« Mettez la musique du Titanic, c’est comme ça qu’on se sent »

Dans l’univers rêvé de quelques crapules, les compagnies pétrolières protègent l’environnement, les multinationales favorisent le développement social et les Mayas sont des animaux morts sans aucune revendication. La réalité est bien différente et Gregory Lassalle est là pour en témoigner. Spécialiste du Guatemala, ce réalisateur a déjà signé un documentaire décapant sur le business de l’or. Il récidive avec un nouveau film consacré à l’or noir cette fois-ci. « Des dérives de l’art aux dérivés du pétrole » enquête sur l’entreprise pétrolière franco-britannique Perenco et ses malversations.

 

Votre film couvre une exposition sur les Mayas qui s’est tenue au musée du quai Branly l’année passée. L’événement a été salué par de nombreux médias mais vous n’êtes pas aussi enthousiaste. Pourquoi ?

Officiellement, l’exposition avait pour objectif de faire connaitre au public français et européen le patrimoine archéologique maya. Principalement les récentes découvertes effectuées sur la zone du site El Mirador. L’exposition entendait valoriser la culture maya et le patrimoine naturel du Guatemala. Voilà pour l’objectif officiel défendu par le gouvernement guatémaltèque, la diplomatie française, les archéologues et la direction du musée du quai Branly.

 

Et pour ce qui est de la version officieuse ?

Derrière cet objectif principal, il y avait trois autres objectifs plus ou moins cachés. Tout d’abord, faire la promotion du « produit » touristique guatémaltèque. Ensuite, permettre aux entrepreneurs guatémaltèques et aux multinationales de trouver des fonds pour leurs fondations actives dans la conservation de l’environnement et du patrimoine archéologique. Enfin, justifier la présence des entreprises françaises à l’étranger. Dans ce cas-ci, il s’agit de la compagnie Perenco qui exploite du pétrole au Guatemala.

Donc, le problème c’est que ces objectifs sont avant tout commerciaux et pas vraiment au service des populations locales comme le prétend la version officielle. Cela se fait surtout dans l’intérêt du secteur privé national et transnational car ce sont eux qui opèrent dans l’ensemble des projets touristiques et de conservation au Guatemala.

 

Cette exposition était sponsorisée par la compagnie pétrolière franco-britannique Perenco. Très active au Guatemala, Perenco prétend travailler dans le respect de l’environnement et des populations locales. Vous confirmez ?

Comme toutes les compagnies pétrolières, Perenco se présente comme une compagnie qui veille à la protection de l’environnement. Mais comme toutes les compagnies pétrolières, Perenco a un impact négatif sur l’environnement.

Perenco exploite à la frontière nord du pays, dans la plus grande zone humide d’Amérique centrale, la Laguna del Tigre. Jusqu’aux années 70, cette zone, qui possède un écosystème très riche mais aussi très fragile, était encore un vaste territoire de jungle et de mangroves. L’arrivée des compagnies pétrolières a provoqué d’importants dégâts. Aux conséquences traditionnelles de l’exploitation sur l’air et l’eau est venu s’ajouter une forte déforestation, principalement due aux travaux de prospection et à l’installation dans la zone de paysans sans terres et de narcotrafiquants qui ont profité des brêches ouvertes dans la jungle.

Plusieurs institutions nationales et internationales se sont préoccupées de la situation dans la zone et ont obtenu en 1990 que la Laguna del Tigre soit reconnue par la Convention de Ramsar et inscrite au registre de Montreux. Ce registre répertorie les zones humides en situation délicate à cause de l’activité humaine.

En 2010, alors que la Laguna del Tigre avait obtenu précédemment le statut de zone naturelle protégée, le gouvernement d’Alvaro Colom a renouvelé la concession pétrolière de Perenco pour quinze ans. Une décision peut transparente, qui a soulevé de nombreuses questions et qui est en contradiction sur plusieurs points avec la Constitution guatémaltèque et les textes du droit international sur la protection de l’environnement.

 

Comment expliquer que la concession ait été renouvelée ?

