque là opposés au retour du roi, lui ont confié la responsabilité de les représenter dans un gouvernement qui serait constitué autour du roi.

Je vois une petite lueur d'espoir: qu'il y ait une autre sorte de gouvernement, un gouvernement issu du peuple. Récemment, il y a eu des shuras et des loya jirga (assemblées de notables – ndlr) issues de la population. Par manque d'argent et de moyens (pour l'organisation, les déplacements), elles sont restées très petites jusque maintenant. Personne ne peut encore les prendre au sérieux. Mais la stratégie du gouvernement américain a elle aussi évolué: d'abord, les bombardements et les destructions, puis le soutien à l'Alliance du Nord; maintenant, comme ils se méfient de l'Alliance, ils cherchent autre chose. C'est peut-être une opportunité.»