Notes sur l’évolution de la contre-révolution

Nous sommes en pleine contre-révolution. Une contre-révolution dans laquelle les classes dirigeantes occidentales – tirant parti de l’effondrement de l’Union soviétique, de la globalisation industrielle, du mouvement croissant de concentration et de commercialisation des médias, de l'effondrement des organisations ouvrières et de leur poids politique, et par voie de conséquence de la domination croissante de l’élite industrielle – ont activement démantelé les structures de l’Etat Providence et des acquis sociaux, plongeant le monde dans une ère de non droit où tous les coups sont permis et où l’abus de pouvoir n’a plus de limites.

[Z Magazine, July-August 2006]

Traduit de l'anglais par Arias Dominique (les notes entre crochets sont du traducteur et n'engagent que lui)

En d’autres termes, disposant de ce qui n’est plus dorénavant qu’une masse fragmentée et sans cohésion de travailleurs « réservistes » et débarrassés de la menace d’une alternative à leur système – qui leur imposait de ménager leur électorat – les élites occidentales se sont empressées de mettre en place la version hard du modèle marxiste de capitalisme pur, que handicapaient jusque là les luttes syndicales, le manque de mobilité des capitaux et les menaces soviétique et maoïste aujourd’hui enterrées.

Les Politiques de Réaction: Lutte des Classes Intensifiée, Etat Sécuritaire Elargi

La disparition de la menace de tout modèle alternatif, la mobilité accrue du capital et la manière dont ce dernier est parvenu à assujettir le cadre institutionnel global à ses seuls intérêts, ont favorisé l’émergence d’une lutte des classes de plus en plus impitoyable et d’une contre-révolution au ralenti dont les effets sont de plus en plus visibles. Les facteurs décisifs de cette contre-révolution furent : (1) la démolition inexorable – toujours en cours – de tout le système de protections que l’Etat providence garantissait aux populations, à commencer par les plus vulnérables, pour gagner peu à peu les classes moyennes ; (2) la dérégulation du monde des affaires et la privatisation des infrastructures publiques ; (3) la suspension des mécanismes garantissant le droit de créer et de maintenir des syndicats, et la mise en place de politiques ouvertement antisyndicales ; (4) la levée de toute contrainte concernant la recherche de partenariats et d'investissements étrangers – pratique désormais largement encouragée ; (5) enfin, l’introduction d’accords internationaux mettant définitivement les droits des industriels à l’abri de toute souveraineté nationale et de tout contrôle démocratique. Cette conte-révolution entraîne dès lors une diminution du rôle du gouvernement dans l’économie, à l’exception notable et totale de l’establishment militaire, comme partie intégrante du monde des affaires – sur le plan privé comme gouvernemental – remplissant des fonctions cruciales : le financement public de la recherche technologique ; la stimulation de l’activité économique (« Keynésianisme militaire ») ; enfin le maintien de « la loi et l’ordre » sur le plan national et l’institutionnalisation de l’ordre impérial et de la contre-révolution dans le reste du monde.

Le terme le plus communément utilisé pour désigner les partisans de la contre-révolution est « conservateurs. » Ce terme est d'autant plus inapproprié que ces responsables, politiciens, propriétaires et capitaines d'industries, activistes, journalistes et intellectuels, ne visent nullement à « conserver » quoi que ce soit, mais s'activent au contraire à démanteler les partenariats et institutions existants et à les remplacer par d'autres plus conformes à des intérêts et idéologies bien précises. Le terme approprié est donc « réactionnaires » et non « conservateurs. » Cela concerne aussi les prétendus « libéraux » [au sens US du terme : les gens « de gauche »] tels Bill Clinton, voire Larry Summers. Durant son mandat, Clinton initia de grandes avancées dans ce démantèlement, soutenant notamment le Personal Responsability Act (qui porte sur le premier des points énumérés plus haut), la dérégulation des échanges (qui porte sur le second), l'OMC et les accords NAFTA (points 4 et 5), et intervenant le moins possible pour parer à l'effondrement des syndicats ouvriers (point 3). Concernant l'adoption de NAFTA, Summers joua un rôle de premier ordre, de même que dans les avancées en matière de dérégulation qui ont marqué le mandat de Clinton (cf. Jeff Faux, The Global Class War).