Le gouvernement a dû subir d’importantes pressions. Récemment, Sergio Veliz, l’ex-secrétaire du Conseil National des Aires Protégés du Guatemala, a d’ailleurs été condamné à trois ans de prison pour avoir modifié sciemment le plan Maestro de la Laguna del Tigre en 2007 en faveur de Perenco. Selon la décision de justice, il a lui-même retiré les paragraphes qui précisaient les dommages provoqués par l’exploitation pétrolière afin de faciliter le renouvellement. On se doute bien qu’il n’a pas réalisé cela par simple conviction personnelle mais qu’il y avait des pressions. Sa condamnation montre comment les multinationales opèrent dans le pays et prouve que la corruption règne au sein de l’Etat du Guatemala. Cette condamnation est aussi un grand pas pour la justice. Un grand pas qui n’aurait pu être accompli sans la nomination en 2011 d’un nouveau procureur général de la nation issu du mouvement social, Claudia Paz y Paz.

 

Dans votre film, on peut avoir un aperçu des dégâts causés par l’exploitation du pétrole au Guatemala.

Perenco exploite deux concessions au Guatemala: Laguna del Tigre et Rubelsanto. Dans cette dernière, des déversements importants de pétrole ont été constatés et filmés en 2002. Des personnes locales qui dénonçaient ces pollutions ont été menacées ou assassinées. À la Laguna del Tigre, les constats sont beaucoup plus difficiles à tirer car c’est devenu une zone de non-droit contrôlée par les militaires, les pétroliers et les narcos. Il est très risqué de circuler hors des artères principales et impossible d’entrer dans la zone d’exploitation de Perenco. Les avocats guatémaltèques et les organisations environnementalistes sollicitent d’ailleurs la réalisation d’une étude indépendante internationale dans la zone d’exploitation.

Pendant mon investigation, j’ai tout de même pu rencontrer un travailleur de Perenco qui évoquait d’importants déversements. J’ai aussi recueilli le témoignage des populations locales vivant en bordure de la concession. Leurs puits d’eau sont contaminés et Perenco leur demande de ne pas boire cette eau.

 

Voilà qui n’est pas brillant pour la question de l’environnement. Mais Perenco finance divers programmes sociaux pour les populations locales…

Perenco a effectivement plusieurs fondations qui financent un orphelinat, des postes de santé, l’achat de pupitres… Ils communiquent d’ailleurs massivement dans la presse sur ce point. Leur slogan : « La santé, l’éducation sont aussi des dérivés du pétrole… ». Mais dans les faits, ces services, surtout ceux de santé et d’éducation, sont de très mauvaise qualité : j’ai pu le constater sur place et on le voit dans le film. De plus, c’est totalement dérisoire au regard des bénéfices que Perenco engrange et des dégâts qu’elle cause. Enfin, je pense que ce n’est pas à Perenco à subvenir aux besoins des citoyens en matière d’éducation ou de santé. Ca devrait être le rôle de l’Etat. Un rôle que l’Etat pourrait remplir un peu mieux si Perenco était imposé décemment.

 

Il n’y a pas que des orphelinats que Perenco finance, il y a aussi les militaires. C’est assez étonnant : Perenco exploite du pétrole dans une zone naturelle protégée mais elle finance par ailleurs un « bataillon vert », un important groupe de soldats, pour protéger l’environnement !

En effet, dans le cadre de l’accord de renouvellement du contrat, Perenco s’engage à financer la présence de militaires dans la Laguna del Tigre. Et ça pose des questions dans un pays qui a connu un génocide commis par l’armée et où l’institution militaire a longtemps été au service des intérêts privés.

De plus, ce bataillon vert est officiellement présent pour protéger l’environnement et empêcher les narcos d’opérer. Dans les faits, il protège les installations de Perenco et s’en prend aux populations locales : contrôles, intimidations, etc. C’est une constante au Guatemala depuis les accords de paix de 1996 : les militaires s’installent toujours là où il y a des mégaprojets et des intérêts économiques.

D’ailleurs, un barrage militaire, posté à l’entrée de la zone d’exploitation de Perenco nous a arrêtés lorsque nous nous sommes rendus dans la Laguna del Tigre pour les besoins du film. On vous demande qui vous êtes, où vous allez, qui vous allez voir, on fouille votre véhicule… Ca a un effet de dissuasion très efficace qui empêche toute velléité de revendication des communautés et qui complique le travail des associations de solidarité.

 

Quel bénéfice tire le gouvernement guatémaltèque à laisser Perenco exploiter du pétrole dans une zone naturelle protégée ?

