« Nous ne sommes pas des bêtes sauvages, ni des chiens ! »

Témoignage au Centre de Rétention de Vincennes le 30 décembre 2007. Il y a à peu près un mois, un sans papier s'est évadé du centre de rétention de Vincennes. Depuis cet évènement, les policiers sont particulièrement énervés et virulents envers les « retenus ». Par exemple, ils entrent dans les chambres pour faire des fouilles à n'importe quelle heure de la nuit, ils font entre 8 à 10 rondes par 24 heures, au lieu de 3 habituellement.

Il y a à peu près un mois, un sans papier s'est évadé du centre de rétention de Vincennes. Depuis cet évènement, les policiers sont particulièrement énervés et virulents envers les « retenus ». Par exemple, ils entrent dans les chambres pour faire des fouilles à n'importe quelle heure de la nuit, ils font entre 8 à 10 rondes par 24 heures, au lieu de 3 habituellement.

Suite à cette évasion, les policiers ont eu pour ordre de dénombrer, tous les soirs, les sans-papiers pour vérifier qu'aucun ne s'est enfui. Avant hier, les retenus n'ont pas accepté de se faire comptabiliser comme du bétail et ont refusé de remonter dans leur chambre.Les policiers ont appelé les CRS en renfort qui ont passé une partie de la nuit à Vincennes.

Hier soir, routine. Les policiers exécutent leur tour de surveillance et accusent un homme en train de fumer d’avoir fait entrer un briquet en rétention. Ils le menottent pour l’emmener en isolement. Les autres sans papiers jugent cet acte injustifié et interpellent à leur tour les policiers pour leur demander de le relâcher. Ils font valoir leurs droits et leur refus de l'arbitraire. Mouvement de masse, violences policières, au final, il y a trois blessés légers parmi les retenus. Ils ont vu un médecin, apparemment pas de jambe cassée. Les CRS sont revenus en renfort et sont restés jusqu'à 4 heures du matin.

Ces incidents se situent dans un contexte plus général puisque c’est suite au transfert d’un sans papier de Roissy vers Vincennes que lesinformations sur les évènements de Mesnil Amelot ont circulé et qu'une grève de la faim a commencé il y a trois jours : sur approximativement 260 personnes retenues réparties dans les deux centres de Vincennes, la moitié serait en grève de la faim aujourd'hui.

Depuis trois nuits, les retenus se mobilisent pour dénoncer les conditions de rétention déplorables : un simple filet d'eau chaude dans les douches, du chauffage parcellaire, mise en isolement sans motif, humiliations et violences policières gratuites, destination d'expulsion parfois arbitraire (un Algérien devait aujourd'hui être expulsé vers le Maroc, il ne serait pas sorti du centre de rétention suite aux mobilisations de ses collègues sans papiers), et encore non respect de la dignité et des droits de l'homme…

Les retenus dénoncent aussi les pratiques du personnel médical: des jours pour obtenir un simple doliprane, des maladies contagieuses qui se transmettent à profusion. Un sans papier explique que "les docteurs préfèrent soigner leurs relations avec la préfecture plutôt que de déclarer que les situations médicales de certains retenus sont incompatibles avec la rétention". Au téléphone, on entend des termes tels que « désobéissance civique » et le brouhaha général présage d'une évolution mouvementée.

Les sans papiers semblent remontés, prêts à ne pas céder, d'autant plus qu'ils ont réussi à éviter une expulsion aujourd'hui, ils sont soutenus à l’extérieur, forts de leurs dénonciations, par contre, et à mon avis à juste titre, ils « redoutent le pire pour ce soir ». Mais, c'est pas grave, c'est Noël. Hélas je pense que pour des raisons de sécurité, les témoignages restent anonymes mais vous pouvez citer le 9ème collectif de sans-papiers. Merci en tout cas. Il y a aussi un article dans le quotidien des sans-papiers :

TROP C'EST TROP !

En cette douce fin d'année, la chasse aux sans-papiers se déchaîne. Pour respecter les objectifs hystériques de la "politique du chiffre", la police et la gendarmerie arrêtent à tour de bras, et enferment dans les centres de rétention des victimes de la chasse au faciès – souvent en dépit de toute légalité, et en faisant fi toujours du sens humain le plus élémentaire. Trop c'est trop.

À Roissy, à Vincennes, et ailleurs, le mouvement de révolte des sans-papiers se répand comme une traînée de poudre. Tout aura commencé lorsque Abou N'Dianor, un professeur de mathématiques sénégalais de la région d'Orléans, se retrouvant au Mesnil-Amelot, menacé d'expulsion immédiate en dépit de son évidente "utilité sociale", aura regardé ses compagnons d'infortune et compris qu'ils étaient tous victimes, comme lui, d'une mécanique délirante et cruelle.

Et que voyait-il, Abou ? Des gens dans une détresse inouïe. Des gens pour la plupart "inexpulsables", enfermés-là par simple excès de zèle – tragique résultat d'une administration qui tente de se conformer aux pressantes demandes de "l'autorité suprême". Surtout, il voyait les droits humains les plus évidents brutalement bafoués. Alors, il a écrit sur un papier "France pays des droits de l'homme", et l'a aggraffé sur son Tshirt. C'était gentil… Non : on l'aura compris, c'était au deuxième degré qu'Abou écrivait ça. Pire : par antiphrase. La violence de son observation aura été si détonnante que lorsqu'il est venu au réfectoire en arborant son écriteau, les gardiens du centre lui auront demandé de le retirer…

Ainsi, c'était eux-mêmes qui refusaient qu'on puisse affirmer une telle chose. Non, décidément, la France n'est certainement pas le pays des droits de l'homme, et dans ce centre de rétention les policiers en charge du maintien de l'ordre auront pris d'emblée comme une insulte qu'on puisse le leur rappeler. Ou bien voyaient-ils là une revendication déplacée ?

Alors, les autres "retenus" – de cette prison sur laquelle passent tous les touristes qui arrivent en avion à Roissy – sont venus voir Abou pour se solidariser de sa démarche. Le deuxième écrivait : "Liberté, égalité, fraternité". Toujours par antiphrase…

C'est comme ça qu'est partie la révolte de Mesnil- Amelot. Et si on leur demandait de retirer leurs écriteaux au réfectoire, et bien, les sans-papiers n'iraient plus au réfectoire. Ils déclaraient la grève de la faim. L'un d'entre eux engageant même une grève de la soif qui durera trois jours…

Jeudi à 15 heures, Abou disparaissait. Juste après une visite au cours de laquelle il avait pu se coordonner avec un "soutien" extérieur, lançant un "appel au secours" [voir ci-contre], il était déplacé manu-militari dans un autre centre de rétention à l'autre bout de la région – celui de Vincennes. Il y arrivera très déprimé. Les gens lui semblaient, au premier abord, beaucoup plus froids qu'au Mesnil-Amelot. Quelques heures plus tard, ils étaient une centaine à refuser le repas… L'épidémie se confirmait.

Finalement samedi un Tribunal parisien ne pourra que libérer Abou, tout comme les Tribunaux sont amenés à libérer, ces jours-ci, à tour de bras des sans-papiers enfermés en dépit des règles de procédure (leur seule protection). Il parait qu'on lui proposerait même une régularisation – s'il voulait se tenir tranquille.

Tous les moyens sont bons pour tenter d'éteindre l'incendie… Espérons que celui-ci laisse en poussière le nouveau système d'enfermement pour étrangers, "la honte de la République".

QSP

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