Contrairement aux principes avancés par la droite, ceux qui mènent et soutiennent cette contre-révolution ne défendent nullement l'idée d'un gouvernement réduit et inactif. Ils n'entendent le diminuer que dans ses fonctions civiles, celles qui sont au service des citoyens ordinaires. Ils sont en revanche favorables à un renforcement massif de l'exécutif (forces armées et police), et leur notion de gouvernement se réduit en réalité littéralement à l'exécutif. De même, ils privilégient l'idée d'un gouvernement défendant activement “l'intérêt national” (celui de l'industrie), à l'étranger notamment, et qui n'hésite pas à recourir à la force pour se faire respecter de ses concitoyens et leur dicter leurs comportements. Cet interventionnisme accru, et l'augmentation des “forces de sécurité” (de pacification) qui en découle, suivent la progression de la contre-révolution, la population frappée de plein fouet ayant tendance à renâcler et devant être fermement tenue en bride pour que rien ne vienne perturber la concrétisation des objectifs contre-révolutionnaires. Lorsque Grover Norquist disait vouloir rétrécir le gouvernement au point qu'on puisse “le noyer dans une baignoire”, il ne parlait assurément pas d'une réduction des effectifs et budgets de l'armée et de la police. Sur le plan national comme international, ceux-ci sont trop indispensables pour “pacifier” les populations victimes de sa contre-révolution. L'idée d'un gouvernement fédéral (exécutif) proportionnel au PIB ne fut nullement enterrée sous Reagan et s'est plutôt renforcée sous Bush II, l'accroissement du budget “défense” (lire “offense”) s'accompagnant dans un cas comme dans l'autre de coupes franches dans les autres budgets. Les contre-révolutionnaires sont toujours favorables à un Etat fort et répressif – ce sont des “réactionnaires d'Etat.”

Comme le montre Mike Davis dans Planet of Slums (La Planète des Bidonvilles), l'un des traits les plus caractéristiques de la contre-révolution néo-libérale fut l'accroissement fulgurant et le total abandon d'une multitude d'exclus, anciens ruraux, artisans ou ouvriers, que les importations subventionnées, les innovations technologiques, et la diminution des aides aux petits producteurs locaux due aux “Programmes d'Ajustement Structurels” de la Banque Mondiale et du FMI avaient mis sur la paille. Selon une estimation de la CIA datant de 2002 citée par Davis, près d'un milliard de travailleurs, soit un tiers de la force de travail totale de la planète, sont sans emploi ou sous-employés. Il décrit toute l'horreur de ces bidon-villes qui ne cessent de s'étendre de par le monde, où ces populations de trop, à l'abandon, et dont les conditions de vie ne cessent d'empirer, continuent néanmoins de croître au rythme de 25 millions par an. Pour nos contre-révolutionnaires, ces gens ne sont que des “victimes indignes d'intérêt”, des “sous-hommes.” Aucun programme d'envergure autre que symbolique n'est mis en place pour leur venir en aide et ils sont plutôt perçus comme un problème esthétique (on cherche à les dissimuler) et comme un facteur potentiel d'insécurité. Pour toute réponse, les classent dirigeantes n'en misent que plus sur le sécuritaire.

Coûts et bénéfices de la “Projection de Puissance”

La politique de fuite en avant des contre-révolutionnaires a, selon ses défenseurs, le mérite d'offrir un environnement moral permettant, chez soi comme à l'étranger, l'instauration d'un ordre du jour anti-populiste. On y fait mousser la hantise d'un ennemi extérieur en stimulant la fibre nationaliste, et l'on fait en sorte que les médias comme le bon peuple restent focalisés sur les triomphes et tragédies des troupes occidentales, semant la dévastation et l'horreur dans des pays lointains mais “menaçants” (nos pays cibles). L'avantageuse couverture [de ce type de conflit] permettant de tenir toute forme d'opposition à la contre-révolution pour une trahison subversive, nos super-patriotiques contre-révolutionnaires (universellement plus poules mouillées que faucons véritables) en assoient d'autant mieux leur pouvoir politique, menant ostensiblement leurs trains de réformes sur mesure à l'abri de toute critique. Certes, si leurs lointaines croisades s'enlisent et le coût en devient excessif, ils peuvent se heurter à des problèmes, voire à des situations de crise, comme ce fut le cas du fait de l'invasion-occupation de l'Iraq, reste à voir en quoi ce type de crise affecte réellement le processus contre-révolutionnaire.