Pas grand-chose. Les conditions économiques ont changé avec le renouvellement du contrat. Mais pour le deal qui prévalait de 1985 jusqu’en 2010, l’exploitation du pétrole fonctionnait selon un système de coûts récupérables. C’est-à-dire qu’un ensemble de coûts était remboursé par l’Etat à l’entreprise pétrolière. Un économiste, un député et un environnementaliste avait alors fait une étude qui prouvait que ce que le gouvernement remboursait à Perenco était plus élevé que les royalties qu’il touchait sur le pétrole. Le gouvernement payait donc Perenco pour qu’elle exploite le pétrole du Guatemala !

Cette situation ridicule tient en partie au fait que, selon la législation guatémaltèque, plus le pétrole est de mauvaise qualité, plus les royalties sont faibles, ce qui est le cas du pétrole de la Laguna del Tigre.

Dans le cadre du renouvellement du contrat en 2010, il y a quelque chose qui a changé : une partie des royalties est reversée aux municipalités. Ca pourrait être une bonne chose mais c’est sans compter sur le haut degré de corruption. Ainsi, l’argent des royalties arrive rarement jusqu’aux populations mais reste dans les poches des autorités locales.

 

La région du Petén, où se situe la Laguna del Tigre, attise bien des convoitises. Dans votre film, on voit le commissaire de l’exposition, l’archéologue Richard Hansen, présenter un projet touristique près d’un site archéologique de la région. « Mon projet est génial, nous allons sortir les gens de la misère et sauver la forêt. Il faut aider ce pays et ces pauvres gens » explique Hansen…

Cela fait trente ans qu’Hansen fait des recherches sur ce site d’El Mirador. Il a fait une découverte assez importante sur les Mayas préclassiques dans cette zone. Et il voudrait maintenant ouvrir massivement ce site aux touristes.

Hansen rencontre ainsi les intérêts de l’oligarchie guatémaltèque qui, dans son processus d’accumulation de richesses, mise beaucoup sur le Petén avec entre autre le tourisme « naturel, archéologique et spirituel ». L’objectif avoué d’Hansen et de ses alliés est d’accueillir près de 4000 touristes par jour à moyen terme. L’aéroport de Flores, dans le Peten, devrait ainsi devenir un aéroport international. Les infrastructures (routes, énergie) vont se développer tout comme les hôtels cinq étoiles avec piscine disposée au milieu de la jungle et des singes hurleurs. Car le projet vise aussi le tourisme de luxe.

 

A qui va profiter ce projet ?

Les entrepreneurs guatémaltèques en lien avec les multinationales profitent de ces marchés. En effet, le gouvernement n’a pas la capacité technique ni financière de gérer un tel projet. Il l’a donc remis entre les mains du privé, qui s’est regroupé dans une fondation privée, PACUNAM. Et l’archéologue Richard Hansen est en quelque sorte le lien entre toutes les multinationales et l’oligarchie nationale. Il accueille régulièrement les ambassadeurs en poste au Guatemala qui sont chargés ensuite de trouver des financements dans leur pays. C’est d’ailleurs dans ce cadre que s’inscrivait l’exposition du quai Branly. Hansen fait également visiter El Mirador aux représentants des grandes multinationales pour qu’elles participent au financement. Ils ont aussi engagé Mel Gibson comme porte-parole du projet touristique.

Tout cela pose problème dans un pays où les terres ont été historiquement spoliées aux populations locales. Car maintenant, c’est l’histoire et le patrimoine archéologique qu’on vole aux autochtones. Ces derniers sont tout juste considérés comme de la main d’œuvre mais le projet ne se développe pas en concertation avec eux, le projet ne vient certainement pas d’eux. Mon père, qui était éducateur, me répétait toujours : « Si tu fais pour les autres mais sans les autres, tu fais contre les autres »…

 

Finalement, on dirait que tout ce petit monde s’intéresse plus aux Mayas morts qu’aux Mayas vivants, comme l’explique l’anthropologue Jean-Loup Amselle dans votre documentaire…

Ce qui intéresse aujourd’hui le public français et européen, ce n’est pas les conditions de vie des populations autochtones. On s’inquiète peu de savoir s’ils crèvent de faim ou s’ils sont affectés par l’exploitation du pétrole. En revanche, on s’intéresse beaucoup au côté New Age, à la spiritualité, aux prophéties du calendrier maya, etc.

