Mise au point avec la ministre Joëlle Milquet

La ministre de l’Intérieur a réagi à notre article “La vérité dérange, Milquet se venge” ainsi qu’à vos courriels envoyés suite l’arrestation de Bahar Kimyongür en Espagne ce 17 juin. Ce dernier a enfin pu être libéré sous caution et devrait regagner la Belgique d’ici peu. Nous reproduisons ici la réaction de Joëlle Milquet à notre article ainsi que la réponse de Michel Collon.

 

La réaction de la ministre de l'Intérieur


Cher Monsieur Collon,
  
J’ai pris connaissance de l’article sur votre site Investig’action relatif à Bahar Kimyongür et souhaite vous faire part des éléments suivants :
  
L’objectif exclusif de ma visite en Turquie en mai dernier portait sur le renforcement de la coopération relative à la situation des ressortissants belges et européens combattant en Syrie.
A aucun moment, il n’a été question du cas spécifique de Monsieur Bahar Kimyongür.
  
Je n’ai par ailleurs rien à voir avec l’arrestation effectuée en Espagne par des autorités judiciaires indépendantes.
  
Il s’agit en outre d’un dossier judiciaire, qui n’entre pas dans mes compétences de Ministre de l’Intérieur.

En restant à votre disposition, je vous prie de croire, cher Monsieur Collon, à l’assurance de ma parfaite considération.

Joëlle Milquet


La réponse de Michel Collon


Madame la ministre,

 Je suis très heureux de recevoir votre courrier et que la communication soit enfin établie entre nous. J’ai aussitôt transmis votre message à notre équipe d’Investig’Action.

 Si vous êtes d’accord, je me propose de communiquer votre mise au point à nos lecteurs. Il est important qu’ils connaissent aussi votre point de vue.

 Pour lever toute ambiguïté, et comme des journalistes nous interrogent, je me demande si vous pourriez compléter cette mise au point en précisant les points suivants :

 1. Votre communiqué de 23 mai que nous avions cité évoque, je cite : “plusieurs modalités de collaboration et d’échanges d’informations dans les différents dossiers évoqués ont été précisées et renforcées, en ce qui concerne notamment le suivi et le contrôle des différents groupements terroristes”. Vous savez que Monsieur Erdogan considère comme tel Bahar Kimyongür, et c’est à ce titre qu’il le poursuit avec acharnement. Pourriez-vous confirmer qu’il n’y a eu et n’y aura aucun échange d’informations entre la Belgique et la Turquie au sujet de Bahar et de ceux qui travaillent avec lui comme notre équipe de journalistes ? Lui avez-vous rappelé que la Justice belge a innocenté Bahar et que l’affaire est donc définitivement classée ? Le fait que Monsieur Erdogan ait relancé l’attaque quatre jours après votre visite ne vous rend à mon avis pas service, et il serait donc très utile de mettre les choses au point publiquement.

 2. Vous aviez d’abord accepté, puis refusé de participer au débat organisé sur le thème des jeunes qui partent en Syrie par l’Association pour une Ecole Démocratique. Dans Le Soir du 24 mai, nous avons lu que vous vous désistiez en raison de la présence de Bahar dans ce débat auquel je devais également participer. Et ce journal faisait le lien avec votre récent voyage en Turquie. Ceci a préoccupé beaucoup de gens de tous milieux. Si je peux me permettre une suggestion, afin de lever toute ambiguïté, je propose que vous participiez au débat qui aura lieu ce mardi 25 à 20 heures à l’IHECS. Comme l’indique le programme ci-joint, ce n’est pas un débat sur la Syrie elle-même, mais sur les raisons qui ont amené ces jeunes là-bas et sur ce qu’on peut faire pour résoudre ce drame humain. J’ai rencontré des mamans, je n’ai pas besoin de vous dire la souffrance qu’elles endurent. En participant, aux côtés d’une dizaine d’experts et analystes, et aux côtés de Bahar lui-même, je pense que vous enverrez à tous un message clair : sur l’autorité de la chose jugée en Belgique et sur la nécessité de débattre très largement de ces problèmes de société pour leur trouver des solutions.

 Un dernier point, qui ne concerne pas ce débat, mais touche aussi au même problème général…

 Je suis comme vous très préoccupé par ce qu’on appelle la “radicalisation” d’une partie de l’opinion et les conséquences qu’elle peut avoir ici et là-bas. Un facteur important est la colère – que je trouve légitime – des jeunes contre la politique des Etats-Unis et aussi contre la colonisation israélienne et son impunité, voire son encouragement par les autorités des USA et de l’Europe (cfr les programmes de collaboration militaire UE – Israël extrêmement poussés). Nous devons craindre que des fanatiques et des manipulateurs détournent cette colère légitime vers des actions inefficaces et dangereuses. Ce qui en retour renforcera la montée de l’islamophobie.

 Il me semble essentiel que cette colère ne soit pas exclue des débats médiatiques, mais puisse trouver sa place dans le débat démocratique. En commençant par une analyse objective et pluraliste de la qualité de notre information. Travaillant depuis longtemps sur ces problèmes et rencontrant de nombreux jeunes de ces milieux, j’ai quelques suggestions à faire concernant les moyens de renforcer le débat démocratique et d’y inclure ceux qui se sentent exclus. Je sais que votre agenda est très chargé, mais j’aimerais pouvoir vous rencontrer à ce sujet.

 Merci d’avance pour votre intérêt.

 Restant à votre disposition, avec toute ma considération

 Michel Collon
 

Débat ce mardi 25 juin à Bruxelles sur les jeunes partis en Syrie