Mourir de peur, uriner, vomir dans un abri : les exploits d'Israël, la "civilisée"

La mission de solidarité belge de retour du Liban

Après une brève mais intense mission de solidarité au Liban avec Médecine pour le Tiers Monde, Marthe Franssen, Selma Benkhelifa, Danny Claes et Pierre Abou Zeid sont de retour. Suite de leur journal de bord.

Mardi 21 août

Dr Marthe Franssen. « Aujourd'hui, cela a été notre plus lourde journée depuis notre arrivée. Nous avons fait le tour du Sud Liban et parcouru les villages détruits au sud du fleuve Litani. Ce n'est pas tant la vue de ces villages anéantis qui m'a secouée, ce ne sont après tout que des pierres, mais bien les récits des habitants. Comme l'histoire de cet homme du village de Taybi, qui a perdu ses deux parents ainsi qu'un frère et une sur. Des militaires israéliens ont occupé leur maison. Chassée, la famille y est retournée afin d'aller jeter un dernier coup d'il. Les Israéliens ont alors abattu de sang-froid les quatre membres de la famille: les deux parents de 82 ans, le frère et la soeur, dans la cinquantaine. L'homme nous entraîne: «Regardez, c'est ici que gisaient leurs corps». Les cadavres sont restés là 17 jours à pourrir.

Selma note minutieusement toutes les histoires, sans oublier les noms et les prénoms. Chaque soir, elle recopie soigneusement le tout sur son PC portable. Qui sait? Cela pourra encore tomber à point au cours d'actions juridiques contre les crimes de guerre israéliens.

Il est difficile pour nous de nous imaginer ce que signifie une telle guerre. Il n'y a pas que les assassinats et les tueries, comme ces 35 civils liquidés dans la petite localité de Srifa. Il y a également la vie quotidienne dans les caves abris: des enfants terrorisés qui se recroquevillent dans un coin, des gens qui, des journées entières, n'osent pas remonter ou sortir, des vieillards qui doivent uriner dans le bunker au vu de tout un chacun, les enfants qui ont la nausée et doivent vomir, la puanteur, la honte, l'angoisse»

Mercredi 22 août «La main d'un jeune homme, déchiquetée à cause d'une bombe à fragmentation»

Dr Marthe Franssen. «Pour la seconde fois, nous avons passé la nuit à l'hôpital du Secours populaire libanais, à Nabatiyeh. Nous avions déjà entendu parler des victimes des bombes à fragmentation non explosées. Bien que la guerre soit terminée, des personnes marchent encore sur ce genre de munitions ou les touchent de la main et explosent. Nous en avons été témoins ce matin. Une ambulance a amené à l'hôpital un jeune homme dont la main était déchiquetée. Il a sans doute touché ce genre de saleté enfouie sous les décombres de sa maison

Aujourd'hui, c'est la ville côtière du sud, Saïda, qui figure à notre programme. Nous y avons d'abord visité une clinique du Secours populaire libanais, après quoi nous nous sommes rendu à Ein El-Hilweh, un vaste camp de réfugiés palestiniens un peu en dehors de la ville. L'association Human Call nous y attendait. Nous avons pu leur remettre une belle somme d'argent, la recette de la vente de cartes et autres actions de soutien en Belgique. Cet argent sera utilisé pour l'équipement de leur petit hôpital, qui se trouve au centre du camp. Human Call organise aussi de nombreuses activités sociales, surtout avec les enfants. Malheureusement, ce sont les vacances et nous n'avons pu voir les enfants à l'uvre. Quant à la montagne de bonnes choses et à la pile de dessins d'enfants que nous avions pour eux, nous avons confié le tout au responsable de l'action sociale de Human Call.

Ce soir, nous logeons à Beyrouth, chez les beaux-parents de notre compagnon de voyage Pierre Abou Zeid, représentant en Belgique du Secours populaire libanais. Sa belle-sur nous raconte. Elle a reçu des coups de téléphone d'intimidation de la part des Israéliens. D'abord sur un ton encore assez amical: «Opposez-vous au Hezbollah, ne vous laissez pas entraîner par Nasrallah [le dirigeant du Hezbollah, ndlr]». Mais, quelques jours plus tard, le ton était déjà tout autre: «Nous allons anéantir la totalité du Liban, nous marcherons sur un tapis de cadavres!» Tant sur leurs GSM que sur les lignes normales, les gens recevaient de tels coups de fil: manifestement, des messages préenregistrés et systématiquement envoyés ensuite aux abonnés. Quoi qu'il en soit, une guerre psychologique des plus sophistiquées!»

Jeudi 23 août «Ensemble, reconstruire leur pays»

Danny Claes. «Nous avons visité les quartiers sud de Beyrouth, à majorité chiites et bastion du Hezbollah. Ici, les bombardements ont quasiment tout rasé. Horrible! De nouveaux problèmes de santé apparaissent avec la poussière et les moisissures. Les gosses surtout souffrent de problèmes aux voies respiratoires et d'infections. Le Secours populaire libanais nous demande de soutenir un projet destiné à soigner ces enfants.

Le niveau d'organisation du Hezbollah surprend: il s'occupe du déblayage et de la reconstruction en lieu et place des autorités. Ici, tout le monde sans exception assume des tâches, nettoie les décombres, balaie, etc. Le peuple libanais est bien décidé à reconstruire son pays pour la énième fois.»

Le Secours populaire libanais demande votre solidarité

Vous pouvez soutenir ses projets en versant de l'argent sur le compte n° 001-1951388-18 de Médecine pour le Tiers Monde, en mentionnant «SP/Liban». Les dons à partir de 30 euros sont fiscalement déductibles.

Carte de soutien pour Human Call Association

Vous pouvez acheter de magnifiques cartes de soutien (ou, mieux encore, les vendre vous-même) afin de soutenir le petit hôpital du camp de réfugiés palestiniens d'Ein El-Hilweh. Jetez un coup d'il sur la carte et placez votre commande sur www.m3m.be ou téléphonez au 0032 (0)2 / 209.23.60.

La mauvaise volonté internationale

Au retour de la mission à Zaventem, Selma Benkhelifa, avocate, membre de la délégation, s'est adressée au comité d'accueil

«Nous en avons vu et entendu suffisamment pour prouver qu'Israël a commis des crimes de guerre au Liban, voire des crimes contre l'humanité.» Elle a également posé des questions quant à l'envoi sur place d'une force armée internationale: «Selon le ministre De Gucht, celle-ci devrait également contrôler la frontière avec la Syrie. Regrets éternels. Est-ce à partir de la Syrie qu'ont été dirigées les missions de bombardements sur le Liban? Et une telle force internationale pourra-t-elle faire quelque chose pour contrer le problème réel, l'agression par Israël? Dans le passé, la force de l'Unifil n'a rien fait d'autre que de compter le nombre de bombardements et vols militaires israéliens, sans intervenir le moins du monde contre cette situation. En sera-t-il autrement cette fois?»

Le jeudi 7 septembre à 20 heures, vous pourrez écouter le récit des membres de la délégation de M3M ainsi que le spécialiste du Moyen-Orient Lucas Catherine. Centre International, 171, bd M. Lemonnier, 1000 Bruxelles.

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