Ensuite, parler des Mayas morts empêche de parler des Mayas vivants. L’exposition du quai Branly par exemple se terminait par quelques photos de guatémaltèques actuels. Mais ils étaient présentés en habits traditionnels en train de participer à des cérémonies. On se focalise donc sur l’aspect culturaliste. La réalité de vie des populations locales est occultée alors que le Guatemala est un des pays les plus inégaux. C’est aussi l’un des plus violents avec en moyenne dix-huit assassinats par jour. Il me semble qu’il y avait un peu plus à dire sur une exposition consacrée aux Mayas et au Guatemala.

Enfin, comme le dit Jean Loup Amselle, l’avantage des Mayas morts, c’est qu’ils ne parlent pas. J’avais d’ailleurs contacté le Quai Branly pour savoir s’il y avait des autochtones invités pour l’exposition. La responsable de la communication m’a répondu : « Si, si, je crois qu’il y en a un. Il y a le ministre de la Culture qui a l’air d’être maya. » Donc sur cette exposition, le Quai Branly s’est complètement planté. Alors que ce musée se targue de faire dialoguer les cultures, ils ont fait une exposition sur les Mayas mais sans même penser à inviter des Mayas ou descendants de ces Mayas.

 

Comment expliquez-vous que le gouvernement guatémaltèque défend des intérêts économiques qui vont tant à l’encontre de ceux de sa population, particulièrement des descendants mayas ?

Tout d’abord, je pense que le gouvernement n’a pas le choix. Toute orientation politique nationaliste est réprimée. Entre 44 et 54, les gouvernements progressistes d’Arevalo puis celui d’Arbenz ont essayé d’avoir une politique dirigée vers les intérêts de la nation : ils ont promulgué une réforme agraire, autorisé les syndicats, nationalisé l’activité pétrolière ou encore exproprié la United Fruit Company. Mais il y a eu un coup d’Etat organisé par la CIA et l’oligarchie nationale.

Il y a eu une deuxième tentative durant le conflit armé. Les militaires étaient des génocidaires terribles mais avaient une vision assez nationaliste. L’oligarchie et ses soutiens étrangers, qui avaient délégué le pouvoir politique aux militaires, craignaient que ces derniers développent des entreprises nationales importantes. La signature des accords de 1996 a été accélérée afin de permettre à l’oligarchie de récupérer le contrôle de l’État. Depuis, l’oligarchie contrôle totalement la politique économique. Mais cette oligarchie a plusieurs facettes. Il y en a une très traditionnelle, conservatrice, basée sur l’exploitation de la terre et des populations. Et il y a aussi une oligarchie proche des théories néolibérales, qui est tournée vers l’extérieur et qui a besoin du soutien des grandes puissances occidentales pour accéder à leurs marchés. En contrepartie, elle est obligée d’accepter l’activité des multinationales au Guatemala. Tout cela a été convenu parallèlement au processus des accords de paix. Il y a un accord tacite entre les multinationales et l’oligarchie pour se répartir le gâteau des richesses du Guatemala.

 

Y a-t-il une résistance qui s’organise face à cette situation, des alternatives qui se mettent en place ?

Actuellement, la résistance s’articule essentiellement autour de la défense du territoire et principalement contre les projets miniers. Les communautés résistent en organisant des réferendums communautaires partout où le gouvernement a octroyé des concessions minières aux multinationales (plus de 350 en tout !). Ces mobilisations ont largement freiné la vente du sous sol guatémaltèque. Dans les zones où des agro-combustibles sont cultivés, des paysans ont occupé des « fincas », des grandes fermes. Ce sont généralement des actions pacifiques mais qui sont violemment réprimées. Enfin, il y a aussi, depuis les accords de paix, de fortes revendications sur le plan culturel (langue, liberté de culte…).

Malheureusement, les mouvements de résistance ne se sont pas encore incarnés en force politique capable d’offrir une alternative lors d’élections. Il n’y a pas de grand parti de gauche comme dans d’autres pays d’Amérique latine. Ca s’explique d’abord par un problème de représentation : il y a une véritable crise au niveau des partis politiques du Guatemala. De plus, la quasi totalité des cadres politiques et les leaders syndicaux et universitaires ont été assassinés pendant la guerre.