L'une des principales caractéristiques de la “projection de puissance” (c'est à dire de l'impérialisme) a toujours été l'iniquité de la distribution des coûts et des bénéfices. Les coûts ont toujours été assumés par les populations (ce qui inclut notamment les victimes militaires et leurs familles) tandis que les bénéfices sont engrangés par les marchants d'armes et les secteurs les plus privilégiés de l'élite, qui peuvent librement soumettre les pays victimes au pillage au cours de l'invasion-occupation, et même après si elle est un succès. (Impérialisme à l'occidentale largement documenté dans The Balance Sheets of Imperialism de Grover Clark’s [Columbia University Press: 1936]). Les bénéfices peuvent être exceptionnels car au milieu d'un conflit la déontologie élémentaire se fait nettement plus laxiste et les mœurs plus expéditives sous couvert d'ardeur patriotique, de sorte que les majorations arbitraires et le pillage pur et simple se font généralement nettement plus substantiels et ostensibles qu'en temps de paix. Le pillage qui s'en suit n'en est que plus total, les contrats se trouvant dès lors signés avec le gouvernement fantoche nouvellement investi, naturellement prompt à faire preuve à l'égard de l'occupant d'une obséquieuse mansuétude. De sorte que, le coût de l'occupation fut-il astronomique pour les caisses de l'envahisseur et ses contribuables, les bénéfices engrangés par ses élites sont tels que ces dernières encouragent frénétiquement la poursuite de ces hasardeuses conquêtes, tirant de leurs providentiels profits de quoi soutenir tout politicien prêt à “aller de l'avant” dans ce domaine, et tout média ou intellectuel prêt à donner de ces campagnes la plus glorieuse image possible.

L'invasion-occupation de l'Iraq fut à ce titre un cas d'école, d'un coût exorbitant pour l'envahisseur côté contribuable, mais assurant un enrichissement colossal à une élite restreinte et très proche des cercles décisionnels bellicistes et plus largement des élites au pouvoir (aidant d'ailleurs manifestement les démocrates à se tenir cois). Comme nous l'avons déjà souligné, le principal conseiller économique de George Bush, Lawrence Lindsey, fut limogé pour avoir osé estimer que le coût d'une guerre en Iraq pourrait atteindre les 200 milliards de dollars, un coût total qui s'avère aujourd'hui dix fois plus élevé. Ce montant n'a cependant entraîné ni la fin du conflit, ni une mobilisation des démocrates en faveur d'un retrait rapide, bien que la majeure partie de la population le réclame désormais clairement. Ainsi, le fait que la plus basse estimation produite du coût probable d'une guerre en Iraq – 1.2 milliards – fut, comme le souligne Martin Wolf, “dix fois supérieure au montant officiel des programmes d'assistance de l'ensemble des pays en voie de développement”, est on ne peut plus révélateur sur ce que sont les priorités réelles de nos classes dirigeantes.

La guerre en Iraq a été une formidable aubaine pour nos marchands d'armes, firmes de sécurité [mercenariat légalisé] et autres collaborateurs locaux ; un véritable “rêve capitaliste” pour nos transnationales, notamment pétrolières, avec des profits à venir encore plus substantiels si l'on décide le lancement d'un véritable programme de pacification dans ce pays en ruines. Entre les fournitures d'armement et les programmes de recherche sur de nouvelles armes affleurant désormais les 150 milliards par an, Lockheed Martin, General Dynamics, Raytheon, Boeing, Northrop Grumman, Honeywell, le Carlyle Group, Computer Sciences, GE, United Technologies et bien d'autres engrangent des profits astronomiques et croulent sous les commandes. Au milieu d'un chaos total, doublé d'inextricables conflits d'intérêts, avec un niveau de contrôles et d'audits littéralement nul, les surfacturations n'ont plus de bornes et quantités de matériels appartenant au gouvernement ont purement et simplement disparu dans la nature, le plus souvent sans dépôt de plainte.