Ensuite, il y a le facteur de la violence : beaucoup de citoyens ont tendance à voter pour quelqu’un qui promet la sécurité plutôt que pour quelqu’un qui présente un véritable projet progressiste. Ca explique en partie pourquoi le Guatemala a maintenant comme président un ancien militaire génocidaire.

La violence se transpose aussi par des pressions. Si on devient trop critique envers le système, on peut être menacé voire assassiné. Plus de 50,000 disparitions forcées ont été perpétrées par les militaires et les escadrons de la mort pendant le conflit armé. Les familles et amis des disparus ne l’ont pas oublié. Les gens préfèrent se taire plutôt que de revivre cette violence. Et ceux qui ne se taisent pas sont menacés. Par exemple, durant la semaine qui a précédé le renouvellement de la concession pétrolière en 2010, l’environnementaliste Yuri Melini, qui avait déjà reçu trois balles dans le ventre en sortant de chez lui quelques années plus tôt, a reçu vingt-deux menaces de mort.

 

Tant pour Perenco, le Quai Branly ou les autorités guatémaltèques, on se doute que votre enquête est dérangeante. Les conditions de réalisation du film n’ont pas été trop difficiles ?

C’était déjà compliqué au Guatemala. Il fallait l’autorisation des populations locales pour filmer et recueillir leurs témoignages. Mais nous savions très bien qu’à partir du moment où j’allais être présent, de surcroît avec une caméra, nous serions surveillés. Et que les personnes qui « parleraient » seraient inévitablement signalées auprès des militaires et de l’entreprise pétrolière.

Il a donc été difficile d’obtenir une autorisation pour entrer dans la zone. Nous avons finalement pu y accéder deux jours, ce qui est très peu. La veille de notre visite, dans le village du Naranjo, pendant la nuit, nous sentions des personnes autour de la maison qui nous épiaient. Je n’étais pas du tout tranquille. Pourtant, j’ai vécu presque 6 ans au Guatemala mais je n’avais pas encore ressenti une peur comme celle-là. Mais le pire, c’est que cette peur que j’ai pu ressentir sur quelques jours, certains la vivent au quotidien. C’est très préoccupant. Durant le tournage, une dame était venue me trouver et m’avait demandé de mettre la musique du Titanic à la fin du documentaire. « C’est comme ça qu’on se sent, nous sommes abandonnés de tout le monde » m’avait-elle expliqué.

En France, il y a aussi eu des difficultés pour le tournage du fait que Perenco est une entreprise très discrète. Pourtant, la famille bretonne Perrodo, propriétaire de Perenco, est passée cet été à la vingt-et-unième place dans le classement des plus grosses fortunes de France. Mais c’est difficile d’enquêter sur eux. J’ai réussi à les rencontrer deux fois.

 

Ils ont accepté de répondre à vos questions ?

Oui mais j’ai dû mentir en me faisant passer pour un passionné des Mayas et en lançant la discussion sur l’exposition au Quai Branly. La deuxième rencontre était un peu plus tendue. Je me suis présenté et nous avons eu un échange informel mais assez franc. Ils m’ont fait jurer de ne pas publier ce qu’ils disaient car leurs propos s’étaient déjà retrouvés dans un article et ça ne leur avait pas plu.

Le tournage au Quai Branly a été assez compliqué également. J’ai envoyé différentes équipes qui ont réussi à s’incruster, notamment à la séance où toutes les compagnies guatémaltèques invitent des entrepreneurs. On y voit quelques riches investisseurs comme Albert de Monaco et Charles Beigbeder.

Ensuite, je savais que Perenco devait organiser une petite soirée champagne au milieu des pièces mayas, ce qui est son droit en tant que mécène de l’exposition. J’appelais le musée tous les jours pour connaître la date, mais ils refusaient de communiquer sur cet événement privé. Grâce à des travailleurs du Quai Branly, informés au dernier moment, j’ai finalement pris connaissnace de cette soirée coktail et réussi à m’organiser pour récupérer des images… La scène la plus étonnante est la prise de parole de l’archéologue Hansen, qui, la main sur le cœur déclare son amour à Perenco : « J’aimerais que toutes les compagnies au monde suivent l’exemple de Perenco »…

 

Propos recueillis par Grégoire Lalieu pour Investig'Action investigaction.net

 

 

 


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