En janvier 2005, l'Inspecteur Général Spécial pour la Reconstruction en Iraq, Steward W. Bowen Jr, dénonça dans son rapport la disparition non comptabilisée d'environ 8.8 milliards de dollars du Fond de Développement pour l'Iraq (FDI). Selon les termes de la résolution des Nations Unies qui fondait le FDI, ces fonds devaient “être utilisés de façon transparente pour répondre aux besoins humanitaires des populations irakiennes…” Le 21 juin 2005, le délégué Henry Waxman soumettait un rapport sur “La Reconstruction de l'Iraq : défauts de gestion U.S. Du Fonds pour l'Iraq” où il indiquait que des représentants des autorités U.S. avaient retiré depuis le compte du FDI à la Banque de la Réserve Fédérale de New York, quelques 12 milliards de dollars en cash, le plus gros retrait en cash de l'histoire, dont plus de 107 millions de billets de 100 dollars. Fin juin 2004, dans la dernière semaine de son existence, la Coalition Provisional Authority, organisation majoritairement américaine ordonna le retrait d'urgence de plus de 4 milliards de dollars en cash. 2.4 milliards furent alors immédiatement débloqués, le plus gros transfert de cash en un jour de toute l'histoire de la FED. Aucun cabinet d'expert et apparemment personne d'autre que le personnel en place ne supervisa le déboursement rapide de ces sommes colossales, évacuées un sac de toile après l'autre ou transférées par camion vers leurs destinataires, et dont de grandes quantités disparurent comme par enchantement, les responsables des autorités restant incapables d'expliquer la disparition de plusieurs milliards de dollars en petites coupures.

Le transfert de ces sommes colossales, au sujet desquelles personne n'est capable de rendre des comptes, représente un détournement de fonds aux proportions sans précédent, mais l'ONU n'en a pas moins gardé le silence sur cette violation ahurissante des instructions spécifiques relatives à l'utilisation de ces fonds, et les grands médias occidentaux, qui s'étaient bruyamment indigné du scandale des pots de vin du programme “Pétrole Contre Nourriture” – qui, bien qu'autrement plus modeste pouvait être imputé à l'ONU – ne firent littéralement aucun commentaire sur ce pillage massif de fonds publics internationaux, dont l'occupant seul pouvait être accusé. Imaginez le scandale médiatique si un simple demi-million – et non 107 millions – de billets de 100 dollars [d'argent public] étaient distribués aux pauvres à travers les Etats-Unis.

Corruption d'Origine Ploutocratique et Contre-Révolution

Que de telles politiques puissent être mises en place avec des pertes nettes aussi astronomiques pour les populations concernées et des gains proportionnels pour une élite extrêmement restreinte, la majorité de ceux-ci n'étant que fraude ou pillage, montre assez clairement que la démocratie fonctionne plutôt mal aux Etats-Unis. Derrière des procédures démocratiques purement formelles et dans un piètre état, se tient une ploutocratie qui permet à une petite élite d'entraîner son pays dans une série d'agressions illégales, par un niveau d'abus de pouvoir qui n'est pas sans rappeler les méthodes des pires régimes totalitaires. Comme nous l'avons vu, l'entretien permanent d'un mélange de paranoïa et d'ardeur patriotique par la diabolisation de “l'ennemi”, en est l'une des méthodes les plus caractéristiques. Elle s'est jusqu'ici avérée redoutablement efficace, bien que le nombre croissant d'opposants à ces hasardeuses entreprises impériales, avant même qu'elles ne débutent, soit devenu de plus en plus problématique. Jusqu'ici, la solution a toujours été d'entrer en guerre coûte que coûte, puis de s'en remettre à l'ardeur guerrière et à la nécessité de “soutenir le moral des troupes” pour que le public se réconcilie avec l'agression.

Cette mécanique n'a pu fonctionner que parce que les Démocrates ne se sont jamais opposés le moins du monde aux campagnes impériales de leurs adversaires, y compris lorsqu'elles se fondaient sur une imposture et une duperie délibérée et étaient menées en violation patente du Droit International. Le Parti Démocrate n'est que le mode mineur du parti des affairistes, mais cela n'a jamais été aussi flagrant. Otage financier du monde des affaires et du lobby pro-israëlien, il n'a ni la capacité ni même l'intention de répondre aux attentes de ceux qui le soutiennent. Il représente seulement la “classe gouvernante” et les intérêts de l'élite, non le reste de la population, qui n'a en fait aucun représentant réel sur la scène politique [de l'autre côté de l'Atlantique, le positionnement unanime de la quasi-totalité de la classe politique contre l'opinion, tout partis confondus ou presque au sujet de la Constitution Européenne, est une illustration au moins aussi flagrante du même problème systémique]. De sorte que si le consensus de l'élite est que nous avons besoin d'un establishment militaire démesuré et d'une politique belliciste projetant sa puissance de manière globale [mondialisation se dit globalisation en anglais, terme autrement plus chargé de sens… NDT] en s'appuyant sur cet establishment militaire, c'est effectivement l'éclairage que privilégieront les médias, et les Démocrates le soutiendront de même, fut-ce avec une infime nuance de modération. Les intellectuels de référence emboîteront généralement le pas, priant les Démocrates de faire preuve davantage de “courage politique” en matière de “défense nationale”, en en appelant clairement à plus de patriotisme [ou d'interventionnisme lorsqu'il ne s'agit pas vraiment de leur patrie] et en s'en remettant à l'establishment militaire – dont ils tiennent le surdimensionnement pour allant de soi – afin d'œuvrer à une “véritable” démocratisation des pays cibles.

En définitive, pour ce qui est de servir les intérêts de la classe dirigeante et les milieux d'affaires qui la soutiennent, ainsi que le puissant lobby qui soutient tout ce qui peut servir les ambitions d'Israël, le système fonctionne parfaitement. Mais du même coup, il dessert la grande majorité des citoyens, qui correctement “gérés”, acceptent ou au moins tolèrent ces campagnes impériales dont ils assument le coût faramineux, mais qui ne profitent véritablement qu'aux seuls membres, séides et autres souteneurs de la classe dirigeante. C'est une injustice planifiée mais dont les pires des effets sont ceux dont les populations des pays cibles payent quotidiennement le prix, et dont les morts et la détresse peuvent bien “valoir le coup” aux yeux de Madeleine Albright, George W. Bush, Dick Cheney, Condoleeza Rice, Tony Blair et compagnie, mais qui n'en sont pas moins victimes de Crimes de Guerre et de Crimes Contre l'humanité qui méritent justice à l'instar de Nuremberg.

Le Mécanisme de la Contre-Révolution Peut-il Etre Enrayé ou Inversé

Cette contre-révolution rencontre actuellement une série de problèmes. La guerre d'Iraq s'enlise, absorbe une part croissante des budgets de l'Etat agresseur et finit par rendre rétifs les “exécuteurs” autrefois “pleins de zèle.” Katrina et les scandales de corruption ont ouvert les yeux de pas mal de monde sur les capacités réelles de l'administration Bush, braqué une part croissante de la population mondiale contre ce que l'on peut voir de la projection de puissance à l'américaine et polarisé la résistance politique en Amérique Latine et ailleurs. Aux Etats-Unis même, la résistance traîne comme un boulet l'incapacité des Démocrates à proposer la moindre alternative et l'inaptitude de la plus grande partie du corps social à produire une opposition politique réellement significative et organisée. Les forces contre-révolutionnaires jouissent en outre d'un immense pouvoir et la possibilité de les voir incapables de répondre à une agitation croissante et au risque d'être renversés autrement qu'en jouant la surenchère et en s'enferrant dans une recrudescence de violence impériale est bien réelle. L'idée apocalyptique d'en finir comme Samson dans le temple, est d'ailleurs un thème récurrent chez nombre de supporters, voire de dirigeants de la quasi-théocratique administration au pouvoir.

On ne peut que souhaiter – et oeuvrer à – une issue moins funeste, en pariant faute de mieux sur le caractère imprévisible des affaires humaines, sur la surprise d'une opposition politique croissante en Amérique Latine, et sur l'éventualité qu'un électorat déçu renverse et remplace Républicains et Démocrates tendance “gauche caviar”, et ralentisse au moins, voire stoppe et inverse la spirale aveuglément délétère de cette machine contre-révolutionnaire.

Ce texte est, dans sa version d'origine, accompagné de 17 appels de notes portant majoritairement sur des références de documentation complémentaire en anglais dont la majorité n'a fait l'objet d'aucune traduction. Nous ne pouvons donc que renvoyer les lecteurs intéressés à la version originale :

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